« La première fois, le drone m’a servi pour métrer un toit de château de 800 m2, un peu complexe. J’étais en concurrence avec une autre entreprise qui avait effectué son métrage manuellement », raconte Frédéric Boutges, l’un des dirigeants de l’entreprise Suscosse, basée à Bénesse-Maremne, dans les Landes. Spécialisée dans la rénovation et la construction de maisons d’architecte notamment, elle intervient pour la charpente, la zinguerie, l’ossature bois, les terrasses, l’étanchéité ou l’installation de panneaux photovoltaïques. Bien que légèrement plus chère, c’est son entreprise qui remporte le marché du château.
À la fin des travaux, Frédéric Boutges demande à son charpentier de recalculer le métrage, à partir des travaux réalisés. Ils s’aperçoivent que l’estimation obtenue avec l’aide du drone était plus précise que celle de son concurrent, établie depuis le sol. « J’ai repris l’entreprise avec Benoît Dongieux, en septembre 2022. Très vite, nous nous sommes développés : nous étions huit lors du rachat, nous sommes aujourd’hui 23 salariés dont six apprentis », explique Frédéric Boutges. Les deux associés établissent environ 450 devis chaque année. Dans ce contexte de croissance, l’acquisition d’un drone léger constituait un appui technique non négligeable.
Des métrés de toiture réalisés avec un drone
Nouvelle démonstration sur une maison en construction, à Hossegor. Frédéric Boutges déploie le drone, qu’il connecte à son téléphone. L’appareil s’envole, sous l’œil vigilant du dirigeant : « Je peux monter jusqu’à 30 mètres de haut. Là, je sais que je suis au-dessus des arbres. » Le pilote le rapproche de la maison, du toit, fait tourner la caméra… Il prend des photos, zoome sur certaines parties. « Le drone dispose d’une autonomie d’environ quinze minutes. Il me faut une matinée pour réaliser l’ensemble des photos, avec des batteries supplémentaires », poursuit le chef d’entreprise. Les images sont ensuite intégrées dans un logiciel qui modélise le toit en 2D ou 3D. À partir de là, les dirigeants, en lien avec le service méthodes, calculent les cotes et les métrages.
L'AVIS D'EXPERT DE...
Jean-Christophe Robin, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine
« Nous avons participé ces dernières années au financement de drones ou de formations de pilotes de drones, car ça évite au charpentier de monter sur le toit pour faire des devis. Nous préconisons, pour toute utilisation de drone, que le pilote suive au minimum une journée de formation de façon à parfaire ses connaissances sur la réglementation, sur le pilotage et à bénéficier d’une assurance. »
« En hiver, pas question de monter sur une toiture pour réaliser le métrage. Le drone permet d’être plus précis et de gagner du temps, sans s’exposer au risque de chute de hauteur », estime le professionnel. « Pour des relevés importants sans drone, il faut intervenir à deux, avec les risques de chute que cela comporte, vient compléter Benoît Dongieux. De plus, les données enregistrées peuvent être réutilisées si le client souhaite phaser ses travaux, ce qui est fréquent. Et le fait de joindre des visuels au devis constitue un atout commercial non négligeable. »
À Fléville-devant-Nancy, en Meurthe-et-Moselle, l’entreprise SBI Bâtiment a elle aussi acquis un drone il y a deux ans. C’est aujourd’hui l’allié sécurité qui accompagne les interventions du chargé d’affaires. Fondée en 1983, l’entreprise est spécialisée dans la rénovation et l’isolation de bâtiments. Intervenant principalement en région Grand-Est, elle s’est développée en élargissant progressivement son offre dédiée à l’amélioration de l’habitat. Elle emploie 25 salariés. « J’avais vu un drone sur un chantier sur lequel nous intervenions comme sous-traitant d’un couvreur, puis sur un salon Préventica. Je me suis rapproché de l’OPPBTP pour obtenir des informations, puis de la Carsat, grâce à laquelle nous avons bénéficié d’un contrat de prévention », explique Alexis Adobati, le gérant. Il fait l'acquisition d'un drone auprès d'un prestataire qui lui fournit aussi l’assurance, les outils de modélisation 3D, ainsi que la formation des salariés.
