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Nouvelles technologies et maintenance

Bien accompagner des métiers en mutation

Entre enthousiasme et réflexion, les équipes de maintenance chez Michelin voient leurs outils de travail se renouveler très rapidement. Leur déploiement doit faire l'objet d'analyses préalables rigoureuses afin d'identifier les besoins des salariés, envisager l'appropriation de tels outils et leur place dans l'organisation… Rien n'est laissé au hasard.

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Céline Ravallec - 06/01/2026
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Vue d'une presse hydraulique.

Extrudeuses de caoutchouc, machines d’assemblages, presse de cuisson… Dans ses process, Michelin comptabilise plus de 2 000 types de machines différentes dans ses usines à travers le monde. Des équipements dont il faut garantir en permanence le bon état de fonctionnement pour assurer la fiabilité et la continuité de la production. Leur maintenance est donc essentielle à la bonne marche de l’activité. Dans ce domaine, de multiples outils se développent : monitoring vibratoire, caméras infrarouges, ultrasons, robots et cobots, drones, etc. « En l’espace de trois ans, c’est impressionnant le nombre d’outils qui sont apparus sur le marché, constate Josué Dubesset, ingénieur méthodes et data analyste, basé à l’usine des Gravanches de Michelin, tout va très vite. »

L’essor rapide des technologies de maintenance industrielle

Des outils qui demandent tests et formations. Un tel mouvement de fond, qui transforme les métiers et les missions, ne risque-t-il pas de générer un sentiment de dépossession des compétences ou une peur de devenir inutile à terme ? « Ce n’est pas un sentiment qui rejaillit, même sur des sujets disruptifs, répond Vincent Faure, responsable maintenance-énergies-eau du groupe Michelin. C’est sûr que l’on est face à des mutations dans nos métiers, mais cela apporte du travail tout en le transformant. Les équipes de maintenance sont au cœur de l’usine, elles ne peuvent pas en disparaître. »

« Sur le terrain, il y aura toujours besoin de l’humain derrière ces outils, confirme Josué Dubesset. C’est un changement de mode de pensée. L’analyse et la mise à disposition des données collectées que l’on réalise sur les machines ne peuvent se faire correctement qu’en connaissant bien les besoins des équipes. Sans le terrain, on ne peut rien faire à notre niveau, et réciproquement. Au contraire, la technologie est belle, les gens y voient tout de suite les avantages. Il y a une appétence naturelle pour ces sujets. » Avec des mises en garde néanmoins : « Certaines nouvelles technologies font envie, mais il faut rester prudent, poursuit-il : en les introduisant, le risque est de dérégler tout un système établi. Il faut au préalable bien identifier les cas d’usage, être vigilant sur les questions de confidentialité qui se posent, par exemple sur la protection de nos secrets industriels ».

La maintenance, un métier qui se transforme sans perdre l’humain

Le déploiement de tels outils ne s’improvise pas. Leur appropriation doit débuter par des phases exploratoires : l’outil présente-t-il un intérêt par rapport aux besoins des équipes ? Quels sont les cas d’usage concrets ? Trouveront-ils leur place dans l’activité et dans l’organisation ? « Nous effectuons beaucoup de benchmark au sein de Michelin mais aussi avec d’autres groupes, plus matures sur certains sujets, pour voir les bonnes pratiques et s’assurer, avant tout test ou déploiement, qu’il s’agit de solutions robustes ». La formation est en parallèle incontournable pour réussir l’intégration de tels outils dans les processus des métiers, à travers des montées en compétences. « Il faut embarquer tout le monde sur ces sujets, même si le plus souvent chacun perçoit à son niveau l’intérêt des nouveaux outils, qui peuvent vite améliorer le quotidien, poursuit Josué Dubesset. C’est la force du collectif qui fait avancer ensemble sur ces sujets. »

LE TÉMOIGNAGE DE...

Vincent Faure, responsable maintenance-énergies-eau du groupe Michelin

« Les nouvelles technologies sont au coeur de nos préoccupations et de nos transformations, nous travaillons énormément sur ces sujets. L’idée première est d’aller vers de plus en plus de maintenance préventive et de sortir du mode d’intervention en urgence. Le côté "pompier" qui vient éteindre l’incendie a encore la vie dure en maintenance, c’est une culture ancrée qu’il faut contribuer à abandonner. Alors que paradoxalement, la survenue d’une panne est le mode le plus stressant, car cela génère une forte charge mentale, beaucoup de pression. Avec ces outils, on cherche à sortir les personnes de ces pressions et de cette culture. En captant le plus tôt possible les dérives possibles des machines, à partir de leurs “constantes vitales” – un peu comme chez les humains – on se donne plus de temps pour intervenir, pour le faire le plus tôt possible, et dans les meilleures conditions possibles. »

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