Un beau soleil surplombe le chantier du pont Anne de Bretagne, à Nantes, en ce matin de mai. Au programme aujourd’hui : poursuivre les opérations de ferraillage en cours sur le nouveau tablier installé récemment. Mais avant cela, l’équipe chantier a été invitée par Mathieu Baré, directeur prévention chez Vinci Construction délégation Ouest, et Vincent Le Blond, chef de chantier principal, à se réunir dans le cadre des « Safety Day(s) », un temps fort de Vinci Construction dédié à la sécurité. « Ce début de journée est consacré à la prévention du risque de collision engin-piéton », explique Mathieu Baré.
Il commence par rappeler la dangerosité des heurts, à l’origine d’une quarantaine d’incidents sur les chantiers du groupe ces trois dernières années. Immédiatement, un compagnon prend la parole pour indiquer la défaillance d’avertisseurs sonores de recul, la veille, sur des toupies à béton. Une réaction qui témoigne d’une bonne compréhension des enjeux. « C’est, en effet, quelque chose que l’on ne veut pas voir sur nos chantiers, lui répond Mathieu Baré. Nous avons pris tout de suite contact avec l’opérateur de ces camions pour lui signifier le problème. Il y a jusqu’à 65 toupies à béton par jour qui pénètrent dans l’enceinte du chantier, il est indispensable que toutes soient équipées d’avertisseurs sonores de recul en état de fonctionnement. »
Sensibiliser les salariés au risque d’angles morts
Ce point traité, une présentation aborde le sujet des angles morts : rappel de définition, images d’illustrations… L’auditoire, concentré, n’hésite pas à réagir et à commenter différentes situations dangereuses affichées à l’écran. Chacun semble avoir une anecdote liée au risque de collision. Un conducteur de camion prend la parole : « J’ai le souvenir d’un chef de chantier qui était descendu dans une tranchée alors que je manœuvrais. J’avais ma caméra de recul, mais avec les reflets du soleil, je n’ai pas pu le voir tout de suite… je me suis arrêté à temps, mais ça aurait pu être dramatique. »
Mathieu Baré profite de l’occasion pour refaire le point sur l’importance, pour les piétons, de se signaler aux conducteurs lorsqu’ils souhaitent passer dans une zone où un engin est en activité. « Nous avons déjà parlé des capacités d’attention lors d’une précédente session de sensibilisation. Tout le monde comprend bien, désormais, qu’un conducteur qui est concentré sur une tâche à effectuer, ne va pas forcément pouvoir faire attention aux collègues qui marchent autour de lui. Ainsi, quand on veut passer dans la zone de travail d’un engin, on fait toujours un signe pour s’assurer que le conducteur nous a bien vus et a compris que l’on souhaitait passer. »
Afin d’ajouter de la pratique à la théorie, un exercice est proposé à tous les travailleurs sur le chantier. À tour de rôle, chacun s’installe au volant d’un des trois engins les plus courants sur site – une pelle, un chariot élescopique et un camion benne – et doit compter le nombre de collègues qu’il voit depuis le poste de conduite. Si tous les compagnons se prêtent facilement au jeu, peu d’entre eux parviennent à identifier, depuis le siège conducteur, le nombre exact de piétons disséminés tout autour de leur engin.
« Même avec la caméra de recul, on ne voit pas partout à l’arrière. » « C’est déjà difficile à l’arrêt, alors en mouvement, je n’imagine même pas. » « Parfois avec les angles morts c’est juste impossible de voir quelqu’un ! » Les commentaires fusent, la mise en scène est un succès. « C’est un exercice tout simple, mais efficace car très concret pour eux », confirme Mathieu Baré. Pour le directeur prévention, ce volet sensibilisation est essentiel pour marquer les esprits des compagnons.
Organiser les flux pour prévenir les collisions engin-piéton
Avant de les laisser reprendre leurs activités, il fait un dernier point sur le plan d’installation de chantier (Pic) dynamique. « Le Pic, c’est quelque chose d’incontournable affiché à l’entrée du chantier, qui vous donne l’information sur les voies de circulation en fonction des zones d’intervention et de l’activité en cours. Chaque jour, votre chef de chantier le met à jour. C’est vraiment une information à avoir en tête. » Stéphane Ligocki, contrôleur de sécurité à la Carsat Pays de la Loire, écoute ce rappel avec satisfaction : « Le Pic dynamique est quelque chose que l’on promeut dans une optique de prévention. Il permet d’organiser le chantier en amont pour ensuite donner des informations claires et fiables aux équipes sur les points d’accès, les zones de circulation et celles qui sont interdites. »
DES MÉDIATEURS POUR ACCOMPAGNER LES RIVERAINS
Le chantier de réaménagement du pont se déroule sur un temps relativement long qui induit, au fil des différentes opérations, des changements de plans de circulation. Des modifications qui peuvent entraîner de l’incompréhension chez les piétons ou les cyclistes : « Pour faire le plus de pédagogie possible, des médiateurs ont été mobilisés pour expliquer la nature des travaux, donner des informations pratiques de contournement… » Et éviter ainsi des moments de tension inutiles.
Sur le Pic apparaissent, par exemple, très distinctement les voies de circulation dédiées aux camions qui viennent quotidiennement alimenter les opérations de ferraillage et de bétonnage du tablier. « Ces voies de circulation sont encadrées par des séparateurs rouges et blancs, précise Mathieu Baré. Les allées de circulation piétons sont, quant à elles, recouvertes du désormais célèbre et incontournable tapis rouge de chantier. »
La zone d’accès des toupies au chantier est celle qui concentre le plus l’attention des équipes en raison de la récente réouverture d’une partie du pont aux piétons et aux cyclistes : en complément d’une barrière automatique, un homme trafic y est posté en permanence pour surveiller et faciliter l’accès des camions au chantier en sécurité. « Nous sommes parvenus à éviter un phénomène d’entrée-sortie des toupies au même endroit, elles arrivent par l’île de Nantes au Sud et repartent par une sortie au Nord », se félicite Lucie Thuret, conseillère qualité, prévention et environnement. La réouverture progressive du pont est prévue pour l’automne.
UNE VIGILANCE CONSTANTE
Malgré une organisation tirée au cordeau pour cloisonner et séparer les flux, il arrive que des prestataires extérieurs aient besoin d’avoir accès au site pour réaliser des travaux annexes, ce qui peut entraîner une coactivité, jamais neutre en termes de risques : « Récemment, des techniciens ont eu besoin d’intervenir sur le réseau électrique, indique Vincent Leblond, chef de chantier principal. Nos équipes doivent alors redoubler de vigilance, car même si les zones d’intervention de chacun sont bien identifiées, on ne peut s’assurer que les techniciens extérieurs aient le même niveau d’information. Pour ce qui est de nos prestataires extérieurs directs, nous leur faisons parvenir le plan d’installation de chantier dynamique afin que tout le monde, et notamment les conducteurs de toupies, soit bien briefé. »