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Le port de charges

En logistique, des solutions existent pour alléger la charge

À l’est de Lyon, But exploite deux entrepôts logistiques séparés d’une centaine de mètres, Pusignan et Janneyrias, d’où partent les produits livrés aux 339 magasins de l’enseigne. Depuis des années, une réflexion globale est menée sur la réduction des contraintes physiques et des manutentions. Elle a récemment conduit à tester des exosquelettes.

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Grégory Brasseur - 04/10/2023
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Un salarié équipé d'un exosquelette.

Côté Pusignan transitent les canapés, chaises, fauteuils, la literie et le petit électroménager. À Janneyrias, ce sont principalement des meubles à plat. Espacés d’une centaine de mètres, les deux entrepôts logistiques de But en Rhône-Alpes reçoivent une trentaine de conteneurs par jour. Pour chacun, il faut compter deux à six heures de déchargement. C’est presque 4 millions de colis portés par an, plus de 15 800 par jour, pour une moyenne de 55 camions quotidiens au départ vers les 339 magasins But en France.

« Le schéma logistique national a été repensé en 2019 autour de deux pôles proches de Lyon et d’Orléans. En 2023, nous avons ouvert la plate-forme de Janneyrias afin de rapprocher les deux entrepôts lyonnais qui étaient auparavant distants d’une vingtaine de kilomètres. Cela a permis de supprimer les navettes de camions sur la rocade Est pour compléter les chargements », explique Thomas Daudré-Vignier, directeur des plates-formes logistiques de Pusignan et Janneyrias. Pour l’exploitation, 160 personnes travaillent en deux équipes. Il faut également compter une centaine d’intérimaires. « Après 28 ans dans la distribution spécialisée, le vieillissement de la population et le manque criant de personnel ne peuvent qu’être constatés. Que faire pour améliorer un métier où le port de charges est important ? Dans le meuble à plat, un préparateur peut traiter plus de 7 tonnes de colis par jour », poursuit le directeur.

Deux salariés de l'entreprise déplacent un colis.

Ici chaque prise de poste commence par une séance d’échauffement musculaire. Pour réduire la pénibilité physique de manière générale, les investissements matériels ont été nombreux : plaques anti-vibration sur les engins, caméras embarquées dans les chariots pour éviter au conducteur de lever la tête en permanence au niveau des stocks, imprimantes et tablettes embarquées. Mais ce qui a vraiment changé la donne, c’est l’achat de cinq convoyeurs télescopiques à bande, avec nez inclinable, destinés à faciliter le déchargement des conteneurs. « Dans le conteneur, un opérateur donne la cadence. Il travaille sur une nacelle dont il règle la hauteur au fur et à mesure du déchargement. L’équipement dispose d’un éclairage et d’un ventilateur intégré, décrit Bernardino Centore, responsable d’exploitation sur Janneyrias. À l’autre bout, en réception, deux préparateurs de commandes font glisser les colis - sans porter - en réglant l’inclinaison du nez. »

Ne pas se lancer sans analyse des besoins

Selon lui, le dispositif, quand il est bien utilisé, soulage de plus de 60 % du port de charges. Certains opérateurs portent un exosquelette en textile léger. Développé par Auxivo, il offre une assistance lors des manutentions. « Je l’utilise même sur le chariot. Je le désactive quand je roule et le réactive pour porter les colis. On en a testé plusieurs et c’est celui qui me convient le mieux. Il n’est pas encombrant et on peut s’équiper en quelques secondes », confie Raffi Asvatourian, l'un des préparateurs.

Ce n’est pas le premier type d’exosquelette apparu sur le site. En 2019, après la lecture d’un article de presse sur un exosquelette Japet, se présentant comme une ceinture lombaire équipée de moteurs de chaque côté et conçue pour soulager le dos et les lombaires, Thomas Daudré-Vignier envisage pour la première fois son utilisation. « J’ai appelé Japet pour en commander quinze. Ils m’ont dit que ça ne se passait pas comme ça », s’amuse le directeur.

