ACTUALITÉS

Au printemps 2020, lors du premier confinement, la rédaction de Travail & Sécurité avait interrogé des entreprises sur la façon dont elles s’organisaient face aux restrictions sanitaires et aux risques de contamination de leur personnel. Un an après, Travail & Sécurité a de nouveau questionné trois entreprises sollicitées précédemment pour savoir où elles en étaient.

►TRANSPORT
Didier Rousseaux, directeur du site de Pontarlier des transports Jeantet.
« Depuis notre entretien, notre activité est quasiment revenue à la normale. Après un recours au chômage partiel lors du premier confinement, nous avons la chance de travailler avec des entreprises dans l’agro­alimentaire et le BTP, des secteurs qui s’en sortent plutôt bien. Ces partenaires, nous les connaissons depuis longtemps : cela facilite le dialogue. Les conducteurs ont désormais tout ce qu’il faut en matière de masques ou de gel hydroalcoolique. En revanche, les restaurants étant fermés, ils doivent s’adapter : ils ont désormais tous une cabine équipée d’un frigo, d’un espace suffisant et d’une climatisation permanente. Tous ces équipements sont intégrés dans notre cahier des charges lors d’achat de véhicules neufs.

Lorsqu’ils se déplacent sur plusieurs jours (cela représente environ 60 % d’entre eux), nos conducteurs s’organisent et font le plein de nourriture. Côté hygiène, nous comptons sur d’autres sites où ils peuvent se rendre ou bien nous nous arrangeons avec des partenaires pour qu’ils puissent avoir accès aux douches. Les conducteurs peuvent aussi compter sur l’accompagnement de notre formateur qui centralise les informations pratiques pour qu’ils puissent en bénéficier.

Concernant le personnel sédentaire, notre organisation interne s’est vue modifiée avec la mise en place de règles scrupuleuses d’hygiène qui garantissent à tous la prise d’un repas en sécurité. Je dois dire qu’au début, j’ai un peu fait la police pour les faire respecter. Nous avons mis à disposition une seconde salle de réfectoire, équipée d’un réfrigérateur et d’un micro-ondes. Un planning répartit le passage dans ces deux salles de restauration à raison de 30 min par personne. Ce planning tient également compte de certains de nos conducteurs régionaux qui avaient pour habitude de déjeuner au restaurant et qui se trouvent intégrés aux effectifs sédentaires le midi. Les salles sont aérées après chaque passage.

En revanche, il nous est compliqué de mettre en place du télétravail, et ce pour plusieurs raisons. La première est technique : seules 4 des 12 personnes qui travaillent sur écran sont équipées d’ordinateur portable. C’est un investissement non négligeable qui ne peut être fait qu’au fur et à mesure. La deuxième raison est technologique : certains de nos essais n’ont pas été concluants en raison de difficultés d’accès à un réseau mobile et internet depuis le domicile des salariés. La mauvaise couverture de nos villages de montagne est très limitante... Enfin, la dernière raison la plus importante est organisationnelle : nos exploitants ont besoin de travailler ensemble, d’être réactifs et en contact permanent. Il s’avère que la distance nous fait perdre une efficacité précieuse pour notre bon fonctionnement. Au final, nous avons eu très peu de cas de Covid au sein de l’entreprise. Sur 48 salariés, il n’y a eu que 2 cas avérés.

Dernier point : nous travaillons au quotidien avec la Suisse. Les règles fluctuent et ne sont pas les mêmes qu’en France. Elles sont également différentes d’un canton à l’autre. Il est par conséquent impératif de se tenir informé des règles en vigueur en permanence.

Pour ma part, je suis plutôt optimiste. Les nouvelles annonces (NDLR : l’entretien a eu lieu le 1er avril) étaient nécessaires. J’espère qu’à partir de la mi- ou fin mai, la vie reprendra un cours normal… et l’économie devrait suivre. Certes, nous sommes très loin de vivre une époque fabuleuse, mais nous pouvons tous croire en des jours meilleurs. » 

48 salariés à Pontarlier(Doubs).


► LOGISTIQUE
Audrey Thum, responsable des systèmes de management chez DHL Supply Chain France 
Un an après, notre cellule de crise est toujours en place. Nous avons conservé jusqu’à l’été le rythme de trois rendez-vous quotidiens. Comme la pandémie dure, la fréquence des rendez-vous a été adaptée. Désormais, la gestion de crise se décline en trois temps : l’envoi d’un flash info le mardi ; une réunion téléphonique les jeudis avec chacune des cinq régions pour faire un point sur l’activité, l’absentéisme… ; enfin, une réunion hebdomadaire du comité de direction, plus axée sur les évolutions réglementaires et les mesures à mettre en œuvre. 

