Le transporteur est en place. Les 33 palettes d’Emmental râpé vont pouvoir être déchargées. « Un quai comme celui-ci, on n’en voit nulle part ailleurs, observe Cédric Huon, cariste chez Est Service Frais. Il est surélevé à 1,20 mètre au-dessus de l’entrepôt, et des barrières de protection ont été installées sur toute sa longueur pour sécuriser la zone de travail des chauffeurs lors du déchargement. » Pour comprendre cette configuration pour le moins atypique, il faut se replonger dans l’histoire du site.
Nous sommes à la sortie du village de Sainte-Marie-la-Blanche, en Côte-d’Or, sur la plate-forme de massification d’Est Service Frais, intégrée au réseau de distribution France Frais. Ici se trouve également la centrale d’achat, qui distribue, partout en France, aux professionnels des métiers de bouche, les produits du groupe Les Maîtres Laitiers ainsi que d’autres références. Yaourts, crème fraîche, fromages, beurre, charcuterie… Ici, sont principalement réceptionnées des palettes « mono-produit », dispatchées et expédiées vers les filiales du groupe, d’où partiront les livraisons clients. « La surface du bâtiment n’excède pas 1 000 m2, avec un stock qui tourne vite, explique Laurent Terrand, responsable logistique de la plate-forme, sur laquelle travaillent une dizaine de salariés. On reçoit 14 000 tonnes de marchandises chaque année, pour une moyenne de 550 palettes expédiées par semaine. »
Un quai surélevé hérité de la configuration du site
Construit en 1974, le site a été rénové vingt ans plus tard pour se conformer aux exigences de l’hygiène alimentaire. Initialement réalisée à l’extérieur, la réception des marchandises a alors été intégrée au bâtiment, avec la création d’un quai équipé de quatre niveleurs (deux au déchargement et deux au chargement) dans la zone de stockage des produits frais, maintenue entre 2 et 4 °C. « Comme nous sommes sur un terrain marécageux, il n’a pas été possible de creuser pour décharger au niveau de l’entrepôt. D’où cette situation particulière, avec des contraintes d’espace et un quai qui surplombe la zone où sont gérés le stockage et la préparation de commandes », poursuit Laurent Terrand.
PARTAGER LES BONNES PRATIQUES DE SÉCURITÉ ENTRE PLATES-FORMES
France Frais dispose d’une cellule nationale qualité, sécurité, environnement (QSE) et d’un maillage complet du territoire : six responsables QSE régionaux, ainsi que des relais dans les filiales, pour remonter les sujets du quotidien ou être sollicité, pour des vérifications périodiques ou des analyses d’accidents notamment. « Nous avons des sites de différentes tailles et des spécificités en termes d’aménagements, ce qui n’empêche pas la mise en œuvre de processus communs, précise Stéphane Danon, le responsable santé et sécurité du groupe. Tous les mois, nous échangeons avec les dirigeants de nos filiales sur l’accidentologie, les évolutions réglementaires et les actions de prévention mises en œuvre. Une fois par trimestre, l’un des dirigeants met en lumière une solution déployée sur le terrain. Chaque année, un challenge sécurité groupe permet également le partage de bonnes pratiques. »
Longtemps, aucune protection contre le risque de chute n’y était installée. Mais en 2024, lors d’un déchargement, un chauffeur d’une entreprise extérieure chute en arrière, laissant son transpalette en équilibre sur le quai. L’accident, heureusement resté sans gravité, agit comme un déclencheur. « Au-delà de la réponse technique que nous devions apporter, nous avons saisi l’opportunité de repenser le process et notamment l’accueil des chauffeurs. Pour cela, nous avions besoin d’un regard extérieur. J’ai contacté la Carsat », se souvient Stéphane Danon, le responsable santé et sécurité de France Frais.
