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Les métiers de la beauté

Durer, c’est d’abord prendre soin du travail

Bacs à shampoing et table de soins ergonomiques, hotte aspirante pour la préparation des teintures… Pour l’Espace Corinne Raimbault coiffure-esthétique-visagiste, prendre soin des collaborateurs passe par des choix concrets. Dans ce salon versaillais, les innovations, testées et validées par l’équipe, transforment le quotidien des professionnels.

5 minutes de lecture
Grégory Brasseur - 05/03/2026
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Vue d'une situation de travail dans le secteur de la beauté.

« Corinne, Espace Corinne Raimbault, bonjour… Vendredi, 15 heures ? C’est noté, à vendredi. » À 9 heures, alors que les portes du salon sont tout juste ouvertes, les premiers appels résonnent. Il ne faudra pas très longtemps pour que l’endroit s’anime, les voix se croisent, les sèche-cheveux se mettent en action. À Versailles, dans les Yvelines, l’Espace Corinne Raimbault coiffure-esthétique-visagiste est une petite institution installée depuis 37 ans au cœur de la ville. Depuis près de deux ans, Claire Subreville et Alexandra Gravano, deux figures incontournables du salon, en assurent la cogestion.

À la tête d’une équipe de neuf salariées, elles font vivre au quotidien ce lieu qui a conservé le nom de sa fondatrice. Corinne Raimbault, quant à elle, continue de choyer quelques clientes fidèles et d'accompagner le développement de l’entreprise. Car du changement, il y en a eu. Beaucoup. Un moment, en particulier, l’a profondément marquée : « Je revois le jour où nous avons installé les bacs à shampoing ergonomiques à réglage électrique. Dans ce métier, on ne se plaint jamais vraiment. Mais ce jour-là, toute l’équipe est venue pour dire merci, merci, encore merci… » Son émotion est palpable.

« Le dispositif est réglable en hauteur. C’est pratique car parmi les coiffeuses, il y a des grandes… et des petites, comme moi ! », sourit Morine Grespinet. Elle montre l’arrière du bac à shampoing, pensé pour dégager l’espace : « Il est creux, ce qui me permet d’être alignée pour faire le shampoing. Au sol, on a l’espace nécessaire pour les pieds », précise la coiffeuse. Un peu plus tard, elle prépare une couleur dans une petite pièce désormais dédiée. C’est en 2020, en pleine crise sanitaire, que la transformation des lieux a été menée.

« Avant, ça se faisait dans un coin du salon. Aujourd’hui, nous disposons d’un laboratoire et le travail se fait sous hotte », explique Claire Subreville. Les gestes sont précis. Pour la préparation comme pour l’application des produits, les coiffeuses enfilent systématiquement des gants professionnels épais et résistants, renouvelés chaque mois. « Les clientes y sont sensibles. Elles voient qu’on travaille en sécurité, pour elles comme pour nous », poursuit la cogérante.

Salon de coiffure : moderniser les équipements pour améliorer les conditions de travail

« Corinne Raimbault m’avait contactée en 2019 pour un financement concernant une hotte aspirante et une table à hauteur variable pour les massages, le salon étant doté d’un espace esthétique à l’étage », se souvient Agnès Le Roy-Galland, contrôleuse de sécurité à la Cramif. À l’époque, l’entreprise peut bénéficier d’un contrat TPE. Il lui permet d’investir dans des équipements destinés à réduire les nuisances liées aux poussières et aux aérosols générés lors de la préparation des teintures et autres produits de coiffure, mais aussi dans les bacs à shampoing et la nouvelle table de massage, afin de limiter les contraintes posturales auxquelles peuvent être exposées les salariées. Pour le laboratoire, la contrôleuse insiste sur un point essentiel : l’extraction d’air doit s’effectuer vers l’extérieur, ce que les locaux permettent.

Vue d'une situation de travail dans le secteur de la beauté.

