Des travaux non protégés au bord d’une tranchée, une plaque fragile qui cède en toiture, un appui mal assuré pour accéder au-dessus d’une armoire, un sol rendu glissant par l’activité… Les situations de travail exposant au risque de chute sont multiples et concernent tous les secteurs, du BTP à l’industrie, en passant par la logistique, les transports et les activités tertiaires. « Lorsque l’on évoque les chutes de hauteur, on pense en premier lieu aux interventions sur les toits, sur des pylônes ou aux chantiers du bâtiment. On pense moins aux chutes, pourtant nombreuses, depuis la plate-forme d’accès au poste de conduite d’un engin, dans un escalier ou encore liées à l’utilisation d’un marchepied pour atteindre le haut d’une armoire », note François-Xavier Artarit, expert d’assistance-conseil à l’INRS. Et dans bien des situations où le danger n’est pas si évident, la vigilance est moindre.
Les chutes de plain-pied, quant à elles, sont plus fréquentes encore, notamment dans les secteurs sanitaire et médico-social, l’agroalimentaire, la logistique, le commerce de proximité, l’hôtellerie et la restauration… Souvent banalisées, elles peuvent pourtant avoir des conséquences lourdes. En 2024, les chutes de plain-pied et de hauteur représentaient respectivement 15 % et 10 % des accidents du travail en France. Selon un rapport « Enjeux & actions » de l’Assurance maladie-risques professionnels (2022), les chutes représentent 126 000 accidents du travail par an et entraînent des arrêts de travail plus longs (plus de 70 jours en moyenne) avec des séquelles plus graves que l’ensemble des autres accidents. Elles sont responsables de près d’un tiers des incapacités permanentes les plus lourdes et les chutes de hauteur sont à l’origine de 13 % des décès au travail.
Évaluer les risques pour prévenir les chutes au travail
Force est de constater que la plupart des accidents surviennent dans des situations de travail courantes (accès en hauteur, manutention, circulation sur des sols irréguliers ou encombrés…). Dans ce contexte, les chutes peuvent souvent être évitées. Leur prévention doit s’appuyer sur une évaluation des risques menée le plus en amont possible, en concertation avec les acteurs concernés, pour permettre la définition de solutions adaptées. « En application des principes généraux de prévention, il s’agit en priorité de supprimer le risque ou de le réduire. Pour les chutes de hauteur, cela consiste en premier lieu à se demander si le travail ne peut pas être réalisé depuis le sol », indique François-Xavier Artarit.
« Il existe des méthodes d’organisation des chantiers qui suppriment le travail en hauteur, comme la préfabrication et l’assemblage au sol de charpentes avant levage, ajoute Jean-Michel Bachelot, ingénieur-conseil BTP à la Carsat Pays de la Loire. Les retours d’expérience montrent qu’au-delà de la réduction de l’exposition aux chutes, ces pratiques limitent la fatigue et améliorent souvent la productivité. » Certaines évolutions, qui peuvent bousculer les habitudes de travail, nécessitent néanmoins d’être accompagnées. Autre exemple : des systèmes d’éclairage équipés de dispositifs permettant la montée et la descente des luminaires pour la maintenance depuis le sol. Ou encore le recours aux drones pour inspecter façades et toitures avant travaux.
« Dans les cas où le travail en hauteur ne peut être supprimé, il convient de mettre en place des équipements dotés de protections collectives adaptées à la situation (plates-formes d’accès, garde-corps…) », précise François-Xavier Artarit. Les installations permanentes doivent, autant que possible, être préférées aux dispositifs temporaires. Les opérateurs doivent être formés à l’utilisation des équipements proposés et recevoir des consignes adaptées. En dernier recours, des équipements de protection individuelle (harnais, longe…) associés à des points d'ancrage peuvent être envisagés.
Prévention des chutes : des aides pour les TPE et PME
Concernant les chutes de plain-pied, les actions issues de l’évaluation des risques peuvent porter sur l'environnement de travail, en agissant sur des facteurs de risques tels que la glissance des sols, le rangement des allées de circulation, l'éclairage, etc. Elles concernent également l’organisation du travail, avec une meilleure anticipation et planification pour éviter les situations d’urgence, ainsi que la sensibilisation et l’information des salariés. Enfin, les équipements de protection individuelle, comme les chaussures antidérapantes, peuvent être nécessaires. Dans tous les cas, la prévention des chutes est plus efficace lorsqu’elle est anticipée dès la conception des lieux et des postes de travail : limitation des dénivelés, revêtements de sols adaptés, sécurisation des accès en hauteur, prise en compte des besoins liés à la maintenance, etc.
