Pourquoi s’être intéressé au risque d’ensevelissement ?
Matthieu Roig. Ces dernières années, des accidents du travail graves ou mortels sont survenus lors des opérations de déversement d’enrobé. En juillet 2025, sur le chantier de réfection d’une chaussée en Vendée, un jeune homme de 19 ans s’est retrouvé enseveli après que les portes du camion qui contenait le matériau brûlant se sont ouvertes lorsque la benne a été levée. Cet accident dramatique a suscité beaucoup d’émotions dans la profession. Nous avons décidé avec l’OPPBTP de réaffirmer les mesures de prévention déjà en place dans de nombreuses entreprises de construction routière, par le biais d’une recommandation métier.
De quoi s’agit-il ?
M. R. Ce document synthétique rappelle les mesures de prévention systématiques à adopter lorsque les entreprises réalisent des opérations de déchargement d’enrobé. Il présente notamment l’intérêt de sensibiliser les transporteurs travaillant pour les entreprises de construction routière qui ne sont pas forcément spécialisés dans ce type d’opération et qui n’auraient donc pas les bons réflexes. En priorité, la profession insiste à nouveau sur la nécessité d’interdire l’utilisation de camions semi-remorques avec bennes levantes lors du déchargement d’enrobé. Avec ce type d’engins, il y a une telle charge sur les portes que cela favorise le risque d’ouverture accidentelle. En outre, lors de telles opérations avec d’autres types de camions, il est a minima nécessaire d’installer des dispositifs pour sécuriser la fermeture des portes du camion benne, via un verrouillage en au moins deux points indépendants qui solidarisent les portes au cadre de la benne. Avec ce principe de consignation, même si le verrouillage standard a une défaillance, les portes ne peuvent pas s’ouvrir. Cela nécessite néanmoins de contrôler systématiquement le bon verrouillage des portes arrière avant le levage de la benne et la manipulation de la trappe charbonnière.
Cela implique donc de sensibiliser les compagnons…
M. R. Oui, comme les autres risques présents sur les chantiers de travaux routiers, les risques d’ensevelissement et de brûlure doivent être rappelés régulièrement aux équipes par les chefs de chantier. Il y a notamment des bonnes pratiques à adopter lors de la phase de levage de la benne : celui-ci doit être progressif, sans à-coups, et il faut s’assurer qu’il n’y ait personne dans la zone de danger à l’arrière du camion. Une fois la benne levée, la trappe charbonnière doit être manœuvrée par le côté et non à l’arrière. Et les autres travailleurs présents doivent rester à l’extérieur de la zone de danger.
Quels autres conseils donneriez-vous ?
M. R. Nous encourageons notamment nos locatiers à se doter de camions conformes et incitons nos entreprises à refuser toute prestation qui ne serait pas en accord avec notre recommandation. Dans une démarche d’amélioration continue, nous incitons également, lorsque cela est disponible et, techniquement et financièrement possible, le recours à des solutions techniques alternatives (camions-grues équipés de bennes preneuses, bennes éjectrices ou systèmes automatisés de distribution d’enrobé). Notre recommandation se veut pragmatique, en fixant quelques règles de base qui prennent en compte les réalités du terrain. La prévention de ce risque fait également l’objet d’un travail à la Cnam, auquel Routes de France et l’INRS participent, pour produire une recommandation dans le même sens. Il est nécessaire de tirer les enseignements des accidents graves qui ont eu lieu et de faire évoluer concrètement les pratiques.
EN SEPTEMBRE, UNE PRÉRENTRÉE SÉCURITÉ POUR LES APPRENTIS
À le suite à plusieurs accidents graves impliquant des jeunes travailleurs, la FNTP a élaboré un plan d’actions à destination des jeunes et intérimaires. Dès septembre 2026, tous les apprentis des centres de formation en travaux publics bénéficieront d’une prérentrée sécurité. Ils devront suivre un module d'e-learning en 12 épisodes, complété par une chasse aux risques virtuelle. « Nous avons adapté les messages à ce public, parfois mineur, précise Roxane Audebrand-Solesse, directrice prévention et santé au travail à la FNTP. À ce dispositif théorique, s’ajoute une journée de mise en pratique sur les plateaux techniques, une fois qu’ils sont à l’école. L’objectif est de les sensibiliser aux risques majeurs du secteur – collision engin-piéton, chutes, manutention, risque électrique, risque chimique… –, avant qu’ils fassent leurs premiers pas sur les chantiers, mais aussi qu’ils identifient les personnes référentes, et qu’ils comprennent l’importance du port et de l’entretien des équipements de protection individuelle. »