Sur la porte de la salle de cours de la 1re STI2D, un article du Télégramme de décembre 2024 est fièrement affiché. Titré « Des lycéens inventent un gilet de sauvetage en mer 'intelligent' », l’article est consacré à l’initiative menée par des élèves de cette section du lycée Colbert de Lorient. Parmi les autres projets pédagogiques dont l’établissement est tout aussi fier, on peut citer la création d’un dispositif pour piéger les frelons asiatiques afin de combattre leur propagation. Au sein de ce lycée d’enseignement général, technologique et professionnel, trois bacs professionnels sont proposés : maintenance des véhicules option A (voitures particulières), technicien en chaudronnerie industrielle (TCI) et métiers de l’électricité et de ses environnements connectés (Melec). Des sections supérieures (BTS) sont également accueillies au sein de l’établissement, qui accueille près de 1 300 élèves, ainsi qu’un Greta.
Dans le cadre des enseignements des filières professionnelles, l’intégration de la prévention dans l’acquisition des bonnes pratiques constitue l’une des préoccupations de l’établissement. Les responsables pédagogiques cherchent ainsi à mettre à la disposition des élèves des outils qu’ils maîtriseront lors de leur entrée dans la vie active. Un premier contact a été initié, il y a environ trois ans, entre la Carsat Bretagne et l’établissement scolaire, à l’occasion d’une demande d’assistance pour l’amélioration des systèmes d’aspirations des gaz d’échappement dans l’atelier des bacs pros en maintenance automobile. Les débits des aspirations avaient été mesurés par le Centre interrégional de mesures physiques de l’Ouest (Cimpo) afin d’améliorer l’existant et d’envisager de nouveaux investissements. Ce chantier avait été lancé avec l’appui de l’inspecteur d’académie, lui aussi attentif aux questions de santé au travail.
Une approche ambitieuse
Ces premières discussions se sont rapidement élargies à d’autres formations dans d’autres filières du lycée. L’établissement a ainsi mené un projet ambitieux de captage des fumées et des poussières à l’atelier des bacs pros chaudronnerie : il a investi dans un réseau de captage des fumées de soudage auquel sont reliées les huit torches aspirantes, une table de découpe plasma et deux tables de meulage. « Quand on est habitué aux torches standard, cela demande un temps d’adaptation pour passer aux torches aspirantes, commente Christian Le Gouriérec, enseignant en chaudronnerie. C’est pourquoi, si on prend l’habitude dès le début, ce sera plus simple à utiliser ensuite en entreprise. »
Autour des postes de soudage en cours d’utilisation dans l’atelier, l’activité se fait sans dégagement de fumées. « Entre torche standard et torche aspirante, il y a du positif et du négatif dans les deux cas, témoigne Damien, élève en CAP métallier. L’une est plus légère et maniable, l’autre est meilleure pour la santé. On voit bien la différence au niveau des émissions de fumée. » « Oui, il y a du pour et du contre dans les deux cas, confirme Sacha, élève en alternance en 2e année de CAP métallier. Ça me paraît un bon compromis pour les métalliers, car c’est plus compliqué pour eux de travailler avec une cagoule aspirante. Peut-être que pour les soudeurs Mag, une torche aspirante est plus difficile à accepter. »
Des potences pallient ces inconvénients en soulageant le poids des torches, et de nouvelles doivent être bientôt installées. « Pourtant, si on compare les torches aspirantes qui équipaient l’atelier TCI à mon arrivée, en 1998, et celles qui sont commercialisées aujourd’hui, la baisse de poids a été notable », complète l’enseignant. L’atelier de chaudronnerie industrielle comporte également quinze postes avec dosserets aspirants.
Maîtriser la conception des machines pour un usage en sécurité
Autre enseignement, autres préoccupations en santé au travail, cette fois à la filière CRSA (conception et réalisation de systèmes automatisés). Ici, on conçoit des machines de A à Z dans les locaux, avec l’aide des différents ateliers du lycée. « On récupère aussi des machines, sur lesquelles on réalise un rétrofit à partir de la notice originale, explique Patrice Cancouet, enseignant en systèmes automatisés, très attentif à la sécurité machines. Ici aussi, la sécurité autour des machines fait l’objet d’une attention permanente. » Les cours intègrent une partie sur l’enseignement des risques, à partir de documents institutionnels, dont ceux de l’INRS. La directive « Machines », avec ses exigences essentielles de santé et sécurité, est aussi au centre de la démarche de conception enseignée.
ACQUÉRIR LES BONS RÉFLEXES À TOUT ÂGE
Le lycée Colbert accueille aussi une formation Greta au métier de soudeur pour adultes en reconversion. L’atelier qui compte quinze box de soudage a lui aussi été réaménagé durant l’été 2025, avec de nouvelles aspirations, l’installation de potences, ainsi que quelques torches aspirantes. Mais selon les responsables pédagogiques, les modèles acquis ici présentent quelques contraintes : lourdeur et fragilité des buses en céramique qui cassent facilement, par exemple. D’autres aspects en santé au travail ont été pris en compte, comme les manutentions. Les bouteilles de gaz qui alimentent les postes sont installées dans des cadres métalliques à l’extérieur, ce qui réduit les manutentions de bouteilles. Le fonctionnement des aspirations est asservi à celui des postes à souder. Néanmoins, ces aménagements ne sont pas toujours simples. « L’ancienneté des locaux ne facilite pas toujours la prévention, constate Gwenaël Le Noach, directeur délégué à la formation de l’établissement. Nous devons composer avec l’existant, et dans notre organisation, nous sommes parfois limités par les locaux. Nous sommes probablement le seul atelier de réparation automobile équipé d’un chauffage au sol ! ar conséquent, c’est parfois compliqué lorsqu’il faut envisager des travaux de génie civil pour installer de nouvelles machines. »
Des PLR (plans de levée des risques) sont intégrés dans toute gestion de projet. L’année dernière, le travail d’étude a été réalisé sur une encaisseuse, cette année sur un palettiseur. Les machines conçues ou modifiées font aussi l’objet d’un accompagnement par un organisme d'inspection, qui valide la conformité des projets menés tout au long de l’année scolaire. « Plus la connaissance d'un outil industriel et celle du cadre réglementaire – par exemple la directive Machines – sont intégrées dans l’enseignement initial, plus les jeunes salariés seront performants pour s’adapter à l’entreprise et sauront être force de proposition dans leur entreprise pour maîtriser les risques, conclut Jean-Louis Dupont, contrôleur de sécurité métallurgie et référent régional pour la conception des machines à la Carsat Bretagne. Avec une telle approche sont à la fois gagnants les salariés qui savent utiliser les outils pour préserver leur santé, et les entreprises ayant investi dans les équipements. » Ces démarches illustrent la volonté du lycée Colbert, quels que soient les âges et les enseignements, de prendre en compte les conditions de travail au plus tôt pour former les futurs salariés.
FICHE D'IDENTITÉ
Établissement : lycée Colbert
Localisation : Lorient (Morbihan)
Activité : enseignement général, technique et professionnel
Effectif : 1 300 élèves et 130 enseignants