CHUTES AU TRAVAIL : LES RECOMMANDATIONS NATIONALES À CONSULTER
Des recommandations sectorielles nationales définissent et regroupent les bonnes pratiques de prévention des risques professionnels. Elles sont élaborées par les partenaires sociaux et consultables sur le site www.ameli.fr/entreprise. Certaines concernent les risques de chutes :
- Bien choisir les revêtements de sol dans les locaux de produits alimentaires, R462
- Chargement, déchargement et transport de produits pulvérulents en camion-citerne dédié pulvérulent, R480
- Accès aux dômes des véhicules citernes routiers, R450
- Livraison, chargement, déchargement des marchandises/matériels en points de livraison en hôtellerie/restauration et tout autre point de vente, R505
- Prévention des risques liés au montage, au démontage et à l’utilisation des échafaudages roulants, R457
- Montage, utilisation et démontage des échafaudages de pied, R408
- Prévention des risques dus à l’utilisation des plates-formes de travail en encorbellement, R464
Pour soutenir les entreprises, l’Assurance maladie-risques professionnels déploie différents dispositifs, en particulier des aides spécifiques adaptées aux entreprises de moins de 50 salariés. La subvention nationale « Prévention Chutes », par exemple, permet d’accompagner le financement d’équipements ou d'aménagements pour les locaux à fort risque de glissade (notamment dans l’agroalimentaire), les plates-formes en hauteur et les mezzanines, les quais de chargement ou de déchargement, ainsi que les camions et remorques. L’aide « Top BTP », destinée aux TPE et PME du secteur, vise l’achat de matériel ou le financement de prestations de prévention contre les chutes de plain-pied et de hauteur, mais aussi d’autres risques rencontrés dans les activités du BTP. Pour la construction de maisons individuelles, une subvention spécifique existe pour le financement de dispositifs de protection collective, des études ou l’installation d’échafaudages, ainsi que certains équipements de sécurisation des chantiers.
Enfin, des dispositifs régionaux sont déployés (se renseigner auprès de chaque Carsat), comme la subvention « Livraison + sûre » en Bretagne, également destinée aux entreprises de moins de 50 salariés. « Il s’agit d’encourager les transporteurs et les sites clients à mettre en œuvre les bonnes pratiques de prévention des risques professionnels lors des opérations de transfert de marchandises », explique Antoine de Lipowski, ingénieur-conseil à la Carsat Bretagne, rappelant que le transport est le premier secteur concerné par les chutes de hauteur, devant le BTP, avec deux tiers des accidents survenant aux interfaces de livraison (source Cnam). « Sur le terrain, on observe dans de nombreuses filières un défaut de coévaluation des risques entre le transporteur et l’entreprise d’accueil, qui débouche sur des situations accidentogènes, alors même que parfois, un protocole de sécurité a été établi », poursuit-il. Des réflexions, avec les filières distribution/commerce, matériaux de construction ou encore élevage ont été engagées.
Dans le cas de l’élevage, spécifiquement, pour éviter les intrusions dans les silos, les échelles à crinoline ne descendent pas jusqu'au sol. « Il s'agit d'une situation observée sur l'ensemble du territoire. Par conséquent, des dispositifs d'accès non adaptés, avec des échelles mobiles sont ajoutés, explique Antoine de Lipowski. Des accidents mortels sont survenus lors de livraisons. » Une action de prévention coordonnée avec la Dreets et la MSA est en cours. Un exemple parmi d’autres, qui témoigne aussi de la complexité du réel. Et de la nécessité, avec les acteurs de chaque filière, d’œuvrer de concert pour réduire les situations à risque.
QUESTIONS FRÉQUENTES SUR LA PRÉVENTION DES CHUTES AU TRAVAIL
- Comment prévenir les chutes de hauteur au travail ?
La prévention commence par l’évaluation des risques. Il faut d’abord chercher à supprimer le travail en hauteur, par exemple en réalisant certaines opérations depuis le sol. Lorsque ce n’est pas possible, des protections collectives adaptées doivent être privilégiées.
- Comment éviter les chutes de plain-pied ?
La prévention passe par l’aménagement de l’environnement de travail : sols adaptés, allées de circulation dégagées, éclairage suffisant, rangement, anticipation des situations d’urgence et information des salariés.
- Quels secteurs sont concernés par les risques de chute ?
Les chutes concernent de nombreux secteurs : BTP, industrie, logistique, transport, commerce, hôtellerie-restauration, activités tertiaires ou encore secteur sanitaire et médico-social.
- Quels équipements utiliser contre les chutes de hauteur ?
Les protections collectives sont à privilégier : plates-formes d’accès, garde-corps, installations permanentes ou dispositifs de travail en hauteur adaptés. Les équipements de protection individuelle, comme le harnais, interviennent en dernier recours.