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Conception des lieux de travail

Hôtel Les Regalia : la prévention dès la conception

Sur les hauteurs de Porto-Vecchio, l’hôtel spa Les Regalia vient d’ouvrir. Si la famille Carli, qui en est le propriétaire, a pensé au bien-être de ses clients, elle a également voulu que ses salariés bénéficient de bonnes conditions de travail. Un pari réussi.

8 minutes de lecture
Delphine Vaudoux - 29/01/2024
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Dans la famille Carli, il y a Jean-Jacques, le grand-père, Corinne, l’une de ses filles, ainsi qu’Anthony et Jérémy, deux de ses petits-fils, des cousins germains donc. Ensemble, ils ont réfléchi, conçu et bâti pendant plus de trois ans « LE » grand projet familial : la création d’un hôtel 5-étoiles à Pinarello, au-dessus de Porto-Vecchio, en Corse du Sud.

C’est en 1969 que Jean-Jacques Carli et son frère créent U Paesolu, une résidence hôtelière 4-étoiles, sur les hauteurs de la ville portuaire. Quand, à la fin des années 1990, Jean-Jacques, qui est alors aussi à la tête d’une entreprise de BTP, envisage d’arrêter l’activité hôtelière, sa fille, Corinne Carli, docteur en pharmacie, propose de venir lui donner « un coup de main »… Un coup de main qui se prolonge puisque, vingt-cinq plus tard, elle est toujours là, aux côtés de son père.

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Depuis, son fils Anthony Robert-Carli et son cousin germain Jérémy Galimberti ont rejoint l’aventure : en 2017, ils reviennent en Corse après avoir occupé des postes à l’international, dans le secteur hôtelier. Avec un projet : créer un hôtel de luxe, de l’autre côté de la route qui passe devant U Paesolu. Aujourd'hui, ils sont tous deux adjoints de direction de l'établissement.

« Venant de ce secteur, nous connaissions les contraintes des différents métiers et avions à cœur de bien faire les choses », précise Anthony Robert-Carli. « Ce qui n’est pas toujours le cas, et qui constitue un vrai plus dans ce projet pour proposer de bonnes conditions de travail », souligne Bruno Breyton-Perfetti, le contrôleur de sécurité de la Carsat Sud-Est qui les a accompagnés, notamment à travers un contrat de prévention. Mais le projet prend du retard – du fait de nombreux aléas des maîtres d’œuvre, du Covid, de la guerre en Ukraine et de l’inflation des matériaux –, beaucoup de retard. Qu’à cela ne tienne. La famille renégocie avec les banques et finit par ouvrir le 18 juin 2023 l’hôtel et spa Les Regalia, plus de deux ans après la date prévue initialement.

Cet ensemble de 2 000 m2, parfaitement intégré au site qui surplombe la baie de Pinarello, comprend 21 chambres doubles et trois suites, ces dernières portant les prénoms d’Antoinette, Suzanne et Violette, aux aïeules des dirigeants… La famille, toujours. L’établissement étant situé à flanc de colline, l’accès peut se faire directement par les parkings, au sous-sol. Au rez-de-chaussée, on trouve la salle de sport, la piscine, le spa et les locaux techniques où aboutissent les déchets et poussières grâce à une aspiration centralisée installée sur l’ensemble de l’établissement…

Une cuisine toute équipée 

Un étage au-dessus, se situent l’accueil, le restaurant – L’Alba, du nom de la fille d’Anthony –, le bar et la cuisine, le tout de plain-pied. Là, le bruit est clairement assourdi grâce à des panneaux de bois plein posés en laissant du vide entre les cloisons. En saison, quinze personnes travaillent en cuisine, quinze au service, six à la réception et six au housekeeping, l'entretien des chambres en jargon hôtelier.

Côté cuisine, l'enthousiasme est manifeste : « C’est la première fois que je travaille dans une cuisine aussi bien équipée, c’est incroyable », s’exclame le chef Jérémy Passat, qui a connu d’autres grandes maisons. Si les deux cousins se sont fait accompagner par un bureau d’études, ils ont dû tout repenser, pour tenir compte de l’activité réelle, et respecter la marche en avant.

À commencer par le sol. Choisi avec l’aide de la Carsat, il est en résine, à la fois facile à nettoyer et antidérapant. Tous les éléments sont posés sur des socles maçonnés « dans la continuité du plan de travail, précise Bruno Breyton-Perfetti, avec une crédence qui remonte sur le mur, ce qui réduit nettement les contraintes de nettoyage ». Les évacuations ont été minutieusement positionnées pour faciliter également les opérations de nettoyage. Les batteries et le gros matériel sont stockés dans une pièce à part, de manière à éviter que le bruit qu’ils pourraient générer lors de leur manipulation n'atteigne ni la cuisine, ni la salle.

Au cœur de la cuisine, le chef présente avec fierté les équipements acquis : le piano à induction qui supprime la chaleur – ce qui n’est pas négligeable quand on connaît la température qu’il peut faire en Corse – est complété d’un cuiseur multifonction pour réduire les manutentions. Certains meubles de stockage sont dotés de tiroirs réfrigérés. D'autres sont équipés de clayettes et de portes à la fois démontables et aimantées, ce qui facilite les opérations de nettoyage. Pratiques, ces éléments font partie du contrat de prévention signé avec la Carsat. Et pour complèter le tableau, déjà plutôt reluisant : des fours autonettoyants, un lave-verre osmoseur – qui évite d'avoir à essuyer les verres, et réduit par la même occasion les risques de coupure – et une hotte à double flux, équipée d'une compensation d’air, qui vient assainir l’air en cuisine.

