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Les chutes de hauteur et de plain-pied

BTP : prévenir les chutes sur les chantiers

Dans le BTP, les chutes de hauteur et de plain-pied restent des risques majeurs. Remblaiement des abords, échafaudages périphériques, filets de protection, montage de charpentes au sol : plusieurs solutions permettent de sécuriser les chantiers et d’améliorer les conditions de travail.

7 minutes de lecture
Delphine Vaudoux - 26/06/2026
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Vue d'une situation de travail sur chantier.

Les chutes de hauteur représentent près de 50 % des accidents dans le secteur du BTP, et sont responsables de 20 décès par an environ. Selon l’OPPBTP, ce ne sont pas les plus gros chantiers les premiers concernés par ces accidents, mais plutôt les petits, ceux qui multiplient les interventions sur des hauteurs inférieures à trois mètres. Quant aux chutes de plain-pied – glissades, faux-pas, trébuchements, etc. –, elles sont à l’origine d’un accident du secteur sur cinq, et plus de 20 % des journées perdues par incapacité temporaire.

LES ACCIDENTS, ÇA N’ARRIVE PAS QU’AUX AUTRES…

Un pelliste travaillait sur un chantier de construction d'une maison individuelle. L'inspection du travail avait procédé le matin à un contrôle et arrêté les travaux car les salariés intervenaient à proximité du vide sans protection. Un peu plus tard, le pelliste chute alors qu'il testait la résistance d'un garde-corps qu'il venait de poser pour répondre aux exigences de l'inspection du travail. Celui-ci était inséré dans un trou percé dans une partie de béton friable. Le salarié a été hospitalisé avec une fracture de deux cervicales.

Tranchées mal refermées, stockage malencontreux, gravats ou tuyaux qui traînent… autant de situations pouvant être à l’origine de ces accidents. Pour réduire ce risque, la Carsat Aquitaine a ciblé les constructeurs de maisons individuelles (CMistes), afin de les sensibiliser notamment à la question des remblais, en leur demandant par exemple qu’une fois les enduits de soubassement terminés, les creusements soient remblayés et les cheminements aménagés. Simple ? Pas tant que cela.

Direction un lotissement de maisons individuelles, bien avancé, à Castets, dans les Landes. Nous avons rendez-vous avec Guy Damiens, directeur des travaux de Maisons d’en France, un CMiste, devant l’une des maisons que son entreprise est en train de terminer. Son contour est parfaitement remblayé, le chantier rangé. « Mais ça n’a pas été toujours le cas, explique Jean-Christophe Robin, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine. Cette société, qui ne remblayait pas ses chantiers, a écopé il y a quatre ans d’une injonction avec majoration, puis d’une récidive. »

Maisons d’en France avait bien reçu un courrier sur le sujet de la part de la Caisse, mais n’avait pas réagi. C’est désormais chose faite. « On a suivi des formations sur les chutes, relate le directeur de travaux. Maintenant, les conducteurs de travaux ont pris conscience des risques, en particulier grâce aux exemples d’accidents réels qui leur ont été montrés. L’entreprise a intégré ces travaux… et dorénavant, les remblais constituent un des éléments de l’avancée du chantier à cocher sur le logiciel de suivi de chantier que chacun a sur son portable. » « À partir du moment où ce point est défini avant le début des travaux, c’est plus simple », insiste le contrôleur de sécurité, approuvé par un maçon rencontré sur le chantier : « Si on sait dès le démarrage que c’est à nous de refermer les remblais, on s’organise en conséquence. » Il nous montre un chantier moins avancé, à proximité. « Là, le maçon creuse pour les soubassements, il met bien la terre en tas, sur le côté, car il sait qu’il devra remblayer. C’est rentré dans les mœurs. »

Échafaudages périphériques : un investissement utile pour la sécurité

Toujours dans la réalisation de maisons individuelles, l’Assurance maladie-risques professionnels prône la mise en place d’échafaudages périphériques, communs à plusieurs entreprises, du gros œuvre au zingueur, pour travailler en hauteur en toute sécurité. « On nous oppose souvent leur coût, remarque Jean-Christophe Robin, mais c’est un faux problème. » La preuve, avec l’entreprise Charpentes Lesclaux, basée à Castets, dans les Landes. Spécialisée en charpente, zinguerie et couverture, elle compte six personnes (en incluant son gérant) et intervient sur une vingtaine de chantiers de maisons individuelles par an.