En matière de Covid-19, nous avons été plutôt épargnés. Les cas recensés provenaient majoritairement de la sphère privée, et il n’y a pas eu de chaîne de contamination sur site. Notre protocole s’est révélé très efficace. Dans notre enquête de satisfaction annuelle, réalisée en septembre, les collaborateurs ont dit qu’ils ne sont jamais venus au travail avec la peur d’être contaminés. Elle a également mis en avant leur engagement, leur esprit de solidarité, le sentiment d’être investis d’une mission. On applaudissait le soir le personnel soignant, mais la logistique a fait partie des métiers qui ont maintenu la vie du pays. Ils en étaient fiers. La solidarité qui s’est exprimée en interne entre les équipes, les services, est notre grande fierté. Au moment de Noël, l’activité “jouets” a été un vrai défi, le e-commerce s’est développé, et tous avaient à cœur de maintenir l’acheminement des produits.

En interne, les actions mises en place pour pallier les contraintes de la crise ont été multiples. En premier lieu la communication. Nous avons continué à beaucoup communiquer du fait de la durée de la crise. Les gens expriment des attentes fortes, ils ont besoin de tous types d’informations : DHL TV qui informe par écrans sur les sites ; un livret remis tous les mois sur les aspects touchant de près ou de loin à la crise, au fil des évolutions réglementaires… 

Cette crise entraîne des changements durables dans notre fonctionnement. La pratique intensive du télétravail va rouvrir le débat sur le sujet : les mentalités ont évolué, cela a montré que les gens sont autant, voire plus productifs. Les programmes de formation ont fait aussi l’objet de profonds réaménagements. Toutes les formations avaient été annulées. On a travaillé sur des modules de e-learning et de formations à distance. On s’apprête aujourd’hui à relancer les programmes de formation, en les adaptant… 

Le point positif de cette crise est qu’elle nous a amenés à nous réinventer, à accélérer des changements. On est par exemple passés à une digitalisation intégrale des fiches de paie, le service facturation est aussi passé au zéro papier. Voilà les premiers signes d’une voie à suivre dans les prochains mois. Au-delà des activités opérationnelles, les services support, structurels ont fait preuve de beaucoup de réactivité. On a le plus souvent peur de la résistance au changement, tout cela nous a fait voir le changement autrement. » 

Entreprise de nettoyage intervenant dans le Grand Est (Strasbourg, Nancy, Metz, Épinal, Reims…)


► PROPRETÉ
Julien Gutfreund, directeur d’Allo Nettoyage

« Au début de la crise, on pensait que ça allait être l’occasion de montrer ce que l’on sait faire, qu’être considéré comme essentiel contribuerait à revaloriser le travail et le coût des prestations. Il y avait l’espoir d’un après-Covid plus respectueux. Mais l’inverse est en train de se produire. Le contexte s’est détérioré. Des secteurs d’activité sont à l’arrêt. Le télétravail a freiné les prestations dans le tertiaire. Des clients veulent faire des économies. En face, les entreprises de propreté se livrent une guerre terrible pour se maintenir à flot, sans toujours respecter les règles... J’ai vu, sur un marché que nous avons perdu, le nouveau prestataire refuser de reprendre le personnel dans les mêmes conditions, comme le prévoit l’article 7 de notre convention, laissant des personnes en souffrance. Autre cas récent, nous étions 19 à répondre à un appel d’offre public, deux fois plus qu’en temps normal. Alors que les salaires, le coût du matériel et des produits ont augmenté, les prix sont tirés vers le bas, avec une marge nette qui, à l’origine, oscille entre 1 et 4 %. 

Nous allons au-devant d’un gros problème social, d’autant que les clients ne reviendront pas facilement en arrière. Cela va se traduire par une réduction des temps de travail pour les mêmes prestations. J’ai peur que les conditions de travail en sortent très dégradées. Comment fait-on si l’on ne peut plus amortir certains équipements ? Faudra-t-il abandonner l’autolaveuse, avec des conséquences en termes de fatigue, de troubles musculosquelettiques ? Certains de nos clients étant fermés, nous avons recours au chômage partiel et des CDD n’ont pas pu être renouvelés. Les secteurs qui ont maintenu l’activité ont souhaité mettre en place des prestations complémentaires, par exemple la désinfection de points de contact. Nous nous sommes formés à des interventions spécifiques liées à la Covid-19. L’entreprise s’en sort, le moral des équipes tient. Mais ce que j’observe lors du renouvellement des marchés n’est pas encourageant. Il faut malgré tout rester optimiste. Avec la région et la Fédération des entreprises de propreté, nous continuons à mettre en avant nos métiers dans des vidéos. Je vais à la rencontre de nos collaborateurs, particulièrement motivé pour défendre la profession. » 

 

EXERGUE

Sur 48 salaries, il n’y a eu que 2 cas de Covid avérés. 

REPÈRES

LES ENTREPRISES interrogées ici avaient témoigné en avril 2020 des conditions dans lesquelles elles poursuivaient leur activité dans le contexte de pandémie et de confinement de l’époque. Ces témoignages sont à retrouver dans le numéro de Travail & Sécurité n° 816, daté de mai 2020, et sur le site www.travail-et-sécurité.fr.

Delphine Vaudoux

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