Dès le premier semestre 2025, des mesures sont mises en œuvre pour sécuriser la zone. Sur le plan technique, des barrières de protection fixes sont installées sur toute la longueur du quai, où les palettes sont déposées lors du chargement et du déchargement des camions. Face aux quais, pour les besoins d'accès à la marchandise avec un charriot, il a été décidé de rendre ces barrières amovibles. Leur ouverture ne pouvant être automatisée, celle-ci reste liée à une action manuelle du chauffeur. Une solution dont l'entreprise a conscience des limites. Mais lorsqu'elles sont fermées, ces barrières coulissantes, en matériau composite, souples et résistantes aux chocs, assurent une protection contre le risque de chute de hauteur.
Barrières de protection : un compromis testé avec les utilisateurs
Pour l’heure, ce sont 33 palettes d’Emmental qu’il faut traiter. Avec un transpalette électrique, la conductrice du camion procède au déchargement. Elle dépose une palette en bord de quai, puis fait coulisser la barrière, permettant au cariste, en contrebas, de récupérer la marchandise pour la stocker. « C’est beaucoup plus sécurisé, mais forcément un peu plus long, car il faut à plusieurs reprises ouvrir et fermer la barrière. Cela a nécessité un temps d’adaptation dans notre façon de travailler par rapport à l’ancien dispositif où la marchandise était directement accessible sur la ligne de quai », constate Cédric Huon. En réception, ce sont en général les chauffeurs qui manipulent la barrière. Pour les expéditions, le travail est réalisé en binôme : le cariste d’un côté et l’un des préparateurs, qui procède au chargement depuis le quai, de l’autre.
« On est sur une zone charnière où la marchandise arrive et repart. Différents engins circulent, les flux sont permanents. L’entreprise a évalué les contraintes d’exploitation pour trouver le meilleur compromis », commente Maryline Vannier, contrôleuse de sécurité à la Carsat Bourgogne-Franche-Comté. Et avant de valider la solution, les opérateurs (caristes, préparateurs de commande…) ont été consultés, tout comme les chauffeurs extérieurs, dont certains viennent régulièrement. « La Carsat nous a incités à adopter cette approche participative, tant sur le choix du matériel que sur l’organisation. Plusieurs scénarios ont été testés », explique Stéphane Danon.
En parallèle, il a fallu repenser l’ensemble du circuit. À l’entrée du site, un panneau d’affichage indique la zone d’attente et les voies de circulation des différents véhicules. La signalétique a été renforcée, avec une identification claire des quais de réception et d’expédition. Le protocole de sécurité, mis à jour, intègre les modifications apportées par les nouvelles installations. « Le chauffeur passe obligatoirement par la zone d’accueil, où l’affichage a été renforcé. Il doit prendre connaissance du protocole de sécurité avant d’accéder au quai par un petit escalier. On a amélioré la sécurité sur l’ensemble du parcours. Une rampe a été ajoutée et une peinture antidérapante et de couleur appliquée sur l’escalier, car on peut se blesser sans tomber de très haut », explique Laurent Terrand.
Depuis son bureau, il voit l’ensemble du site, avec seize caméras intérieures et quatre couvrant les accès extérieurs. « Nous avions un contexte particulier sur cette plate-forme, mais cela n’empêche pas de remonter les informations au groupe, complète Stéphane Danon. La méthode, la réflexion collective et l’implication de tous méritent d’être partagées. »
FRANCE FRAIS EN BREF…
France Frais, ce sont 70 filiales en France, 120 plates-formes, 4 500 collaborateurs. À l’origine conçu pour distribuer les produits de la coopérative laitière les Maîtres Laitiers du Cotentin, France Frais est devenu le n° 2 de la distribution livrée, en produits frais, secs et surgelés, pour les professionnels de la restauration et les métiers de bouche. La plate-forme d’Est Service Frais à Sainte-Marie-la-Blanche permet la massification des flux de marchandises, qui sont convoyées ici pour être distribuées partout en France vers les entités locales, au plus près des clients.