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Les travaux routiers urbains

Des chantiers bien préparés, pour plus d’agilité et de sécurité

Circulation, coactivité, manutentions, exposition aux fumées de bitume… Les travaux routiers concentrent de nombreux risques professionnels. Si certaines innovations technologiques contribuent à améliorer les conditions de travail, la prévention repose avant tout sur une préparation minutieuse des chantiers, une organisation adaptée et un dialogue entre les différents acteurs.

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Corinne Soulay - 01/09/2026
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Vue d'une situation de travail sur un chantier btp.

Plus d’un million de kilomètres : c’est la longueur du réseau routier hexagonal. Un maillage colossal constitué à 55 % de routes communales, d’un tiers de départementales et, dans une moindre mesure, de routes nationales et d’autoroutes. Un tel dispositif nécessite forcément d’être entretenu. Chaque année, 69 000 salariés interviennent pour réparer, remplacer, moderniser ou compléter ces infrastructures.

Les travaux routiers représentent ainsi plus d’un tiers des opérations de travaux publics (TP) et ils ne se limitent pas à mettre en œuvre de l’enrobé. Ils couvrent d’une part toutes les phases de construction de la chaussée, du terrassement au revêtement. Mais ils comprennent également les « à-côtés », comme la création de trottoirs, de pistes cyclables, de couloirs de bus, la pose de bordures, de pavés et de caniveaux, l’installation des équipements de sécurité…

Ils intègrent aussi les travaux d’assainissement indispensables à l’évacuation des eaux pluviales (pentes d’écoulement, canalisations…). Enfin, une part importante de l’activité consiste à réparer l’existant : raboter, traiter les fissures, reboucher les nids-de-poule, renouveler les enrobés… Autant de tâches qui exposent les salariés à des situations à risques variés : circulation routière, coactivité, manutentions, travail en tranchées, exposition aux fumées de bitume…

« On pense généralement aux grands travaux autoroutiers, avec leur impressionnant ballet d’engins, mais les petits chantiers de voirie urbaine présentent autant de risques qu’il convient d’évaluer sérieusement, pointe Catherine Jarosz, experte d’assistance-conseil à l’INRS. L’un des principaux étant le travail sous circulation avec le risque pour les travailleurs, piétons ou engins de chantier, d’être percutés par les autres usagers de la route. » Pour y remédier, l’idéal est de pouvoir intervenir en « route barrée ». Or cette organisation suppose des démarches administratives qu’il faut anticiper.

Privilégier les travaux hors circulation

« La profession s’organise pour privilégier cette solution dans la mesure du possible, explique Roxane Audebrand-Solesse, directrice prévention et santé au travail à la Fédération nationale des travaux publics (FNTP). Au travers de campagnes d’information ou de la charte “Chantier franchement sûr”, nous sensibilisons les maîtres d’ouvrage afin qu’ils intègrent cette option dès la conception des projets. » Si la fermeture totale n’est pas envisageable, des mesures alternatives existent, par exemple la création d’une zone tampon d’au moins un mètre entre la signalisation et le chantier et une séparation physique entre la circulation et la zone de travaux à l’aide de protections lourdes, de préférence en béton.

Vue d'un ouvrier sur chantier BTP.

Dans l’emprise du chantier, camions, pelles, chargeuses, compacteurs, finisseurs, issus d’entreprises différentes, évoluent souvent dans un espace restreint où se déplacent également des intervenants à pied. Cette coactivité intense entraîne des risques de collision. Là encore, la préparation de chantier s’avère primordiale. C’est l’occasion de définir précisément les différentes phases d’intervention, d’identifier les zones d’activités, les voies de circulation des engins, les cheminements piétons et les espaces de stockage afin de limiter au maximum les croisements de flux.

« Ces mesures organisationnelles peuvent être complétées par un volet technologique, ajoute Matthieu Roig, directeur prévention et environnement chez Colas France et président du comité santé sécurité de Routes de France, organisation professionnelle adhérente à la FNTP. De plus en plus d’engins sont équipés de capteurs capables de détecter une présence. Bien entendu, ces solutions ne remplacent pas les règles de base qu’il convient de rappeler aux collaborateurs : ne pas pénétrer dans la zone d’évolution d’un engin ou, si cela est nécessaire, signaler sa présence au conducteur par des signes conventionnels. »

Les travaux routiers viennent fréquemment après les interventions en tranchée pour la pose ou la réparation de réseaux d’eau, d’assainissement, de gaz, d’électricité ou de télécommunications, avec un risque d’ensevelissement pour les salariés. Si la mise en place d’un blindage est obligatoire à partir d’une profondeur d’1,30 m, l’évaluation des risques s’impose, même pour des tranchées peu profondes. Il est alors nécessaire de prendre en compte différents paramètres comme la nature et la cohésion du terrain, les vibrations générées par la circulation ou par les engins, la présence éventuelle de réseaux existants, d’une surcharge en bord de fouille ou encore les intempéries, pour opter pour des solutions techniques (blindage, talutage…) ou organisationnelles adaptées.

Mise en œuvre des enrobés : prévenir les TMS, les fumées et le risque d’ensevelissement

Parmi les opérations réalisées sur ce type de chantier, l’une d’elles cumule de nombreux risques : la mise en œuvre d’enrobés. « Elle implique des interactions hommes-machines, des manutentions et des postures contraignantes favorisant l’apparition de troubles musculosquelettiques (TMS), des risques d’ensevelissement lors du déversement du matériau et des risques chimiques liés aux fumées de bitume », résume Catherine Jarosz. Une partie de ces risques peut être réduite par la mécanisation. L’utilisation d’un finisseur pour appliquer l’enrobé par exemple permet d’éviter la mise en œuvre à la main, lorsque la zone à traiter est importante, et de limiter l’exposition aux fumées à condition qu’il soit doté d’un dispositif de captage. L’usage de brouettes électriques permet aussi d’alléger la charge des travailleurs.

