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Les métiers de la beauté

Des coiffeurs trop peu conscients des risques chimiques

Le risque chimique est bien présent dans de nombreux petits salons de coiffure. Pour le Dr Nana Dotsenko, qui a collaboré à une étude de l’INRS sur l’exposition des coiffeurs au résorcinol et autres perturbateurs endocriniens, la méconnaissance du problème est un véritable souci.

3 minutes de lecture
Grégory Brasseur - 05/03/2026
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Vue d'une situation de travail en salon de coiffure.

Travail & Sécurité. Dans quel cadre avez-vous commencé à vous intéresser à l’exposition professionnelle des coiffeurs au résorcinol ?

Dr Nana Dotsenko. Parmi les 180 000 actifs que compte le secteur de la coiffure, une très large majorité sont des femmes. Les perturbateurs endocriniens – des substances altérant le fonctionnement du système endocrinien –, parmi lesquels le résorcinol, sont présents dans de nombreux produits de coloration. Depuis 2022, l’INRS mène, en lien avec des services de prévention et de santé au travail (SPST), une étude nationale visant à documenter l’exposition à ces substances chez les coiffeuses ainsi qu’à évaluer leurs effets sur la fonction thyroïdienne. J’ai accompagné le recrutement de salons pour la participation à l’étude dans les services de Châlons-en-Champagne en 2024 et Ardennes Santé travail en 2025. Dans le premier cas, nous intervenions par contact direct en nous rendant avec une toxicologue dans le salon. Dans le second, chaque médecin recrutait dans son secteur en passant par la réalisation de fiches d’entreprise, dans lesquelles était présentée l’étude. Les coiffeuses éligibles devaient avoir entre 18 et 45 ans, au moins un an d’ancienneté et aucun critère d’exclusion : grossesse, pathologie thyroïdienne ou autre pathologie importante. Nous avons recruté huit coiffeuses à Châlons-en-Champagne et six dans les Ardennes, ce qui est peu si l’on considère que l’on avait une centaine de professionnelles éligibles.

« Les perturbateurs endocriniens sont présents dans de nombreux produits de coloration. »

Quels freins les professionnelles peuvent-elles avoir à participer à ce type d’étude en santé au travail ?

Dr N. D. Plusieurs facteurs entrent en jeu : la méconnaissance du sujet, un manque d’intérêt qui peut s’expliquer par une insuffisance d’information sur les risques chimiques, les contraintes organisationnelles (manque de temps) et la complexité du protocole, qui impliquait une visite médicale et des prélèvements urinaires et sanguins. Les professionnelles devaient être suivies sur une semaine et l’INRS faisait un inventaire exhaustif des produits chimiques présents. Certains gérants de salon pouvaient craindre que cela effraie les clients et les salariés. À l’inverse, nous avons observé que l’engagement d’un gérant ou de plusieurs coiffeuses d’un même salon pouvait créer une dynamique collective incitant à la participation.

En dépit de ces difficultés de recrutement, vous avez fait des observations préoccupantes…

Dr N. D. Les inventaires ont mis en évidence l’utilisation de très nombreux produits chimiques, en moyenne près de 350 par salon, dont un nombre important de produits CMR - cancérogène, mutagène, toxique pour la reproduction -, de sensibilisants cutanés, de perturbateurs endocriniens tels que le résorcinol, et de substances interdites. Par ailleurs, les conditions de stockage étaient souvent inadaptées, les locaux peu ventilés. Des contenants étaient laissés ouverts après utilisation et les gants à usage unique réutilisés.

Quels messages vous semblent importants d’être portés aux entreprises du secteur ?

Dr N. D. Les SPST ont un rôle à jouer dans l’élaboration d’une démarche de sensibilisation structurée à destination des salons de coiffure. Cela peut se matérialiser par des actions de sensibilisation ciblées (ateliers, formations) ou l’accompagnement sur des bonnes pratiques d’utilisation des produits chimiques. Des messages qui peuvent paraître très simples nécessitent d’être rappelés : veiller à refermer systématiquement les contenants, jeter les produits périmés, ne pas conserver de produits chimiques là où l’on mange, remplacer régulièrement les gants, ou encore ne pas retourner des gants déjà utilisés. Il y a un grand besoin de renforcer la culture de prévention dans le secteur, en s’appuyant sur le médecin du travail et son équipe.

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