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Pesticides

Quand l’exposition professionnelle des parents impacte la santé des enfants

Le Centre régional de pathologies professionnelles et environnementales du CHU d’Amiens a ouvert en octobre 2023 la première consultation en France « Pesticides et pathologies pédiatriques ». Le point avec le Pr Élodie Haraux, urologue pédiatrique, qui est aussi membre du laboratoire Peritox, dont les recherches portent notamment sur l’impact de l’exposition prénatale aux agents toxiques.

3 minutes de lecture
Céline Ravallec - 09/02/2026
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Vue d'un épandage de pesticide.

Travail & Sécurité. Dans quel contexte a été créée la consultation « Pesticides et pathologies pédiatriques » au sein du CHU d’Amiens ?

Pr Élodie Haraux. En 2020 a été créé le fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVDP). Trois ans plus tard, le Dr Sylvain Chamot, au CHU d’Amiens, m’a informée qu’au-delà de l’indemnisation d’adultes, le fonds permettait depuis peu une indemnisation pour les enfants. Mais ce dispositif restait totalement méconnu. Nous avons initié l’ouverture de cette consultation afin d’accueillir, informer et accompagner les familles dans leurs démarches pour faire reconnaître le lien entre la pathologie de l’enfant et l’exposition parentale d’origine professionnelle aux pesticides.

Quels sont les profils des personnes qui se présentent à la consultation ?

E. H. Ce sont les enfants dont les parents ont été exposés professionnellement à des pesticides. La Picardie étant une terre agricole, ce sont majoritairement des agriculteurs. Mais pas seulement, ça peut être aussi des travailleurs du bois, des personnes qui entretiennent les abords des voies ferrées, des fleuristes.

Quelles pathologies sont indemnisées par le fonds ?

E. H. Il n’existe pas de liste limitative. Ce qui signifie que toute pathologie favorisée par l’exposition professionnelle aux pesticides peut être considérée. Ce lien est en général établi d’après les données de la littérature. Il y a une liste indicative dans laquelle figurent les leucémies, les tumeurs cérébrales, les fentes labio-palatines (becs-de-lièvre), les hypospadias (malformation congénitale de la verge chez le garçon). Il y a aussi les troubles neuro–développementaux, tels que les troubles autistiques, qui constituent un pan très large et complexe que l’on commence tout juste à inclure dans nos consultations.

Quels principaux messages transmettez-vous aux familles lors des consultations ?

E. H. La consultation est un lieu d’information et de sensibilisation des familles aux risques liés aux produits cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques dans le milieu professionnel. Notre travail n’est pas de lancer des alertes, mais d’informer les parents, et souvent de les déculpabiliser. En effet, ils se sentent souvent coupables d’avoir exposé leur enfant. On essaie de leur expliquer qu’ils sont eux-mêmes victimes de cette exposition. Le fonds d’indemnisation constitue d’ailleurs une reconnaissance par la société de l’impact de leur exposition professionnelle.

Quelle peut être la place de la prévention dans tout cela ?

E. H. Si une grossesse est envisagée, cela peut être l’occasion de parler de prévention au couple, car l’exposition anténatale du père semble également pouvoir impacter le risque de survenue de certaines pathologies. On peut globalement conseiller en période périconceptionnelle et durant toute la grossesse d’éviter encore plus qu’habituellement l’exposition aux toxiques. Et le projet de grossesse ou la grossesse débutante doivent également être déclarés au médecin du travail pour que le poste de la future mère soit éventuellement adapté.

Le lien entre l’exposition professionnelle d’un parent et une malformation ou une pathologie chez son enfant est-il scientifiquement établi ?

E. H. Le lien précis entre une exposition anténatale et la survenue d’une malformation est complexe à établir, parce que l’origine est multifactorielle mais aussi car il faut arriver à retracer cette exposition qui a pu avoir lieu bien avant la survenue du problème. La plupart des études sont des études épidémiologiques qui retrouvent un certain nombre d’éléments faisant suspecter une augmentation de risque, par exemple le type d’activité des parents. Peu d’études chez l’humain ont pu retrouver une augmentation du risque en lien avec un toxique en particulier. Au sein du laboratoire Peritox, nous recherchons si certains facteurs d’exposition peuvent favoriser la survenue de malformations. Nous avons étudié le méconium du nouveau-né, c’est-à-dire ses premières selles, qui sont l’indicateur d’une exposition qui a duré toute la grossesse. Nous avons pu retrouver que certains pesticides détectés dans ce méconium étaient associés à un risque augmenté de survenue d’hypospadias chez le nouveau-né en Picardie. Nous menons un travail complet en tentant de rechercher les causes de la survenue de ces malformations afin de les prévenir, en prenant en charge médicalement et chirurgicalement les enfants porteurs de malformations et leur famille et en apportant une réparation – partielle – du préjudice grâce au FIVDP.

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