Schéma d'un chantier routier.

Pour réduire le risque chimique, il est possible de jouer sur la température de l’enrobé. L’INRS recomande de réduire la température du matériau de 25 °C par rapport aux températures des enrobés chauds, qui atteignent 140 à 160 °C, permet de diviser par trois l’exposition aux fumées de bitume. « La profession travaille au développement des enrobés 'tièdes', à la fois pour des raisons environnementales et pour réduire les émissions de composés organiques volatils, explique Matthieu Roig. Le seul bémol est qu’ils sont moins maniables et plus difficiles à tirer au râteau pour les opérateurs. »

Quelle que soit la température du matériau, cette étape manuelle reste une tâche à forte pénibilité, qui ne peut parfois pas être mécanisée. Certaines entreprises testent des exosquelettes pour soulager les opérateurs. « Ces dispositifs d’assistance physique permettent de limiter localement les efforts, mais peuvent créer de nouvelles contraintes biomécaniques, avertit Catherine Jarosz. Cela nécessite aussi pour le travailleur d’enfiler et de retirer son exosquelette à chaque fois qu’il change de tâche, ce qui peut s’avérer contraignant. »

À l’origine d’accidents graves et mortels récents, le risque d’ensevelissement, lors du déversement de l’enrobé par les portes arrière du camion-benne, mobilise actuellement les acteurs de la prévention (INRS, Carsat/Cramif/CGSS, OPPBTP…). En Pays de la Loire, une rencontre a ainsi été organisée par la Carsat avec tous les transporteurs de la région pour les sensibiliser au maintien en bon état de leurs camions-bennes et au contrôle régulier du fonctionnement du système de verrouillage via une fiche de vérification. Des subventions peuvent aussi être proposées pour participer au financement de matériels alternatifs.

Adapter les chantiers aux fortes chaleurs

Les employeurs doivent aussi prendre en compte un risque de plus en plus prégnants : les vagues de forte chaleur se multiplient. Neuf jours en mai dernier, avec des pointes à 38 °C, puis dix en juin avec 72 départements placés en vigilance rouge au plus fort de la canicule, des températures de plus de 40 °C dans plusieurs régions en juillet et août… « Ce risque doit désormais être évalué et intégré au document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) », insiste Catherine Jarosz. Des actions doivent être prévues en fonction des conditions climatiques, notamment des mesures organisationnelles telles que l’aménagement des horaires de travail et de l’activité, la mise à disposition de lieux de repos pour la récupération, l’approvisionnement en eau mais aussi la fourniture d’équipements de protection individuelle adaptés. Afin d'obtenir des conseils, les entreprises peuvent s’appuyer sur les ressources de l’INRS et de l’OPPBTP (guides, dépliants…).

« Ces événements mettent en lumière l’importance de disposer de bases vie raccordées, bien dimensionnées, note Roxane Audebrand-Solesse. Souvent perçues comme un simple espace de pause, elles constituent un élément essentiel de l’hygiène et de la prévention. » Sur les chantiers routiers, qui progressent au fil des jours, leur implantation mérite une attention particulière pour éviter les déplacements trop longs et les croisements de flux. Là encore, tout cela s’organise en amont.

« Une bonne préparation de chantier permet de prévenir un grand nombre de risques et de s’adapter ensuite plus facilement au travail réel, conclut Matthieu Roig. Mais il est nécessaire que le conducteur de travaux et le chef de chantier soient en lien permanent et communiquent avec les équipes : une belle préparation, si elle n’est pas présentée sur le terrain aux collaborateurs, ne sert à rien. »

UNE CHARTE POUR IMPLIQUER LES MAÎTRES D'OUVRAGE

Déployée depuis 2024, la charte « Chantier franchement sûr », élaborée par la FNTP, en partenariat avec le ministère du Travail, la Cnam, l’INRS et l’OPPBTP, vise à favoriser l’engagement des maîtres d’ouvrage (MOA) pour améliorer la prévention des risques professionnels. « Leur participation est aussi capitale que celle des chefs d’entreprise, justifie Roxane Audebrand-Solesse, directrice prévention et santé au travail à la FNTP. L’intégration de la prévention en conception a des bénéfices pour toutes les parties prenantes : sur la sécurité des salariés évidemment, mais aussi sur la satisfaction des usagers et l’image de marque des MOA. » La charte met ainsi l’accent sur trois axes prioritaires : les travaux sous circulation, les fouilles en tranchée et la mise à disposition de bases vie et d’équipements sanitaires adaptés. Des fiches pratiques d’aide à la décision permettent d’accompagner les MOA dans l’identification de leurs besoins et des mesures de prévention à mettre en oeuvre. « C’est une aide à la rédaction des appels d’offres, précise Roxane Audebrand-Solesse. Cela permet par exemple d’analyser finement les phases de travaux pour lesquelles une intervention en route barrée est nécessaire. » La mise en place d’indicateurs et de comités de suivi, impliquant les MOA signataires, la FRTP, les Carsat/Cramif/CGSS, et l’OPPBTP sont également prévus pour évaluer les effets de cette charte. Une quatrième fiche, dédiée à la prévention des travaux sous forte chaleur, devrait voir le jour d’ici la fin de l’année.

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