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Les métiers de la beauté

La fiche d’entreprise, levier d’amélioration des conditions de travail

À Cherbourg, la nouvelle propriétaire de la boutique de la franchise L’Onglerie, concernée par les conditions de travail de ses salariés, se lance dans une démarche de prévention avec l’appui du Service interprofessionnel de santé au travail Ouest Normandie. En réalisant la fiche d’entreprise, il a recensé les bonnes pratiques en place et ouvert la voie à des améliorations futures, notamment en matière de prévention des risques chimiques.

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Damien Larroque - 05/03/2026
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Vue d'une situation de travail en onglerie.

En octobre 2024, Morinne Leterrier rachète dans le centre de Cherbourg une boutique de la franchise L’Onglerie, dédiée comme son nom l’indique à l’esthétique ongulaire. Depuis, accompagnée de ses deux salariées, elle prodigue à sa clientèle des soins personnalisés. Manucures, pédicures, poses de vernis semi-permanents et d’extensions d’ongles ou encore réalisation de nail art sont au menu. « Dans ma précédente vie professionnelle, j’étais auxiliaire de vie à domicile. À la suite d’un accident du travail m’ayant abîmé le poignet, je cherchais à me reconvertir lorsque j’ai eu vent de la mise en vente de ce magasin, raconte la dirigeante. Comme je me faisais les ongles chez moi et que j’appréciais cela, je me suis formée et j’ai sauté sur l’occasion. »

La loi prescrivant à toute entreprise d’au moins un salarié l’adhésion à un service de prévention et de santé au travail (SPST), Morinne Leterrier se rapproche du Service interprofessionnel de santé au travail (Sist) Ouest Normandie. Quelques mois plus tard, en juillet 2025, elle reçoit la visite de Céline Mélé, assistante santé travail au sein du Sist. « Cette première rencontre avait pour objectif d’établir la fiche d’entreprise, document qui recense les risques professionnels et les moyens de prévention mis en œuvre ou préconisés, relate l’intéressée. Dans ce secteur d’activité, l’accent est mis notamment sur les risques chimiques. Pour les évaluer, nous nous servons, quand elles existent, des fiches de données de sécurité (FDS) des produits utilisés. »

Risques chimiques et ergonomiques dans les métiers de l’onglerie : quelles mesures de prévention ?

« L’analyse de ces documents a mis en évidence la présence de substances classées cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR) dans certains des mélanges utilisés pour habiller les ongles, indique Mili Leprunier, conseillère en prévention, spécialisée en risques chimiques. Un point positif résidait dans l’absence d’oxyde de diphényl triméthylbenzoyl phosphine (TPO), un CMR interdit depuis le 1er septembre 2025 dans les cosmétiques. » En effet, la maison-mère de L’Onglerie avait anticipé cette échéance en substituant les références contenant du TPO. « Nous avons dû ajuster nos pratiques, comme allonger le temps de catalyse, étape de solidification des gels et vernis, pour obtenir la même qualité qu’avec les anciens produits, explique Sarah Bissière, prothésiste ongulaire. Mais cela en vaut la peine si nous sommes moins exposées. »

Vue d'une situation de travail en onglerie.

« Je n’ai jamais utilisé de résines, qui sont déconseillées, puisqu’il existe des solutions équivalentes et plus sûres, affirme Morinne Leterrier. Et si l’on me dit demain “Voici des produits tout aussi efficaces sans CMR”, je signe tout de suite ! » La sensibilité de la gérante aux questions de sécurité au travail est non seulement due à son expérience professionnelle passée, mais aussi, selon ses dires, à la frayeur qu’elle a ressentie lorsque son mari couvreur est passé à deux doigts d’une chute potentiellement mortelle. Elle a donc été rassurée, au moment du rachat de la boutique, par la présence de tables de travail équipées de dispositifs d’aspiration qui captent les poussières générées lors des opérations de ponçage des ongles. « Les particules sont récupérées dans un sac que l’on vide en fin de journée. Quant aux filtres, nous les passons quotidiennement à l’aspirateur pour qu’ils ne s’encrassent pas et nous les changeons régulièrement », explique Morinne Leterrier.

