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Les travaux routiers urbains

Une pince à pavés pour prévenir les TMS sur les chantiers

Pour améliorer les conditions de travail de ses équipes, l’entreprise de travaux publics LeFrançois TP, dans le Pas-de-Calais, mise notamment sur la mécanisation. Récemment, l’arrivée d’une pince hydraulique a permis de diminuer drastiquement les manutentions et postures contraignantes lors des opérations de pavage, réduisant ainsi les risques de troubles musculosquelettiques.

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Corinne Soulay - 01/09/2026
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Vue d'un chantier BTP.

Mini-pelles, pelleteuses, chargeuses, raboteuses, compacteurs, niveleuses, finisseurs… L’entreprise de travaux publics LeFrançois TP, spécialisée dans les voieries et réseaux divers (VRD), et installée dans le Pas-de-Calais, possède un parc de près d’une centaine d’engins. « Nous ne faisons pas appel à des loueurs, comme c’est souvent le cas dans le secteur, explique Christophe Caron, le directeur d’exploitation et responsable du pôle sécurité. Nous préférons avoir notre propre flotte. Cela nous permet de mécaniser un grand nombre de tâches et de ne pas être tributaire de la disponibilité du matériel. »

Chaque jeudi, les conducteurs de travaux, le directeur des travaux et le directeur d’exploitation de cette PME de 140 salariés se réunissent pour planifier les travaux sur leurs différents chantiers et se répartir les équipements pour la semaine. Les salariés y voient un autre avantage : « Chaque engin a son conducteur, on fait partie de la même équipe, on se connaît bien, donc c’est plus facile pour communiquer et se coordonner sur le terrain et travailler en sécurité », témoigne Hugo Roussel, compagnon dans l’entreprise depuis six ans.

Parmi les acquisitions récentes, figurent notamment deux « Distrimix », des camions bennes équipés, à l’arrière, d’un distributeur automatique d’enrobé. À l’intérieur, une vis sans fin transfère le matériau, chauffé à environ 130 °C, vers une goulotte déportable. L’opérateur peut ainsi récupérer l’enrobé à la brouette sur le côté du camion benne, sans risque d’ensevelissement. « Le secteur a connu plusieurs accidents graves ces dernières années avec des bennes basculantes et des ouvertures de portes inopinées alors que la benne était levée, relate Christophe Caron. Nous utilisons habituellement des bennes avec des barres de renfort au niveau des portes pour éviter ce type d’accident, mais le Distrimix est une alternative encore plus sécurisée. »

Le petit dernier de cette collection d’engins est une pelle dotée d’une pince à pavés hydraulique. Pour sa deuxième sortie sur le terrain, elle est déployée à Rang-du-Fliers, sur le chantier de réfection de l’avenue Jean-Moulin, menant à la gare. Le projet comprend l’élargissement des trottoirs et l’aménagement de places de stationnement pavées, sur 350 mètres. D’un côté opère l’équipe chargée de la mise en œuvre d’enrobé, de l’autre, à bonne distance, celle dédiée aux travaux d’assainissement et de pavage.

Anticiper les risques dès la préparation du chantier

Les bordures des trottoirs sont déjà posées, laissant apparaître un élément qui satisfait Delphine Libersa, contrôleuse de sécurité à la Carsat Hauts-de-France : plutôt que de découper les bordures de béton sur place pour former les angles, ce qui aurait entraîné l’émission de poussières de silice cristalline, l’entreprise a opté pour des bordures d’angles prédécoupées en usine. Un choix qui nécessite une préparation rigoureuse en amont afin d’anticiper le nombre de pièces à commander avant le début des travaux.

DES RENDEZ-VOUS PRÉVENTION RÉGULIERS

Pour animer la prévention des risques professionnels, l’entreprise LeFrançoisTP s’appuie sur une responsable HSE. « Nous sommes certifiés Mase (manuel d'amélioration sécurité des entreprises) depuis 2022, note l’intéressée, Laura Duflos. Dans le cadre de notre démarche de sécurité, nous organisons notamment des audits de chantier réguliers pour favoriser les remontées de terrain mais aussi des rendez-vous de sensibilisation. »

 

  • Tous les jours : la prise de poste débute par  Les cinq premières minutes , un brief du chef de chantier pour rappeler les opérations du jour et les risques associés. 
  • Toutes les semaines : un quart d'heure sécurité est animé par les chefs de chantier ou d'équipe sur une thématique identifiée par la responsable HSE.
  • Cette année : une demi-journée, consacrée à la santé et sécurité au travail, a réuni, en juin, tous les salariés de l'entreprise, avec des interventions de la Carsat Hauts-de-France, de l'OPPBTP et des ateliers.

