Le groupe MB92, spécialisé dans la réparation et l’entretien de yachts, vient de se lancer dans de très importants travaux de rénovation sur son site principal, celui de La Ciotat, dans les Bouches-du-Rhône. Associée très en amont au projet, la Carsat Sud-Est a pu accompagner l’entreprise et conseiller l’architecte afin d’intégrer la prévention des risques professionnels dans ce projet d’envergure.
« Quand un client vient nous voir, et qu’il nous questionne, on lui répond toujours par “oui”, et ensuite on voit comment on s’adapte et on s’organise », explique Mathieu Bauden, responsable des infrastructures France du groupe MB92, un groupe barcelonnais créé l’année des Jeux Olympiques organisés par la capitale catalane… en 1992. Présent sur quatre sites dans le monde, dont deux en France, le groupe est spécialisé dans la réparation de méga-yachts. Pour répondre à la demande toujours croissante, il s’est lancé dans un très ambitieux programme de rénovation des bâtiments qu’il occupe à La Ciotat, dans les Bouches-du-Rhône, un site qui emploie 198 personnes. Une rénovation qui se fait avec de nombreuses contraintes, mais où la prévention des risques professionnels occupe une place prépondérante.
On ne peut pas les rater. Ils sont là, à quai ou en cale sèche, parfois entourés d’échafaudages ou totalement emballés, à l’abri des curieux et des intempéries, imposants, majestueux, avec leurs 10, 20, 30 ou 40 m de long, voire plus. Entièrement refaits ou juste repeints, ces méga-yatchs ressortiront flambant neufs des locaux de MB92, situés au sein des chantiers navals du site de La Ciotat, géré par La Ciotat Shipyard, une société publique locale. Avec ses 1 600 m de quais et ses 12 000 m2 de cale sèche, MB92 y occupe une place de choix.
Le jour de notre venue, 40 yachts étaient pris en charge par l’entreprise. « Ils arrivent toujours par la mer, explique le responsable des infrastructures de MB92. Pour les sortir de l’eau, en fonction de leur poids, on peut se servir d’un élévateur à sangle (pour les plus petits, ceux qui pèsent jusqu’à 300 tonnes), de l’un des deux ascenseurs à bateaux (l’un pour les moins de 2 000 tonnes, l’autre pour 2 000-4 300 tonnes), ou d’un bassin de 200 m x 60 m pour les yachts les plus imposants. »
Les interventions, qui vont de quelques semaines à 30 mois, portent aussi bien sur des rénovations totales que sur l’entretien, et sont susceptibles de concerner de nombreux corps de métiers, comme la plomberie, l’électricité, la menuiserie, la peinture ou encore les composites pour n’en citer que quelques-uns… bref, tout ce qui compose un bateau. MB92 étant locataire de ses locaux – composés de plusieurs nefs –, elle a négocié une concession sur le long terme avant de se lancer dans de coûteux travaux. Première nef réhabilitée, la B. « Elle cumulait les problèmes, résume Jean-Christophe Sollari, contrôleur de sécurité à la Carsat Sud-Est, référent CLST (conception des lieux et des situations de travail). La toiture et la façade étaient en fibrociment amianté, et la charpente métallique recouverte d’une peinture au plomb datant des années 1960. » « C’était bien pourri », renchérit Pierre David, architecte chez Art-Lab en charge du projet.
Le port a pris en charge le désamiantage, il a fallu créer des murs coupe-feu. « Pour tout ce qui est de l’aménagement intérieur, nous avons pu balayer ensemble les dix points clés de prévention de la conception des lieux et situations de travail », complète Thierry Moussy, le contrôleur de sécurité de la Carsat Sud-Est qui suit l’entreprise depuis plusieurs années. Les opérateurs ont été associés, chaque chef d’équipe devant faire remonter les besoins de ses équipes. « Comme nous ne les avions pas bridés, certains ont bien joué le jeu, et c’était parfois une vraie liste au Père Noël. Mais c’était toujours intéressant », s’amuse Mathieu Bauden.
Des réunions ont lieu, avec le maître d’ouvrage (MB92), l’architecte et la Carsat. « Nous sommes intervenus très en amont du projet, c’est pour cette raison que la prévention des risques professionnels a pu être bien prise en compte », relate Jean-Christophe Sollari. L’architecte a proposé des plans, en 3D, tôt dans le projet : « J’ai volontairement présenté un plan contradictoire aux opérateurs. Car, parfois, il faut savoir commencer par un mauvais projet pour faire réagir les premiers concernés », avoue-t-il.
Premier point abordé : les circulations. Les allées créées dans la nef sont larges pour permettre aux véhicules de circuler. Des potelets isolent les cheminements piétons, tandis qu’une barrière équipée de leds (vertes ou rouges) autorise ou non les piétons à traverser. Au sol, de la résine époxy et des marquages facilitent les déplacements. Juste sous le toit (la hauteur de la nef est de 24 m), des vitres laissent passer un peu de lumière. « Nous avons dû mettre ce type de vitres, pour respecter les exigences des Bâtiments de France – car pour toute modification d’apparence extérieure des nefs, il faut obtenir leur accord -, mais elles sont opaques et laissent très peu passer la lumière », regrette Pierre David.
Les locaux sociaux sont composés d’une salle à manger donnant sur un « baladoire », sorte de grande terrasse couverte – un peu à l’image d’une coursive de bateau – permettant aux salariés de prendre un café ou de faire une pause. « Je vais compléter son aménagement en dessinant des meubles afin de le rendre plus agréable et convivial », précise l’architecte. Juste à côté, les vestiaires, hommes et femmes, sont vastes, dotés de douches et de toilettes ainsi que de casiers individuels doubles, avec d’un côté un espace pour les affaires propres et un autre pour les sales, dont le nettoyage est pris en charge par l’entreprise. Des bancs rétractables, pour libérer de la place sans qu’ils puissent être emportés ou délocalisés dans d’autres locaux, se glissent aisément sous les casiers. Ces derniers sont surmontés d’une coiffe, pour que rien ne puisse être entreposé à cet endroit.
