Dans le quartier Raisin, en bordure des voies ferrées au nord de la gare Toulouse-Matabiau, un immense portique blanc domine toute l’emprise d’un chantier. Des poids lourds entrent et sortent de la zone à un rythme régulier, témoignant d’une activité soutenue. Le creusement de la future ligne C du métro toulousain bat son plein. Ici, sur le site qui constitue le puits d’accès vers la zone de creusement du tronçon 4 du projet, s’élèvera à terme la future station Raisin. À proximité de la base vie, au sein d’un casier de stockage de terres excavées, Romain Chirat, ingénieur sites et sols pollués à l'Apave, effectue des prélèvements de déblais.
« Je prélève dans chaque casier des échantillons de terre, qui sont ensuite expédiés en laboratoire pour analyse et identification des polluants éventuellement présents », explique-t-il, équipé de gants de protection chimique en nitrile, d’un détecteur quatre gaz, et des équipements de protection individuelle imposés sur tout chantier : bottes, veste à haute visibilité, casque, protections auditives et lunettes de protection. Cette intervention entre dans le cadre du contrôle régulier des terres excavées durant toute la phase de creusement.
L’objectif est d’assurer une traçabilité totale de ces terres, depuis leur extraction jusqu’à leur destination finale. La majeure partie d’entre elles va être réemployée pour combler des carrières et servir d’ornements à de futures stations. Dans une zone urbanisée telle que la ville de Toulouse, la présence dans la terre de pollutions multiples est inévitable : hydrocarbures, explosifs, métaux lourds… Avant d’entamer le creusement en surface et sous terre, tout un programme d’analyse, de caractérisation des sols et de dépollution des terres a été mis en œuvre. « Cela a demandé six ans de conception et d’études avant que soient réalisés les premiers sondages », commente Claire Malanot, responsable santé sécurité chez Tisséo ingénierie, société de la mobilité de l’agglomération toulousaine, le maître d’ouvrage.
Cette phase qui a permis d’identifier les zones à surveiller et la nature des polluants a été menée à bien et elle est aujourd’hui terminée. Le creusement est désormais en cours en différents points du sous-sol de la ville. Le chantier présente différents enjeux emblématiques et médiatiques, d’autant plus que deux accidents mortels ont endeuillé le projet ces deux dernières années. « Le tunnelier croise plusieurs anciens lits de la Garonne, des paléo-chenaux, ce qui fait que la géochimie du sous-sol n’est pas la même partout. Résultant de l’érosion de la chaîne pyrénéenne, on peut trouver dans les sous-sols des fluorures, de l’antimoine ou encore de l’arsenic avec des effets pépites. À 35 mètres de profondeur, il n’y a pas de pollution humaine », souligne Frédéric Bonzom, pilote du contrat Apave pour les contrôles extérieurs des déblais et les contrôles environnementaux.
La traçabilité des terres excavées, un enjeu clé pour la sécurité et l'environnement
Pour évacuer les déblais, un tapis convoyeur les achemine depuis le chantier de creusement jusqu’à des casiers de stockage. « On travaille par mailles, c’est-à-dire par lots de terre, pour assurer la traçabilité, présente Latifa Nait-Idda, directrice QSE chez Implenia, un des membres du groupement Ligam, en charge du tronçon 4, qui s’étend depuis la future station Raisin jusqu’au futur puits de secours Saint-Sauveur. Chaque tronçon de 40 mètres de terre excavée est stocké dans un casier, ce qui représente environ 4 000 m3 de volume de terre par casier. » C’est là que Romain Chirat effectue chaque semaine des prélèvements de terre.
« L’ensemble des prélèvements est annoté et conditionné dans une glacière avant d’être expédié en laboratoire », décrit-il. Les résultats sont attendus sous 48 à 72 heures. Dès réception, suivant le respect ou non des critères installation de stockage de déchets inertes (ISDI), les déblais sont évacués dans la filière réglementée de stockage ad hoc. « Les polluants chimiques ne représentent pas le principal risque ici. Lors des prélèvements sur site, c’est plus la coactivité qui expose à des risques, notamment de collision engin-piéton », commente Romain Chirat.
À cet égard, un protocole d’intervention a été établi en début de chantier pour toute les opérations de prélèvement. Ce dernier comporte un descriptif des conditions d’hygiène et de travail (dont le port des EPI), des modes opératoires et les procédures de gestion des secours. Enfin un accueil sécurité est obligatoire afin de valider, pour chaque intervenant, les consignes de sécurité et d’obtenir un badge autorisant l’accès au site de stockage et les interventions en autonomie.
« Nous travaillons le plus souvent à deux lors des prélèvements, explique-t-il encore. Nous ne réalisons jamais d’opération tant qu’un déversement de trémie dans un casier est en cours. Et nous nous signalons auprès des chauffeurs de véhicules. » Une marche en avant a d’ailleurs été mise en place pour éviter aux chauffeurs de camions qui viennent évacuer la terre toute marche arrière pouvant présenter un risque de collision engin-piéton.
ADJUVANTS : UN SUIVI MÉTHODIQUE
« La texture idéale des terres pour être transportées doit être proche du dentifrice », décrit Guillaume Taillard, responsable de production tunnelier chez Implenia. Afin d’approcher cette texture, des adjuvants sont injectés dans les déblais en cours d’évacuation. Ces substances doivent faire l’objet d’un suivi très précis afin de s’assurer du caractère inerte des déblais ainsi traités. « Toutes les mesures sur ce programme portent sur des seuils environnementaux », précise Frédéric Bonzom, pilote du contrat Apave pour les contrôles extérieurs des déblais et les contrôles environnementaux. Des études préalables en laboratoire avaient été réalisées afin de s’assurer de l’absence de dangers pour l’environnement des déblais adjuvantés, notamment. Et tous les trois mois, une caractérisation des terres excavées est réalisée.