Le Service d’incendie et de secours (SIS) de la Haute-Corse a été sollicité par le CSPS (coordonnateur sécurité et protection de la santé) du chantier de démantèlement de l’usine de Canari, afin d’anticiper d’éventuelles interventions en cas d’accident sur le site. « Les contraintes sont nombreuses, explique Christophe Hébert, médecin-chef de la sous-direction santé du SIS de la Haute-Corse : l’éloignement, la nature des travaux, l’étendue du site et ses pistes d’accès, le relief, et surtout la présence d’amiante. » Des tests ont été réalisés sur place, afin de vérifier que les protocoles étaient en cohérence avec la pratique.
« Au départ, compte tenu de l’éloignement de toute structure médicale, nous avions envisagé une intervention héliportée avec une équipe du Grimp, évoque le médecin. Mais si on pose un hélicoptère, le souffle dissémine tellement de fibres que la machine allait être largement contaminée, ce qui n’était pas possible. » Autre solution envisagée : l’hélitreuillage de la victime, sans poser l’engin. Là aussi, le chef de base s’est dit très réticent à l’idée de faire monter dans l’hélicoptère une victime contaminée. Au final, cette deuxième solution a également été abandonnée.
Anticiper l’intervention terrestre des pompiers sur site amianté
En cas d’intervention terrestre, plusieurs cas de figure ont été envisagés :
- premier cas, le sauveteur secouriste de l’une des entreprises intervenant en zone contaminée peut ramener la victime et la décontaminer. « Ce sera certainement le cas le plus fréquent, remarque le lieutenant Jean-Marc Graziani, conseiller en prévention au service prévention santé sécurité en service du SIS. Et le plus simple car beaucoup de personnes sont SST sur le site et familières des protocoles de décontamination. » Charge ensuite aux pompiers de ramener la victime vers le centre médical le plus proche et dans les plus brefs délais ;
- deuxième situation possible : la victime ne peut être déplacée sans intervention médicale, l’équipe du SIS doit entrer en zone rouge. Pour cela, elle doit être formée et équipée. Un pickup, sur lequel on peut fixer un brancard, est désormais positionné à côté de l’unité de décontamination. Un module est dévolu aux équipements du SIS (combinaison, masque complet…). « Vous devez identifier, en amont, une personne qui, sur place, pourrait guider les secours, par exemple le sasman, et constituer ensuite un binôme avec les secours pour entrer en zone rouge », insiste Bruno Breyton-Perfetti, contrôleur de sécurité à la Carsat Sud-Est. « J’ai fait l’exercice, remarque Jean-Marc Graziani, et on s’est aperçu que le porte-brancard n’était pas très évident à manier… et à décontaminer. » « Nous avons compris qu’il fallait investir dans des appareils de protection respiratoire avec filtre à cartouche P3, adapté au temps d’utilisation pour une extraction de la victime au plus vite », complète Emmanuelle Natali, cheffe du service P3S.
Les différentes procédures ayant été testées, il va falloir désormais être en capacité de les appliquer. « Compte tenu du nombre de chantiers concernés par l’amiante en Corse, nous allons informer notre personnel des dangers de l’amiante et, progressivement, former des personnes amenées à intervenir en présence d’amiante, et notamment au protocole habillage/déshabillage », souligne Emmanuelle Natali. « Il serait intéressant de poursuivre la réflexion avec des experts sur les protocoles, les équipements, la décontamination des matériels et les modalités de décontamination d’une personne allongée… », conclut Christophe Hébert.