« J’accompagne l’entreprise via le programme Risques chimiques Pros - un parcours structuré en quatre étapes, proposé aux entreprises par l’Assurance maladie-risques professionnels, afin de réduire l’exposition des salariés aux produits chimiques - et elle est proactive sur le sujet, observe la préventrice. Dès que c’est possible, elle privilégie les procédés les moins émissifs. Par exemple, sur les chantiers où doivent être aménagées des bordures ininterrompues sur plus de 100 mètres, elle n’hésite pas à utiliser la technique du coulage en place. Et si, vraiment, la découpe se révèle indispensable, elle est systématiquement réalisée à l’humide. »

Vue d'un chantier BTP.

Le pavage des places de stationnement, actuellement recouvertes de gravillons, peut commencer. Il y a encore quelques semaines, l’opération se faisait entièrement manuellement : six compagnons disposaient ces blocs de béton de plusieurs kilos, un à un, à genoux. Une tâche longue, répétitive et des postures contraignantes favorisant le risque de troubles musculosquelettiques. Désormais, les palettes de pavés sont déposées par la pelle hydraulique à proximité de la zone à traiter. La pince n’a plus qu’à se saisir des pavés sur la palette, par couche d’1 m2, grâce à un système de serrage hydraulique. « Pour s’approprier l’engin et l’utiliser en sécurité, trois conducteurs ont d’abord été formés à l’atelier par le fournisseur avant de l’utiliser en conditions réelles », précise Laura Duflos, la responsable HSE (hygiène, sécurité, environnement).

Un rendement multiplié par quatre et moins de manutentions

Alors que la machine semble se mouvoir au ralenti, le pavage progresse pourtant à bon rythme. « Auparavant, on arrivait à paver environ 60 m2 par jour. Avec la pince, on atteint 250 m2, se réjouit Christophe Caron. Seule la pose de quelques pièces spécifiques, comme les lignes de pavés des extrémités ou celles, plus sombres, délimitant les places de parking, est réalisée encore à la main. » Les effectifs nécessaires à la réalisation de cette tâche ont aussi été divisés par deux : ne reste plus que le conducteur de l’engin, un compagnon pour guider la pince sur la palette et un autre pour caler les pavés au maillet (à long manche) après la pose.

« Après une journée de pavage, je pouvais avoir mal au dos. Là, les conditions de travail sont beaucoup plus confortables, confie Hugo Roussel. Comme c’est un nouvel équipement, nous avons eu besoin d’une matinée de réglages au démarrage, mais dès l’après-midi nous avons trouvé une vitesse de croisière. » Gain de temps, augmentation de la productivité, réduction des manutentions et du port de charges… Pour Christophe Caron, le bilan est positif : « C’est un investissement, mais cela en vaut la peine. D’autant que 70 % du coût de l’équipement de 20 000 euros a pu être pris en charge par la subvention “Prévention des risques ergonomiques” proposée par la Carsat. »

SOIGNER L’ACCUEIL DES NOUVEAUX ARRIVANTS

« Le secteur étant accidentogène, nous limitons au maximum le recours aux intérimaires, explique Laura Duflos, la responsable HSE de LeFrançoisTP. En cas de besoin, nous privilégions les CDD que nous prenons le temps de former et d’accompagner. » À leur arrivée, les nouveaux embauchés bénéficient d’un accueil sécurité qui débute par une vidéo de 40 minutes. Celle-ci s’achève sur un questionnaire que le salarié doit valider à plus de 80 % pour pouvoir opérer sur le terrain. Il est ensuite accompagné par un binôme de tuteurs pendant six mois : un tuteur « chantier », qui veille à sa sécurité au quotidien, et un autre orienté « technique », garant du savoir-faire, qui le forme aux différents modes opératoires (pose de bordures…). Certaines opérations à risque, comme la découpe à la tronçonneuse, font aussi l’objet d’un permis obtenu après une formation théorique et pratique, et un test en conditions réelles.

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