FILETS DE PROTECTION : SÉCURISER LES INTERVENTIONS EN CHARPENTE

L’entreprise Lesclaux pose systématiquement des filets de protection lorsque ses salariés interviennent sur des charpentes. Beaucoup d’entreprises sous-traitent leur pose, mais ça n’est pas le choix de cette entreprise qui en a acheté quatre. Ils sont vérifiés régulièrement par un bureau de contrôle indépendant, et ses salariés ont été formés à leur pose. « Mais attention, précise Jérôme Lesclaux, charpentier et co-dirigeant de l’entreprise, non seulement il faut veiller à la qualité des filets, mais aussi à celle des estropes et mousquetons. »

« Quel que soit le chantier, nous installons un échafaudage périphérique et un filet, insiste Magalie Lesclaux, associée de l’entreprise, tandis qu’elle nous amène devant une maison individuelle de plain-pied de 92 m2, à Bénesse-Maremne. On le sait, on rate des marchés, mais au moins, on est serein. » La TPE a fait le choix d’acheter son échafaudage, avec une aide de la Carsat à hauteur de 50 %. Orhan est norvégien et vient d’être promu chef d’équipe chez Lesclaux : « Quand je suis arrivé en France, j’étais très étonné de ne pas voir d’échafaudage sur tous les chantiers. Charpentier, je ne me voyais pas exercer un autre métier, mais je voulais le faire en toute sécurité. Je me suis rapproché de Lesclaux car ils montaient des échafaudages sur toutes les maisons. J’ai même appris le français pour faire partie de l’équipe. Et je ne regrette pas, la sécurité est omniprésente. »

Vue d'une situation de travail sur chantier.

Pour conforter les dires de son collègue, Antoine, charpentier également, tient à nous relater une anecdote : « Il y a quelque temps, nous travaillions à côté d’un autre charpentier, chacun sur une maison. En incluant le temps de montage de l’échafaudage, on a réalisé la couverture de deux maisons pendant que lui n’en faisait qu’une… et nous, nous l’avons fait en toute sécurité. » Les salariés ont suivi de nombreuses formations : SST, conduite d’engins, port du harnais, montage d’échafaudage. « On vient d’acheter une remorque de plus de quatre mètres pour qu’elle nous serve à transporter et à stocker l’échafaudage, afin de limiter les manutentions, complète Jérôme Lesclaux, charpentier gérant. Actuellement, nous sommes deux à pouvoir la conduire, mais les autres charpentiers sont en train de passer le permis qui convient. »

Monter les charpentes au sol pour limiter le travail en hauteur

Toujours dans sa volonté de progresser en prévention des risques professionnels dans un métier où l’on porte beaucoup et où il n’est pas toujours aisé d’adopter les bonnes postures, surtout lorsque l’on travaille sur des toits pentus, des exosquelettes ont été achetés pour chacun des charpentiers. « On n’a malheureusement pas pu les faire essayer en situation réelle de travail », déplore Magalie Lesclaux. Résultat, leur accueil par les charpentiers a été mitigé. « Vous auriez dû vous rapprocher de votre service de prévention et de santé au travail, car ils travaillent sur ce sujet », remarque le contrôleur de sécurité. Certains charpentiers les portent néanmoins quelques heures quand cela devient dur de manipuler les tuiles, surtout quand on sait que la maison de 92 m2 aura nécessité pas moins de… neuf tonnes de tuiles.

Vue d'une situation de travail sur chantier.

Pour Magalie Lesclaux, également chargée de prévention de l’entreprise, la prévention des risques est un sujet permanent. Pour cela, elle a suivi une formation à l’OPPBTP, a écrit et mis à jour le DUERP de son entreprise, vérifie les EPI, organise les formations… « Nous sommes suivis régulièrement par notre conseillère prévention de l’OPPBTP, qui nous offre une aide totalement personnalisée. Notre dernier projet : investir dans une base vie pour les salariés. »

Mais pour limiter les chutes de hauteur, le plus simple reste quand même de ne pas travailler en hauteur. C’est ainsi que le montage au sol des charpentes classiques se développe, de même que l’industrialisation du montage des fermettes. Sur le chantier d’un vaste Ehpad à Mont-de-Marsan, pas moins de treize fermettes sont attendues pour constituer les 8 000 m2 de toiture. Elles sont reçues démontées, l’assemblage se fait au sol, de même que l’ajout de garde-corps et de voile, tandis que le levage se fait à la grue. « La grue est partagée par le charpentier et le maçon, explique Vincent Bourlon, chef d’équipe chez Bois et Peyres, en charge de ces charpentes. On avance bloc par bloc. » « Cette organisation permet de gagner à la fois du temps et en sécurité, c’est indéniable », confirme le contrôleur de sécurité. Comme quoi, prévention et rentabilité peuvent faire bon ménage.

TOP BTP : DES AIDES POUR PRÉVENIR LES CHUTES SUR CHANTIER

Pour aider les entreprises du secteur du bâtiment et travaux publics ainsi que les constructeurs de maisons individuelles à réduire les risques professionnels, et notamment les chutes de plain-pied et de hauteur, l’Assurance maladie-risques professionnels propose des aides financières appelées « Top BTP ». L’achat d’équipements de type échafaudages, trémies, passerelles, plates-formes, etc. peut ainsi être aidé, ainsi que des formations. L’entreprise devra répondre aux conditions d'éligibilité et fournir des documents administratifs permettant de justifier les investissements pour pouvoir prétendre à la subvention. Pour en savoir plus, se rapprocher de sa Caisse.

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