Inspection par drone : une nouvelle organisation du chantier
À Heillecourt, non loin de Nancy, sur un chantier de rénovation avec extension d’une maison individuelle, Stéphane Legay, chargé d’affaires, sort l’appareil de sa sacoche : un drone compact – une quinzaine de centimètres pour moins de 80 grammes –, déployé en quelques instants. « C’est une nouvelle façon de travailler ! Le métrage prend une dizaine de minutes. Le drone vole avec un angle d’environ 45°, à une vitesse inférieure à 2 m/s, prenant deux photos par seconde », explique-til, concentré sur l’écran de contrôle. Ce premier vol suffit à générer une maquette 3D précise de l’ouvrage. Un second passage lui permet de réaliser des prises de vue rapprochées des points singuliers. « On distingue les défauts des tuiles, la présence de mousses, un manque de ciment sur un arêtier ou encore un élément de zinguerie endommagé. Et tout ça en gardant les pieds au sol », souligne-t-il.
En centre-ville comme à Nancy, où les accès sur les toits peuvent être complexes, le drone lui permet de tout voir. « Ça facilite les repérages pour les accès, les conditions d’approvisionnement, les possibilités de circulation pour les camions. Le drone peut monter jusqu’à 120 mètres si l’on veut une vision panoramique du site », poursuit le chargé d’affaires. Ses limites : pas de vol par temps de pluie ou avec un vent soufflant à plus de 50 km/h. « La fiabilité des devis est renforcée. En présentant au client les images du vol, on rend compte de l’état réel de la toiture. Il ne peut pas nous soupçonner de gonfler les prix », ajoute Alexis Adobati.
« En termes de sérieux de la prestation, sur les interventions ultérieures et en cas de réclamations, cela permet de disposer de l’ensemble des éléments. L’entreprise a les métrés exacts, photos à l’appui, et l’intervenant sait précisément quels matériels prévoir. C’est un atout qui permet d’être plus précis dans l’organisation globale des chantiers, avec un impact direct sur la prévention, pour les équipes comme pour les sous-traitants », souligne Benoît-Yves Lozach, ingénieur-conseil à la Carsat Nord-Est. D’ailleurs, de plus en plus d’entreprises du secteur s’intéressent aux drones… Même si toutes ne franchissent pas le pas. « Dans le bâtiment, il y a toujours un frein culturel à l’investissement dans la sécurité, reconnaît Alexis Adobati. Je reste pour ma part convaincu que l’humain n’a pas de prix. » Les chargés d’affaires, en particulier, interviennent en amont des chantiers, alors que les protections collectives permettant de sécuriser les accès ne sont pas en place. Raison de plus pour ne pas négliger leur sécurité.
UTILISATION D'UN DRONE : FORMATION, RÉGLEMENTATION ET RÈGLES DE SURVOL
Les inspections de toiture s’effectuent souvent en zone habitée, à proximité de bâtiments administratifs, d’écoles, d’hôpitaux… Il faut donc bien connaître la réglementation relative au survol de ces zones. « J’ai suivi une formation de deux jours en présentiel, une journée à distance, ce qui permettait d’aborder tout le volet réglementaire, les restrictions de vol, les demandes d’autorisation nécessaires, mais aussi les dangers, notamment liés à la présence de lignes à haute tension. La partie pratique permettait de manipuler le drone sur des cas concrets », explique Stéphane Legay, chargé d’affaires chez SBI. Il a également été formé à l’utilisation du logiciel et à la lecture des données. « Mon travail est simplifié et surtout beaucoup plus serein. Je peux faire plusieurs relevés dans la journée et très vite avoir l’ensemble de mes maquettes prêtes avec un niveau de précision très fin », assure-t-il.