LA PÉDICURE, CE N’EST PAS UNE SINÉCURE

Dans le petit espace dédié aux soins pour les pieds de L’Onglerie de Cherbourg, le fauteuil sur lequel s’installent les clientes - le salon étant fréquenté pratiquement exclusivement par des femmes - est très apprécié pour son confort et sa fonction massage. En revanche, pour les équipes, il présente un défaut. Trop bas, il oblige les salariées à adopter et à maintenir l’inconfortable position du dos rond pour mener à bien leurs tâches. « Impossible de surélever ce matériel sans des travaux conséquents car il est pourvu d’un petit pédiluve et est donc relié aux canalisations d’apport et d’évacuation d’eau, déplore Morinne Leterrier, à la tête de l’établissement. Notre maison-mère, à laquelle je suis liée par un contrat de franchisé qui m’impose de me fournir dans son catalogue, propose depuis peu un autre modèle. Mais il n’est pas vraiment plus haut et est dépourvu de la fonction spa… Je reste en veille d’une solution pour améliorer les choses à ce poste qui représente un point noir dans nos conditions de travail. »

Au-delà des risques chimiques, ceux engendrés par les postures contraignantes sont aussi pris en compte dans l’organisation de l’entreprise. Ainsi, des chaises réglables en hauteur associées à des supports pour surélever les mains des clients permettent à toutes les morphologies d’œuvrer sans courber le dos. « Comme je suis petite, je n’ai pas besoin du réhausse-mains, témoigne Éloïse Simon, prothésiste ongulaire. Il me suffit de bien régler mon fauteuil et je travaille à la bonne hauteur, ni pliée en deux, ni les bras trop hauts. » « Moi, c’est l’inverse. Je suis plus grande et si je baisse ma chaise, je ne peux pas bien positionner mes jambes et j’ai du mal à actionner la pédale de la fraiseuse…, renchérit Sarah Bissière. Pouvoir remonter les mains des clients me permet d’adopter une posture confortable. »

Éclairage, outils et organisation : des améliorations concrètes pour la santé au travail

L’écoute des salariés est importante. Éloïse Simon a signalé à sa patronne l’existence d’une lampe en forme d’arche qu’elle a découverte lors de sa formation. « Notre travail est très minutieux, notamment lorsqu’il s’agit de tracer les designs tout en finesse de nos propositions de nail art, confie la jeune femme. Contrairement aux spots orientables que nous utilisions auparavant, les nouvelles lampes, arrivées il y a deux mois, éclairent uniformément. Finies les ombres qui obligeaient à se tordre le cou ! » Autre piste d’amélioration, l’acquisition de fraiseuses légères qui remplaceraient avantageusement le modèle actuel.

« J’attends d’avoir les fonds », temporise la dirigeante. « Vous pourriez vous rapprocher de la Carsat pour étudier avec elle votre éligibilité aux aides financières liées à cet aménagement, intervient Céline Mélé. Mais avant cela, il faut que vous formalisiez votre document unique comme nous en avons parlé. » « Pour ce faire, vous pouvez utiliser l’outil en ligne Oira “Soin et prothésie ongulaire”. Cela vous prendra d’autant moins de temps que la fiche d’entreprise que nous avons réalisée regroupe les informations sur les risques présents dans votre activité », complète Mili Leprunier. « Je n’étais pas au courant de ces subventions. Cela montre combien il est précieux d’être accompagnée en prévention », considère Morrine Leterrier.

LA FICHE D'ENTREPRISE

Établie par le médecin du travail ou, par délégation, par un intervenant en prévention des risques professionnels, la fiche d’entreprise répertorie des renseignements d’ordre général sur l’entreprise, les facteurs de risques professionnels ainsi que le nombre de salariés qui y sont exposés. Elle consigne des informations sur les éventuels accidents du travail et maladies professionnelles survenus dans l’établissement, les mesures de prévention collectives et individuelles mises en place, ainsi que des préconisations pour améliorer  les conditions de travail. Ce document permet d’instaurer un dialogue avec entre l'entreprise et le service de santé au travail, d’améliorer le suivi médical, de synthétiser  les risques professionnels et les actions de prévention. Ce dernier point, en préparant l’évaluation des risques professionnels, peut apporter une aide intéressante à l'entreprise ou à l'employeur pour la réalisation du document unique.

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