LES 105
En octobre 1988, alors que la construction navale était vouée à l’abandon en Méditerranée, 105 militants CGT décident d’occuper le site de La Ciotat. Pendant dix ans, ils multiplient les actions et les coups d’éclat tout en maintenant les infrastructures en état… permettant à ce site de repartir au début des années 2000. De ce passé, reste encore en place, un immense portique qui fait partie intégrante de l’image de la ville de La Ciotat et de son patrimoine industriel.
À proximité se trouve le magasin. Il a une capacité de stockage énorme, avec ses centaines de pièces destinées aux clients ou pour parer à tout type de demande. Dans les zones de stockage, les allées de circulation font trois mètres de large, la majorité des pièces sont stockées sur des racks dont les pieds sont protégés des éventuels heurts de chariots, et l’éclairage naturel a été privilégié. « Quand l’éclairage naturel était techniquement impossible, un éclairage de second jour a été mis en place, avec des surfaces vitrées donnant sur la vaste allée centrale de la nef », précise Thierry Moussy.
Acoustique, éclairage et ventilation
Une toute nouvelle menuiserie a également vu le jour, pour remplacer l’ancienne qui avait plus de trente ans. « J’ai fait partie de ceux qui ont fait leur liste au Père Noël, et quand j’ai vu que beaucoup de mes demandes avaient reçu un avis favorable, je n’avais plus qu’une envie : travailler dans nos nouveaux locaux ! », avoue Dominique Hoareau, chef d’équipe menuiserie. L’éclairage naturel a été privilégié, les murs et le plafond ont bénéficié d’un bardage extérieur, complété d’un isolant acoustique et d’un matériau microperforé sur la face intérieure du local. « Cela permet de mettre en place une bonne correction acoustique et d’atténuer le bruit », explique Pierre David.
Toutes les machines bénéficient d’une aspiration asservie au fonctionnement de ces dernières – basse pression pour les machines fixes, et haute dépression pour les machines électroportatives. La toute nouvelle scie à panneaux était attendue car elle permet de découper toutes les grandes planches placées dès le début des opérations sur les yachts. Destinées au cheminement sur les bateaux, elles sont indispensables aux équipes de MB92 pour préserver les lieux d’intervention. Un réseau de nettoyage permet d’aspirer les moindres recoins de l’atelier, et une potence multi-énergie s’avère bien pratique pour pouvoir brancher les équipements électroportatifs. Pour l’heure, s’ils ne sont que deux à travailler dans la menuiserie, ils espèrent bien étoffer l’équipe. « Tout est prêt pour accueillir de nouveaux salariés », remarque le chef d’équipe.
Dans les autres ateliers comme la plomberie, la lumière arrive en deuxième jour, via l’allée principale. Des leds puissantes procurent l’éclairage adapté à l’activité, sans lumière bleue. Là aussi, un réseau de ventilation et un traitement acoustique sont opérationnels. L’atelier composite est le dernier encore en cours d’installation. Mais, de l’avis de tous, les matières premières utilisées et les différents process – résine, catalyseur, poudre de silicium, notamment – pouvaient être sources de risques. Il a donc été décidé d’isoler les opérations de pesage et de mélange afin d’y mettre une ventilation, ainsi qu’un stock de produits chimiques avec une fosse de rétention dans le dallage.
L’atelier mécanique occupe un petit emplacement de la nef C, mais il va bientôt rejoindre la nef B dans sa partie sud et bénéficiera du double de surface. Il sera équipé d’un pont roulant d’une capacité de trois tonnes, un matériel que le responsable attend avec impatience. Mais pour l’heure, dans la nef C, les opérations de désamiantage touchent à leur fin. Un travail colossal qui nécessite de poser une double bâche et un filet sous ses toits afin d’enlever les tuiles en fibrociment amianté de ce bâtiment de 33 m de haut. « À terme, on voudrait pouvoir y faire entrer jusqu’à cinq voire six yachts afin d’intervenir à l’abri des intempéries », remarque Mathieu Bauden. Mais avant, le sol devra être recouvert d’une dalle de béton pour faciliter les déplacements des chariots.
La maintenance n’a pas été oubliée. « C’est une véritable entreprise dans l’entreprise », estime Jean-Christophe Sollari. Des garde-corps ont été mis en périphérie des zones d’intervention de l’équipe maintenance, et toute la machinerie est accessible depuis un escalier qui débouche sur une sorte de terrasse intérieure à laquelle seuls les opérateurs de maintenance ont accès. Ils peuvent ainsi intervenir avec leur matériel et travailler sans position contraignante. Pas très loin, au-dessus des magasins et des ateliers, une mezzanine est équipée d’une barrière écluse pour protéger l’opérateur lors des gerbages.
Titanesques, colossaux… les mots manquent pour qualifier les travaux déjà réalisés et ceux en cours dans les deux nefs sur les trois qu’occupe l’entreprise. « Lors des premières visites, nous avons fait le constat qu’il y avait beaucoup de risques. J’ai laissé un peu de temps à M. Bauden pour qu’il s’organise afin de répondre à nos demandes. Nous avons travaillé dans la confiance, il a tenu ses promesses, nous l’avons accompagné avec un contrat de prévention et les résultats sont là », conclut Thierry Moussy. « Avec ces nouvelles installations, on espère pouvoir embaucher et passer ainsi de 140 à 200 yachts accueillis par an d’ici trois ans », précise Mathieu Bauden.