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Le port de charges

L’expérience mène à la prudence

Aujourd’hui à la tête d’une entreprise de neuf salariés spécialisée dans la pose et l’entretien de cheminées, chaudières et poêles, dans l’Ain, Anthony Duraffourd a d’abord expérimenté seul les difficultés du métier. Un parcours qui l’a sensibilisé à la prévention des risques professionnels, en particulier ceux liés au port de charges.

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Corinne Soulay - 04/10/2023
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Utilisation d'un chariot électrique équipé de chenilles sur chantier.

Lorsqu’il a créé son entreprise, Emann chauffage, avec sa femme, il y a huit ans, Anthony Duraffourd intervenait seul sur le terrain. Autrement dit : seul à porter et installer des inserts de 80 à 100 kg ou des chaudières, parfois quatre fois plus lourdes ; seul aussi pour ramoner les conduits de cheminée de ses 1 700 clients – 90 % de particuliers – dans le département de l’Ain… Une expérience qui a conduit cet ancien pompier de Paris à s’intéresser à la prévention des risques professionnels.

« Très vite, j’ai compris que si je ne voulais pas me faire mal et perdre du temps, je devais investir dans du matériel et des aides mécaniques adaptés », explique le Bressan. Parmi ses priorités : réduire les risques liés au port de charges, inhérent à l’activité. Stockage, chargement, déchargement, pose… À chaque étape, des aménagements ont été mis en place. Des progrès qui bénéficient aujourd’hui aux neuf salariés de l’entreprise.

Dans l’entrepôt, à Ambérieu-en-Bugey, dans l’Ain, la fille d’Anthony Duraffourd, Elena – qui, comme l’un de ses frères, a rejoint la société – profite du calme ambiant pour déplacer et ranger appareils de chauffage et matériaux dans des racks en hauteur, grâce à un chariot élévateur. Il est 9 heures du matin et toutes les équipes sont en intervention à l’extérieur.

Des accès pas toujours faciles

L’une d’elles opère à une vingtaine de kilomètres, à Cerdon, village de quelque 800 âmes, connu pour sa fabrique de cuivre. Le camion d’Emann chauffage est garé dans une ruelle à sens unique, bordée d’un côté par le Veyron, affluent de l’Ain, de l’autre par de coquettes maisons de pierre, ornées de jardinières. L’ambiance est bucolique, mais les trois professionnels n’ont pas le temps d'admirer le décor : ils doivent installer un poêle à granulés à l’étage de l’une des demeures. Malgré l’étroitesse de la rue, le déchargement du camion se fait sans encombre. « J’ai fait modifier le hayon à l’arrière, par le constructeur, afin qu’il soit allongé d’une trentaine de centimètres pour pouvoir accueillir à la fois la palette, le transpalette et le collaborateur, souligne Anthony Duraffourd. Car, malheureusement, sur la plupart des hayons standards, il n’y a pas la place pour le transpalette et on se retrouve à devoir manipuler le chargement à la main. »

ASPIRER LES POUSSIÈRES À LA SOURCE


©Gaël Kerbaol/INRS/2023

L’activité de ramonage de cheminées et d’entretien des chaudières expose les salariés à des poussières de suie cancérogènes. Pour y remédier, l’entreprise Emann chauffage s’est dotée en 2022 d’une centrale de ramonage embarquée dans une camionnette aménagée sur mesure. Il suffit de tirer le tuyau jusqu’à l’installation à traiter et d’actionner le furet motorisé. Les poussières sont alors aspirées à la source et captées dans la cuve à l’arrière du véhicule grâce à l’effet cyclonique. En complément, un filtre permet de récupérer les particules fines. Résultat : moins d’exposition aux poussières pour le salarié, mais aussi moins de bruit – la centrale se trouvant à distance – et moins de port de charges. Le lieu d’intervention restant propre, plus besoin de ramasser les déchets à la pelle et de manutentionner les sacs de suie.