La réorganisation a aussi un objectif clair : proposer un espace de bien-être, pour les clients comme pour les professionnelles. Au rez-de-chaussée, on remarque les fauteuils tous réglables en hauteur, des postes de travail clairement définis, l’éclairage led qui crée une atmosphère harmonieuse et fonctionnelle. À l’étage, les changements sont aussi significatifs : « Au moment de la crise sanitaire, nous avons déplacé la salle de soins, qui n’avait pas de fenêtre. À la place, nous avons créé une cabine privée. C’est un espace de confidentialité pour les clientes qui souhaitent un rendez-vous pour une étude visagiste ou des soins capillaires », explique Corinne Raimbault. La nouvelle salle de soins a été réinstallée près de deux fenêtres. Pour les soins du visage ou les modelages, l’ambiance peut être modulée à volonté : on tire les rideaux, on allume quelques bougies… L’atmosphère change instantanément.

EFFICACITÉ DES INSTALLATIONS

Après la création du laboratoire, où est stockée une partie des produits et qui sert à la préparation des teintures, le Centre de mesures physiques de la Cramif est venu vérifier l'efficacité la hotte aspirante avec rejet vers l’extérieur. La moyenne des mesures d’air au niveau de la zone de préparation des produits de coloration était supérieure ou égale à 0,5 m/s, sans aucune mesure inférieure à 0,4 m/s dans le plan d’ouverture. Des résultats totalement conformes aux attentes.

« La table de massage à hauteur variable et réglage électrique permet de travailler sans se faire mal, souligne Olga Bay, l’esthéticienne. On ne voit malheureusement pas ça partout. Pour moi, c’est devenu un critère pour accepter un poste. » Parfois, des ajustements sont utiles. Récemment, le bac utilisé pour les soins des pieds a été remplacé pour améliorer le confort des clientes. L’établissement en a profité pour opter pour un modèle plus facile à nettoyer. Même logique du côté des produits. « De plus en plus de clientes veulent savoir ce que l’on applique sur leur peau, et c’est normal », poursuit l’esthéticienne.

Tester le matériel avant d’investir : une stratégie gagnante pour la santé au travail

Toujours en quête d’améliorations, le salon sollicite ses fournisseurs. Il travaille avec la Biosthétique Paris, une maison de cosmétiques haut de gamme engagée en faveur de l’environnement et de la préservation de la nature. « Des valeurs que nous partageons. Nous privilégions les produits naturels, peu volatils et échangeons très régulièrement sur les évolutions de la réglementation. Nous sommes également partenaires de Capillum, une communauté de coiffeurs engagés dans la récupération et le recyclage des cheveux », souligne Corinne Raimbault.

Chaque année, les cogérantes se rendent au Mondial de la coiffure pour repérer des innovations. « C’est un moment important pour se donner des idées, que ce soit pour un simple peigne, un sèche-cheveux, un fauteuil », explique Alexandra Gravano. Depuis un an, des sèche-cheveux toujours plus légers, maniables et modulables ont investi le salon. Pour autant, la cogérante a déjà eu vent d’une nouvelle génération de produits et envisage de les faire tester à l’équipe. Même chose pour les ciseaux. Aujourd’hui, une paire peut coûter jusqu’à 500 euros. « C’est un investissement, mais il est essentiel pour éviter les tendinites, l’usure », poursuit-elle. Sophie Marion, assistante manager, renchérit : « Le choix du matériel est crucial, car nous le vivons au quotidien. Quand nous testons de nouveaux outils, nous discutons ensemble pour décider de ce qui convient le mieux, tant pour la qualité du travail que pour le confort d’usage. » Et la plupart du temps, l’équipe s’accorde.

VEILLE RÉGLEMENTAIRE

Depuis le 1er septembre 2025, l’oxyde de diphényl triméthylbenzoyl phosphine (TPO), utilisé en onglerie, est interdit dans les produits cosmétiques, en raison de son classement comme substance CMR de catégorie 1B (toxique pour la reproduction). Le retrait immédiat des stocks a été obligatoire. Pour veiller au respect de la nouvelle réglementation, le salon s’est rapproché de son fournisseur, qui travaille sur l’évolution des produits dès que des alertes sont émises sur les effets nocifs d’ingrédients.

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