- « Batterie drone ? » « 66% ».
- « Batterie radio ? » « 100% ».
- « Carte mémoire ? » « OK ».
- « Mode de vol ? » « Normal ».
- « Point de décollage ? » « OK ».
- « Action perte de signal ? »
« Retour au point de départ ».
- « Hauteur maximale ? » « 120 m ».
- « Distance de vol ? » « 200 m ».
- « Feu anticollision ? » « Activé ».
Cette chek-list opérationnelle égrenée entre Tommy Jung, adjoint au responsable, et Stéphane Henry, directeur de la sécurité des pistes sur la station des Orres, dans les Hautes-Alpes, est un incontournable avant toute utilisation d’un drone. Une fois ces vérifications terminées, l’appareil peut décoller.
Tommy Jung, installé au pied d’une remontée mécanique, près de la base de décollage matérialisée par un tapis au sol, pilote le drone à l’aide d’une télécommande. Sur celle-ci, un écran permet de visualiser une multitude d’informations. Les outils embarqués sont d’une précision impressionnante, de l’ordre du centimètre voire du millimètre : ils peuvent voir si un écrou est mal vissé sur les chemins de trains galets des remontées mécaniques à des dizaines de mètres de distance. La caméra infrarouge détectera de la même façon les éventuels échauffements sur les trains de roulement des galets et les bandages, qui peuvent traduire un dysfonctionnement.
Drones et sécurité : un outil clé pour la maintenance et la prévention des risques
Cela fait maintenant près de trois ans que la station des Hautes-Alpes s’est lancée dans l’utilisation de drones pour différents usages, parmi lesquels des interventions de maintenance. « Lorsque l’on a commencé à s’intéresser aux drones, le premier usage envisagé était le déclenchement d’avalanches, dans le cadre d’un Pida (plan d’intervention et déclenchement d’avalanche), recontextualise Stéphane Henry. Il s’agit d’opérations dangereuses, avec l’emploi d’explosifs et l’impossibilité d’anticiper le comportement du manteau neigeux, qui exposent en permanence les pisteurs à des risques. Et à partir du moment où on s’y est intéressé, on a vu toutes les utilisations possibles sur les installations du domaine. » Sécurisation des pistes et recherche de disparus, entretien et préparation des pistes par des relevés topographiques, inspection des ouvrages et photogrammétries – qu’il s’agisse d’installations ou de bâtiments –, contrôle des 300 enneigeurs qui produisent la neige de culture… Un immense champ des possibles, qui ne cesse de s’élargir, s’est alors ouvert aux équipes.
Concernant les activités de maintenance, aux dires de tous, les drones apportent une réelle plus-value. « De par la nature des terrains, sinueux et accidentés, les chutes de plain-pied et à ski représentent plus de la moitié des accidents du travail dans l’entreprise, souligne Jade Fourment, QSE et coordinatrice projets à la Semlore. Le drone a donc toute sa valeur ajoutée vis-à-vis de ces risques. » Cet équipement s’est vite avéré très utile pour trois usages : les prévisites, les levées de doute (sur la possible chute d’un arbre sur une remontée par ex.), les identifications préalables à une intervention.
Cibler les besoins et ajuster les interventions
« Le vrai atout du drone est qu’il apporte un premier coup d’œil rapide, sans avoir besoin de se déplacer physiquement », commente Yves Verchère, chef d’exploitation et directeur des remontées mécaniques et de la maintenance. Par exemple pour contrôler la présence de givre sur les câbles, il est possible avec le drone de faire en quinze minutes un aller-retour qui prendrait beaucoup plus de temps avec un engin de damage, une motoneige ou à pied. » L’engin optimise aussi les repérages et aide à préparer les plans de charge des équipes.
« Ça aide à bien cibler les besoins en matière de maintenance, donc à réduire un certain nombre de risques, confirme Céline Folcher-Herteleer, contrôleuse de sécurité à la Carsat Sud-Est. De cette façon, les équipes peuvent ajuster le matériel à transporter – comme emporter le nombre précis de galets pour remplacer uniquement ceux qui ont été identifiés comme défaillants, réduire les décâblages excessifs lors de recherche d’anomalies. Cela évite une exposition inutile du personnel. »
DES USAGES MULTIPLES, AU-DELÀ DE LA MAINTENANCE
Si l’aide à la maintenance est une des utilités des drones, beaucoup d’autres applications sont déclinées par les salariés de la station des Orres : repérage de déperdition de chaleur des bâtiments ; recherche de personnes disparues et aide aux personnes en attente d’assistance ou de secours (on peut, via le haut-parleur du drone, parler à des personnes en attente de secours pour les rassurer) ; outil de gestion de piste (analyse de l’épaisseur de neige en temps réel l’hiver et identification d’un possible risque d’avalanche). À l’avenir, ces outils serviront-ils au déclenchement d’avalanche ? Ce n’est pas encore d’actualité, le transport d’explosifs complexifiant la donne. « Beaucoup de stations s’équipent et forment leur personnel à l’utilisation de drones, observe Benjamin Renault. On constate une montée en cadence progressive de tout le monde. Néanmoins, nous sommes dans une phase encore exploratoire, pour définir le périmètre d’utilisation des drones. »
Actuellement cinq personnes ont été formées en tant que télépilotes. Il est prévu d’étoffer cette équipe afin d’avoir toujours une personne apte au pilotage disponible en cas d’urgence. Les besoins sont en cours de définition. « Il faut néanmoins rester vigilant sur le fait qu’il faut pratiquer suffisamment pour ne pas perdre le savoir-faire avec ce type d’outil, met en garde Céline Folcher-Herteleer. Car ça risque d’avoir un contre-effet si on ne s’en sert pas assez. » Sur ce point, « il est de la responsabilité des dirigeants de l’unité drone de s’assurer que les télépilotes sont suffisamment entraînés et possèdent les savoirs nécessaires, et qu’ils volent suffisamment », complète Benjamin Renault, formateur et gérant du centre de formation Droneboost, qui a accompagné l’équipe et formé les premiers télépilotes de la station.
Des usages multiples, encadrés par la réglementation et la formation
Et malgré une apparence assez ludique, il ne s’agit pas d’un jouet : une réglementation très stricte encadre l’utilisation en extérieur et une analyse des risques doit être réalisée avant toute utilisation. « Il faut avoir en tête que toutes les missions planifiables doivent être préparées, et anticiper celles qui ne peuvent être planifiées, poursuit Benjamin Renault. Piloter un drone nécessite d’être capable de gérer de nombreux paramètres, et entraîne une complexité cognitive due au fait qu’il y a deux environnements : l’environnement physique propre et l’environnement en 3D du drone. »
Et la collecte des données n’est pas une fin en soi, il faut ensuite savoir les interpréter. C’est pourquoi même avec ces nouveaux outils, « l’œil des pisteurs et des personnels techniques reste très important pour analyser les situations, identifier de potentiels problèmes et prendre les décisions adaptées », conclut Stéphane Henry.
EN CHIFFRES
3 drones. C'est le nombre d'appareils dont est équipée actuellement la station des Orres : deux pour des usages techniques, un pour la communication de l'office du tourisme. Un drone est toujours piloté en binome : un pilote et un observateur au sol.
0,05°c correspond à la précision de la caméra thermique, qui permet de détecter des échauffements sur des installations ou la présence de personnes lors de recherche de disparus.
60km/h est la vitesse moyenne de déplacement d'un drone. Un plan de vol est toujours défini au préalable, limitant la zone - horizontale et verticale - de vol de l'engin.