Une fois la ruelle traversée, l’accès à la cour de la maison nécessite de monter deux larges marches. L’occasion pour l’équipe de dégainer son « joker » : un chariot monte-escalier électrique “Zonzini” sur chenilles, acquis il y a un an. « J’ai repéré cet engin lors d’un salon professionnel en Italie, explique Anthony Duraffourd. Quand j’ai débuté, je me servais d’un diable manuel, qui sollicitait beaucoup le dos. Puis j’ai opté pour un modèle électrique, mais ça, c’est encore mieux. » Télécommande en main, Steven manœuvre le Zonzini. En quelques minutes, les marches sont grimpées grâce aux chenilles, et le chariot, chargé du poêle, continue tranquillement son chemin, jusqu’au seuil de la maison. « Ça change la vie, témoigne Steven. Et comme on peut diriger l’engin à distance, si le chargement tombe, il ne se retrouve pas sur nos pieds. »

Seul bémol, si l’escalier est trop étroit – comme c’est le cas à l’intérieur de la demeure cerdonnaise – l’engin ne passe pas. Les employés le troquent alors contre le diable motorisé, qui n’a pas besoin d’être tiré mais nécessite d’être retenu manuellement. Arrivés à l’étage, les ouvriers débutent la pose du poêle. Carotteuse, visseuse… Ils disposent d’outils portatifs, plus pratiques à manipuler que des modèles classiques. « Et s’il avait fallu surélever l’installation, comme c’est souvent le cas avec les inserts, nous possédons aussi un mini-chariot de levage dont le plateau s’élève en actionnant simplement une pédale », précise Anthony Duraffourd.

Des poussières au port de charges

À une quinzaine de minutes de Cerdon, un autre employé est en mission dans une imposante maison de ville, à la façade zébrée de lierre. Objectif : réaliser l’entretien annuel de la chaudière. Fini le cliché du ramoneur couvert de suie, Kevin vient de terminer sa tâche et sa tenue est quasiment immaculée. Conscient du risque lié à l’inhalation de poussière, Anthony Duraffourd a récemment investi dans une centrale de ramonage avec aspiration à la source. Le dispositif est complété d’un enrouleur automatique qui permet de manipuler facilement le tuyau de 30 mètres.

Un salarié utilise un porte-échelles automatique.

« Avant, on le portait à la main. En traitant le risque poussière, on intervient aussi sur le port de charges ! », se réjouit le chef d’entreprise, avant de rebondir : « Regardez, j’ai aussi fait installer des porte-échelles automatiques sur tous mes véhicules. Cela évite d’avoir à monter sur le toit du camion pour descendre l’échelle, avec des risques de chute de hauteur, mais aussi d’avoir à la transporter. Car, même si elle n’est pas très lourde, elle est encombrante donc c’est contraignant. »

En matière de prévention, l’entreprise progresse sans cesse : il y a quelques mois, Anthony Duraffourd a fait appel à la Carsat. « Il cherchait à financer une nacelle hydraulique montée sur camion, pour les travaux en hauteur, explique Pierre-Alban Doucet, contrôleur de sécurité à la Carsat Rhône-Alpes. À cette occasion, j’ai pu constater que ce qu’il avait mis en place tout seul était très abouti pour une aussi petite structure. » Outre l’achat de la nacelle, la rencontre a permis de sensibiliser le chef d’entreprise au risque amiante : plusieurs employés devraient ainsi rapidement suivre une formation sur le sujet.

UNE ACTIVITÉ SOUMISE AU RISQUE AMIANTE

En 2013, une étude de l’INRS sur l’exposition à l’amiante de plombiers-chauffagistes avait montré que 40 % des individus exposés pensaient ne jamais avoir été en contact avec des fibres d’amiante. « Les professionnels de la fumisterie ne s’en rendent pas forcément compte, mais lorsqu’ils travaillent sur d’anciennes installations de chauffage – chaudières, poêles…–, elles comportent très souvent des matériaux amiantés, notamment les tresses et les joints, souligne Pierre-Alban Doucet, contrôleur de sécurité à la Carsat Rhône-Alpes. Même chose lors du ramonage : il reste beaucoup de conduits de cheminée en fibrociment, ou, si celui-ci est en brique, son chapeau, sur le toit, peut contenir de l’amiante. » La profession entre donc dans le cadre de la réglementation « Sous-section 4 » du Code du travail, qui détermine les règles et procédures à respecter avant d’intervenir sur des chantiers pouvant comporter un risque d’exposition à l’amiante. Celle-ci implique une formation pour les professionnels et la mise en place de modes opératoires préalables à toute intervention.

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