Depuis 2024, la métropole du Mans a entamé sa mue vers plus de mobilité douce. Actuellement, treize kilomètres de « Chronolignes » sont en cours de construction sur quatre secteurs de la préfecture sarthoise. Des voies strictement dédiées aux bus, bordées de pistes cyclables sécurisées et de larges trottoirs. Chaque secteur correspond à un lot, attribué à un groupement d’entreprises. Eurovia Atlantique est chargée du sud-ouest de la ville. L’un des chantiers couvre la partie gauche du boulevard Nicolas-Cugnot sur environ 400 mètres.
En temps normal, cette artère fréquentée, qui permet de relier l’extérieur de la ville au centre, compte deux fois deux voies. Amputée d’une moitié, elle accueille aujourd’hui une circulation dense, à double sens, qui frôle la zone d’activité. « La prévention du risque lié à la circulation n’avait pas été prise en compte dans les pièces de l’appel d’offres, regrette Éric Liger, contrôleur de sécurité à la Carsat Pays de la Loire. Nous avons donc dû notifier une injonction au maître d’œuvre, puis l’accompagner, avec l’inspection du travail, pour nous assurer que des mesures appropriées seraient mises en œuvre. »
À cette occasion, toutes les entreprises retenues pour les travaux ont réalisé, à la demande du maître d’ouvrage, l’évaluation de ce risque spécifique pour chaque phase de chantier. Compte tenu des délais à tenir et de la configuration des sites, très peu pouvaient bénéficier d’une fermeture totale de la circulation. L’alternative a été la mise en place de séparateurs de voies en béton. « Il fallait que ça puisse résister à des poids lourds – car, bus… – lancés au moins à 50 km/h, donc des séparations en plastique n’auraient pas suffi », justifie Éric Liger.
Chez Eurovia, cet aménagement fait partie des standards. « Cette procédure est répandue chez nous, depuis 2016, pour les chantiers sous circulation, confirme Pierre-Yves Guichard, chef d’agence Eurovia Atlantique. C’est une sécurité à la fois pour les travailleurs et pour les usagers, notamment les piétons qui cheminent à proximité. » Pour les travaux du boulevard Cugnot, la limitation de vitesse a, de plus, été abaissée temporairement à 30 km/h, et le chantier a été entièrement clôturé.
« L’autre risque majeur sur ce type de chantier, ce sont les collisions engin-piéton, qui représentent environ 50 % de nos accidents graves », souligne Pierre-Yves Guichard. L’entreprise sensibilise régulièrement les compagnons à ce sujet et, sur chaque engin, une affiche rappelle la localisation des angles morts. En outre, afin de limiter les croisements de flux sur ce chantier linéaire, une zone dédiée au stockage des matériaux a été aménagée à l’entrée, soit à l’opposé des lieux où se déroulent actuellement les activités de terrassement et de réfection des réseaux.
D’autre part, l’approvisionnement des matériaux est optimisé afin de limiter l’emprise de cet espace de stockage. « Bordures en granit, tuyaux en PVC… Les palettes sont d’abord acheminées vers une grosse base vie installée à 800 mètres, puis nous approvisionnons le chantier en fonction des besoins réels. Chaque livraison est sécurisée par un homme-trafic qui guide les manœuvres », note Nicolas Garnier, le conducteur de travaux.
Anticiper le risque chaleur dans le DUERP
Mais, en cette journée de printemps, c’est le risque lié au travail à la chaleur qui préoccupe l’encadrant : le thermomètre indique 30 °C et le chantier tout entier est plongé sous un soleil de plomb. « Heureusement, la prévention de ce risque a été anticipée : il est inscrit dans notre document unique d’évaluation des risques (DUERP), donc lorsque nous avons vu que Météo France annonçait un niveau de vigilance canicule jaune, nous avons pu réagir rapidement », souligne-t-il.
Première mesure : les horaires de travail ont été aménagés, avec une amplitude réduite (limitée à sept heures par jour en cas d’alerte orange ou rouge) et une prise de poste avancée à 6 heures, lorsque c’est possible, pour éviter les pics de chaleur. « En fonction de différents paramètres : les températures annoncées, mais aussi la localisation du chantier, ombragé ou non, les tâches à réaliser, nous décidons d’abord d’une amplitude horaire maximale puis nous fixons l’heure de début des travaux, qui doit faire l’objet d’une dérogation aux arrêtés 'anti-bruit' en vigueur, explique Pierre-Yves Guichard. Travailler plus tôt permet de bénéficier de températures plus clémentes, mais il faut aussi veiller au repos des compagnons, dont le sommeil peut être altéré par la chaleur nocturne. »
Adapter le travail aux fortes chaleurs
Des bouteilles d’eau en nombre et des fontaines à eau ont été mises à la disposition des salariés dans le cabanon de chantier tandis que le brief sécurité quotidien a été consacré à cette thématique. « Nous en avons profité pour rappeler les signes d’épuisement et de coup de chaleur ainsi que les bonnes pratiques, notamment, l’importance de faire des pauses fréquentes et de boire régulièrement, sans attendre d’avoir soif », précise Nicolas Garnier. Pour la pause déjeuner, les compagnons peuvent bénéficier d’un moment au frais dans le réfectoire climatisé de la base vie.
Sur le terrain, la quinzaine de salariés à l’œuvre travaillent par petits groupes sur différents points du chantier. Pour se protéger du soleil, ils portent des t-shirts à manches longues en textile respirant fournis par l’employeur. Certains utilisent aussi des protège-nuques et des serviettes rafraîchissantes, à tremper dans l’eau puis à essorer pour préserver l’effet de fraîcheur pendant plusieurs heures. D’un point de vue organisationnel, les activités ont aussi été revues : les tâches les plus physiques, comme le coulage du béton ou la pose de bordure, ont été concentrées le matin, tandis que l’après-midi les travaux mécanisés ont été privilégiés, les cabines des engins étant climatisées.
« Nous vérifions quotidiennement les conditions météorologiques et les bulletins d’alerte pour évaluer le risque en temps réel et adapter les mesures de prévention, insiste Pierre-Yves Guichard. En 2025, nous n’avons pas hésité à stopper des chantiers à 11 heures du matin lors des épisodes de canicule. Le plus important c’est d’éviter que l’un de nos compagnons ait un coup de chaleur. »
QUATRE NIVEAUX DE VIGILANCE CANICULE
Les niveaux de vigilance de Météo France doivent permettre de mettre en œuvre au sein des entreprises les mesures de prévention adaptées.
- Verte : pas de vigilance particulière.
- Jaune : pic de chaleur. Exposition de courte durée (un ou deux jours) à une chaleur intense présentant un risque pour les populations fragiles ou surexposées (conditions de travail ou activité physique). Il peut aussi correspondre à un épisode persistant de chaleur (supérieur à trois jours).
- Orange : canicule. Période de chaleur intense pendant au moins trois jours et trois nuits consécutifs, susceptible de constituer un risque sanitaire pour l’ensemble de la population exposée.
- Rouge : canicule extrême. Exceptionnelle par sa durée, son intensité, son extension géographique, présente un fort impact sanitaire pour l’ensemble de la population et des impacts sociétaux (sécheresse, approvisionnement en eau potable, aménagement ou arrêt de certaines activités, etc.).