Des poubelles sont astucieusement disposées sous les plans de travail. Les points d’eau, répartis un peu partout dans la cuisine, permettent de réduire la circulation et les risques liés au croisement. L'implantation des différents éléments a été pensée pour envoyer les assiettes au plus vite en salle, avec un souci permanent de la marche en avant. Quant au pâtissier, il bénéficie d’une pièce réfrigérée à 16-17 ° C, ce qui lui permet de travailler dans des conditions optimales, à la fois pour lui et pour les produits. Avec un petit plus dont il est particulièrement satisfait : un robot qui transforme les préparations alimentaires surgelées en une micropurée avec surpression, sans avoir à les décongeler.

Un monte-charge pour faciliter les manutentions

Au niveau du service, un plan de circulation a été instauré, avec une entrée et une sortie distinctes pour le personnel de salle, afin de ne pas risquer les heurts entre les personnes. De plus, toutes les portes s’ouvrent et se ferment automatiquement. Dans le même ordre d’idée, le sommelier a un accès direct à sa cave de plain-pied. De même, la chambre froide du bar est accessible depuis la salle où ce dernier est implanté. Enfin, dans la cuisine, un écran permet de voir où en sont les clients en salle pour anticiper la préparation des assiettes, et réduire la pression temporelle.

Depuis le parking de l’hôtel situé sous le bâtiment, les livreurs ont accès à un monte-charge qui dessert les différentes chambres de stockage (négatives ou positives) à toute heure, ce qui permet à chacun de s’organiser comme bon lui semble. Les relevés de températures de ces lieux d'entreposage et des étiquettes produits repositionnables sont fournies grâce à un logiciel qui gère les stocks. « En cas de problème, de température par exemple, je reçois un SMS », remarque le chef qui questionne : « Qui pourrait se plaindre de travailler ici ? Il faudrait être difficile. » Seul Jean-Jacques Carli se permet une remarque : « Elle n’a qu’un inconvénient, cette cuisine, elle a coûté très cher : 500 000 €. »

Les 24 chambres, agréablement disposées sur la colline, se trouvent au milieu des oliviers, des terrasses et non loin de la piscine. À chaque étage, on retrouve un ascenseur pour la clientèle et un autre dédié au personnel, ainsi que des offices pour stocker les produits et le linge, afin de limiter les déplacements. Les chambres situées en haut de la colline, uniquement accessibles à pied depuis le dernier étage, sont desservies par des escaliers doublés de cheminements permettant au personnel d’y aller avec des chariots, particulièrement maniables et légers, choisis avec la gouvernante. Cerise sur la gâteau : il est inutile ici de transporter un aspirateur d’une chambre à l’autre, partout, les valets et femmes de chambre peuvent brancher des flexibles au réseau d’aspiration centralisée. Ce qui évite aussi des nuisances sonores.

Faciliter le recrutement du personnel hôtelier

Dans les chambres, tous les lits sont identiques. « Lorsque l’on nous demande des chambres avec des lits simples, c’est très facile : on sépare les deux lits et les couettes. Cela se fait très aisément », explique Carmen Sedabo, la gouvernante, joignant le geste à la parole. Les couettes, même en configuration lit double, sont constituées de deux couettes raccordées. « On défait les boutons pression, et on passe en lits twin », poursuit Carmen Sedabo. Il suffisait d’y penser ! D’autant que, pour faire un lit, les housses de couettes sont enfilées à l’aide d’un système astucieux dont la gouvernante ne pourrait plus se passer. « J’adore ! lance-t-elle avant de poursuivre : les lits se lèvent et s’abaissent, ce qui permet au personnel de chambre de travailler toujours à la bonne hauteur. Pour ma part, je n’ai plus mal au dos. Et le lit peut être refait par une personne seule. » Les salles de bains ne disposent pas de double vasque, mais d’une grande vasque simple équipée d’une seule rigole, là aussi pour faciliter les opérations de nettoyage.

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« Lorsque nous cherchons du personnel, nous mettons en avant tous ces aménagements et l’organisation proposée : pas de coupure (sauf pour le personnel de cuisine), deux jours de repos consécutifs dans la mesure du possible. Le personnel est également nourri et logé, dans des bungalows situés à 7 minutes à pied de l’hôtel », remarque Jérémy Galimberti. « C’est vrai que tous ces aménagements ont joué positivement dans le recrutement du chef », complète Jean-Jacques Carli. Avec plus de 12 000 000 € engagés dans ce projet, il est prévu que le retour sur investissement ait lieu dans vingt ans. Mais d’ici là, une nouvelle génération aura peut-être rejoint l’aventure.

REPÈRES

Les Regalia - Hôtel et spa 
 

  •  OUVERTURE le 18 juin 2023 
     
  •  UNE CINQUANTAINE de salairés en saison 
     
  •  24 CHAMBRES et suites 
     
  • UN RESTAURANT, l'Alba de 45 couverts

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