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Le port de charges

Aide à la mobilité : mobiliser pour diminuer la charge

Intégrée dans les formations Prap 2S, la démarche ALM consiste à utiliser les capacités de la personne aidée pour l’accompagner dans ses déplacements et à éviter ainsi le portage délétère, dans un secteur où celui-ci est culturellement considéré comme incontournable. Le point avec Carole Gayet, experte d’assistance-conseil « Aide et soins à la personne », à l’INRS.

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Corinne Soulay - 04/10/2023
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Une salariée d'un Ehpad au chevet d'un résident.

Travail & Sécurité. Qu’est-ce que la démarche ALM ?

Carole Gayet. Culturellement, les soignants, comme les aidants, considèrent qu’ils doivent donner physiquement de leur personne pour aider l’autre à se déplacer et que cela passe nécessairement par le portage. L’idée est de changer ce regard, de faire passer l’idée que la manutention peut être l’occasion de prendre soin de la personne aidée, sans être au détriment du soignant. Au départ, la démarche a d’ailleurs été mise au point au groupe hospitalier Paris Saint-Joseph sous le nom de « Soin de manutention ».

Concrètement, en quoi cela consiste ?

C. G. On part du principe qu’il n’existe pas de manutention standardisée : chaque déplacement est unique et exige un accompagnement personnalisé, adapté à l’état de santé physique et cognitif de la personne. Or, pour diverses raisons – la personne sort de sa séance de kinésithérapie, elle a mal dormi, etc. –, cet état fluctue au cours de la journée et d’un jour sur l’autre. La première chose à faire pour le soignant est donc d’évaluer les capacités de la personne aidée, à l’instant T. Plus précisément, cette évaluation doit se faire pour chaque mouvement constitutif du déplacement à réaliser. L’apport fondamental de la démarche ALM est d’avoir établi un référentiel constitué des différents mouvements et de leur enchaînement pour chaque déplacement (se tourner allongé, se mettre debout…). Ceux-ci ne sont pas enseignés dans la formation initiale des soignants. Ils doivent les apprendre car ce référentiel leur permet d’évaluer l’écart entre ce que la personne aidée devrait pouvoir faire seule et ce qu’elle peut effectivement faire au moment où le soignant doit accompagner le déplacement. Tout ce qu’elle peut faire, elle continue à le faire : on préserve ainsi son capital d’autonomie. Le soignant pallie le reste, soit par de la guidance verbale – en demandant à la personne de réaliser un mouvement, d’utiliser une aide technique (poignée de traction…) –, soit en utilisant lui-même un outil d’aide à la manutention (lève-personne…), soit par une aide physique, comme soulever la jambe de la personne. L’objectif n’est pas « zéro portage », mais « zéro portage délétère ».

Cela nécessite d’avoir des outils à disposition…

C. G. Oui, mais pas n’importe lesquels. Cela implique qu’en amont les équipements aient été bien conçus et bien choisis. Prenez l’exemple du fauteuil : si vous proposez à une personne en perte musculaire un modèle avec une assise très profonde, sans accoudoir, elle restera coincée au fond sans pouvoir réaliser les mouvements qui lui permettraient de se relever sans l’aide d’un tiers. Il est également nécessaire que les soignants connaissent toutes les fonctionnalités des outils d’aide à la manutention dont ils disposent, ce qui n’est pas toujours le cas. L’organisation aussi est importante : si le soignant a besoin d’un lève-personne sur roue, mais que sa batterie est déchargée, qu’il est déjà utilisé dans un autre service ou que le couloir est trop encombré pour s’en servir, il risque de se rabattre sur le portage. Dernière chose, il est indispensable que le cadre de santé et la direction soient impliqués et sensibles à la mise en oeuvre et au déploiement de la démarche, sinon le changement n’aura pas lieu.

Quels sont les bénéfices de la démarche ALM ?

C. G. L’objectif numéro 1 est bien évidemment la prévention des troubles musculosquelettiques. Mais, elle permet aussi de prévenir les chutes des personnes aidées et, par conséquent, celles des soignants qui ont souvent le réflexe de retenir la personne et de se mettre ainsi eux-mêmes en danger. C’est aussi intéressant dans une logique de maintien dans l’emploi : avec la démarche ALM, des personnes en restriction d’activité ou des femmes enceintes, même à sept mois de grossesse, peuvent continuer à travailler, sans risque.

UNE ÉTUDE POUR ÉVALUER L'ALM

Dans quelle mesure la mise en oeuvre de la démarche ALM permet-elle de réduire la survenue d’accidents du travail ou de douleurs ? L’INRS lance une étude pour y voir plus clair. Pour y participer, trois conditions : être un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), avoir au moins cinq ans d’existence et s’engager dans le déploiement de la démarche ALM à travers la formation de son personnel en Prap2S. L’étude se déroulera de 2023 à 2028. Pour la direction de l’Ehpad, il s’agira de compléter annuellement un questionnaire en ligne sur les caractéristiques contextuelles, structurelles et organisationnelles de l’établissement, ainsi qu’un fichier recensant les données relatives aux accidents du travail, aux effectifs, à l’absentéisme et au turn-over. En outre, deux fois par an, les personnels volontaires compléteront un questionnaire portant, notamment, sur leur activité et leurs caractéristiques individuelles et de santé.

Pour y participer : etudeALM@inrs.fr

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