BOUCHE À OREILLE


©Guillaume J. Plisson pour l'INRS/2023

Par la proximité avec le Parc de Chesnes, plus importante zone de logistique terrestre en France, ce qui est fait à Pusignan et Janneyrias est scruté par l’ensemble des acteurs du secteur. « C’était vrai lors de l’achat des convoyeurs télescopiques, ça le reste avec l’arrivée des exosquelettes pour les activités de préparation de commandes et de déchargement des conteneurs », affirme Thomas Daudré-Vignier, qui a notamment été président du Pôle d’intelligence logistique, un réseau associatif fédérant les professionnels de la filière. Ses adhérents sont nombreux parmi les entrepôts voisins et, parmi eux, une importante communauté QHSE (qualité, hygiène, sécurité, environnement) est à l’écoute des innovations qui permettront de construire la logistique de demain.

Si les équipes de Japet le freinent, c’est pour lui proposer au préalable une étude des besoins. « Ils sont venus observer les postes de travail, s’assurer que nous étions dans une véritable démarche de prévention et que l’utilisation d’exosquelette pouvait être envisagée en complément, reprend-il. Un exosquelette ne se porte pas forcément toute la journée. Parfois, il va soulager certains gestes mais générer des contraintes sur d’autres. Tout cela doit être accompagné. »

Pendant un mois, ceux qui le souhaitaient, intérimaires ou titulaires aux postes de préparateurs de commandes et de déchargement des conteneurs, ont pu tester les équipements. À cette occasion, un recueil de ressentis est réalisé. « Cet exosquelette soutient bien la colonne vertébrale mais oblige à adopter certaines pratiques qui consistent à plier les genoux pour prendre un colis. On ne se penche pas en avant, précise Jérôme Lemonnier, chargé notamment de l’intégration des nouveaux collaborateurs. Le Japet n’est porté que 2 h 30 par jour maximum. Il fait un peu plus de 2 kg et peut tenir chaud en été. Certains l’ont adopté, d'autres non. Et cela s'est accompagné d’une réflexion pour l’intégrer à l’activité. »

Se laisser le temps

« L’entreprise s’est d’abord posé la question de l’amélioration des conditions de travail et c’est au bout de sa réflexion sur la protection collective qu’elle s’est interrogée sur l’apport possible d’exosquelettes pour soulager certaines tâches qui restaient malgré tout contraignantes, évoque Flora Gadiolet, contrôleuse de sécurité à la Carsat Rhône-Alpes. C’est une solution qui s’est ajoutée quand ils ne parvenaient plus à améliorer la situation autrement. Sa mise en place s’est faite en concertation avec les salariés et les élus. » « Ça m’a permis de continuer à travailler alors que j’avais un sévère problème de dos, après quinze ans de métier », affirme Vincent Halut, un préparateur de commandes.

La responsable d’exploitation sur l’entrepôt de Pusignan, Péroline Diaz, constate, quant à elle, une appropriation qui varie d’une personne à l’autre. « Certains le portent tous les jours, d’autres plutôt l’après-midi, d’autres encore pas du tout ou choisissent l’autre modèle », explique-t-elle. Le directeur est, lui, convaincu que comme pour tout ce qui est nouveau, il faut se laisser le temps. Permettre aux managers d’expliquer, d’accompagner, sans brusquer ni imposer. « Cela peut concourir à amener des conditions de travail plus agréables et, en complément du reste, redonner de l’attractivité au métier, conclut-il. À Janneyrias, ça fait deux ans que nous n’avons pas eu d’accident de travail lié au port de charges. »

SOIGNER LA DÉMARCHE

À Pusignan et Janneyrias, deux types d’exosquelettes ont été adoptés pour certaines activités, après une longue phase de test et un suivi de leur intégration. Aujourd’hui encore, l’entreprise construit son retour d’expérience et suit l’utilisation de ces équipements. Le groupe But a été également très attentif au projet. Et lors de leur venue, des directeurs de magasins se sont montrés intéressés, mais conscients qu’un exosquelette donné n’est jamais une solution unique. La démarche de prévention, de la réflexion sur les besoins dans l’activité à l’intégration et au suivi, est primordiale. « Des essais d’implantation d’exosquelettes se font sur d’autres entrepôts, quelle que soit leur activité. Pour autant, la réussite n’est pas au rendez-vous comme ici. La démarche de prévention des risques réalisée en amont, la participation des élus, des salariés et même de toute la ligne managériale sont un gage de succès de l’intégration des exosquelettes », assure Flora Gadiolet, contrôleuse de sécurité à la Carsat Rhône-Alpes.

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