Travail & Sécurité. Comment avez-vous été amené à vous pencher sur les risques professionnels liés au lissage brésilien ?
Bruno Mennecier. Ce travail est parti d’une alerte du médecin du travail concernant une salariée d’un salon de coiffure souffrant de crises d’asthme. Après étude approfondie, il a été montré que la pathologie était liée à une exposition professionnelle antérieure et notamment à un produit destiné au lissage brésilien. Ce produit contenait des concentrations en formaldéhyde supérieures à la limite réglementaire et faisait l’objet, en France, d’une mesure de retrait du marché. À la demande du médecin, pour mieux comprendre l’activité et identifier d’éventuelles expositions à des agents chimiques dangereux susceptibles de provoquer des effets cliniques au niveau des voies respiratoires et de la peau, j’ai mené une étude de poste dans le salon, en compagnie de l’employeur et de la salariée. Parmi les produits cosmétiques recensés, deux en particulier ont retenu mon attention pour une analyse approfondie : les produits de lissage brésilien à base de kératine et les produits de permanente contenant notamment de l’ammoniaque et du peroxyde d’hydrogène.
Qu’est-il ressorti de cette investigation ?
B. M. L’étude a mis en évidence des pratiques à risques : protection collective inexistante ; règles d’hygiène insuffisamment appliquées ; réutilisation de gants à usage unique… Elle reste très actuelle. Dans les TPE notamment, nous constatons toujours une certaine méconnaissance des risques chimiques liés à l’utilisation des produits capillaires. Beaucoup de salons s’interrogent sur les évolutions réglementaires et engagent des réflexions sur la substitution avec les fabricants. Néanmoins, de nombreuses commandes sont passées sur internet et les expositions non conscientes à des substances CMR, irritantes, allergisantes, etc. sont très fréquentes. La hiérarchie des mesures de prévention, après la substitution des produits les plus dangereux, doit donner la priorité à la protection collective : captage à la source et aspiration des polluants dans les zones techniques de préparation et d’application, ventilation générale efficace ou aération adaptée pour limiter l’inhalation de vapeurs. C’est rarement mis en œuvre, alors que des solutions techniques existent. Dans le cas du lissage brésilien, l’utilisation des produits à haute température génère des fumées pour lesquelles on dispose de peu de données toxicologiques. La composition des produits pour les permanentes expose également les professionnels à des substances chimiques pouvant provoquer des pathologies cutanées ou respiratoires. Autre constat : l’utilisation des équipements de protection individuelle (EPI), notamment les gants, est à revoir. Chez ce coiffeur, nous avons préconisé l’utilisation de gants jetables en nitrile qui offraient le meilleur compromis entre sécurité et dextérité. Sur la question des EPI, nous avons été entendus. Enfin, nous avons rappelé des éléments liés à l’organisation du travail, l’hygiène (en particulier l’hygiène des mains), la formation et l’information des salariés. Il y a donc encore beaucoup à faire, face à des risques chimiques souvent banalisés parce qu’ils font partie du quotidien. L’accompagnement par des préventeurs, et notamment par le service de santé au travail, peut permettre de prendre du recul, d’objectiver les expositions pour construire des actions de prévention concrètes.
DANS L’ACTU
Après une première alerte lancée en 2024, l’Anses confirme que l’acide glyoxylique, présent notamment dans les produits utilisés pour le lissage brésilien, peut provoquer des insuffisances rénales aiguës. Plusieurs cas d’insuffisance rénale aiguë en lien avec l’utilisation d’un produit lissant ont déjà été déclarés au dispositif national de cosmétovigilance. Pour l’Anses, il est nécessaire de statuer sur une restriction, voire une interdiction de l’utilisation de cette substance dans les produits de soins capillaires. Elle recommande d’éviter l’utilisation de produits lissants capillaires contenant de l’acide glyoxylique et enjoint les distributeurs à réexaminer la sécurité des produits de soins capillaires contenant cette substance.