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Les entreprises de moins de 50 salariés

Hôtellerie : s’agrandir en pensant aux conditions de travail

À Guéron, dans le Calvados, l’hôtel Château Saint-Gilles a profité de son projet d’extension – nouvelles chambres, restaurant et spa – pour placer les conditions de travail au cœur de la conception. Accompagné par la Carsat Normandie, l’établissement a déployé des équipements ergonomiques et des solutions visant à réduire les troubles musculosquelettiques, les chutes et l’usage de produits chimiques, du ménage à la cuisine.

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Grégory Brasseur - 29/01/2026
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Vue d'une situation de travail à l'hôtel Château Saint-Gilles.

Comme chaque jour, de 9 heures à 15 heures 30, alors que les clients sont partis à la découverte du patrimoine local, Audrey et Christelle [NDLR. Prénoms modifiés, le personnel ayant souhaité rester anonyme], femmes de chambre à l’hôtel Château Saint-Gilles de Guéron, dans le Calvados, prennent possession des étages. Pour travailler dans l’élégante bâtisse du XVIIIe siècle, que les propriétaires Anne-Sophie et Emerick Lukacs ont transformée en hôtel restaurant spa, elles peuvent compter sur un allié précieux : le dispositif de lève-lit. Installé dans toutes les chambres et suites, il fonctionne grâce à un mécanisme placé entre le sommier et le sol qui permet de rehausser le lit à la bonne hauteur à l’aide d’une simple télécommande.

« Nous travaillons toujours en binôme, deux équipes pour quatorze chambres chacune. À force, le dos en prend un coup et la fatigue s’installe. Avec le lève-lit, tout devient plus simple », témoigne Audrey qui voit dans cet équipement un vrai changement au quotidien. « On adapte la hauteur en un clic. Finies les flexions répétées et les postures pénibles », explique Christelle. Y compris pour le ménage : aspirateur léger en main, elle glisse l’appareil sous le lit sans se pencher.

Prévenir les TMS en hôtellerie

Installé dans une maison de maître, au cœur d’un parc de six hectares, entre potager, bergerie et verger, le Château Saint-Gilles est référencé dans de nombreux guides touristiques. L’hôtel se situe à deux pas de Bayeux et de sa célèbre tapisserie, mais aussi des plages du Débarquement. De quoi attirer une clientèle majoritairement américaine, qui assure une haute saison d’avril à octobre, ce qui permet d’organiser les plannings à l’année. L’établissement compte quatorze salariés.

EN CUISINE

Lors de l’agrandissement, la cuisine a été entièrement réaménagée pour faciliter le quotidien des salariés. « Le premier équipement devenu indispensable permet la cuisson multifonctions. Je programme toutes mes cuissons, même de nuit, indique Frédéric, le cuisinier. C’est un vrai plus pour l’ergonomie. On gagne du temps, on n’utilise plus de gamelles, ça se nettoie quasiment tout seul. » Pour supprimer les opérations de nettoyage et d’essuyage manuel des verres, l’établissement a également investi dans un lave-verres osmoseur silencieux, avec paniers adaptés. Une réhausse de fond de cuve a été installée au poste de plonge, permettant au personnel de travailler sans se courber. Objectif : réduire les risques de troubles musculosquelettiques et supprimer les manutentions les plus pénibles.

« Avec mon mari, nous avons racheté cette belle maison de vacances il y a cinq ans, raconte la gérante. Au départ, nous avions cinq chambres d’hôtes, puis nous avons agrandi pour faire un hôtel de quinze chambres. » Le couple a ensuite construit le restaurant, puis, cette année, une nouvelle aile, ajoutant treize chambres et un spa. Avant cela, ils géraient un établissement à Bayeux, où ils avaient été accompagnés par la Carsat Normandie pour l’aménagement du restaurant. « Il faut savoir s’entourer », confie la gérante.

À l’époque, en quête d’informations, elle s’appuie sur son réseau, notamment la CCI de Caen où elle suit plusieurs formations. « Assez naturellement, j’ai recontacté la Carsat », poursuitelle. « Les propriétaires avaient déjà une vraie volonté d’investir dans du matériel de cuisine : des équipements de cuisson multifonctions, réglables en hauteur, inclinables, faciles à nettoyer… et surtout permettant de supprimer l’utilisation de casseroles et marmites lourdes », se souvient Frédéric Jardin, contrôleur de sécurité à la Carsat Normandie.

Vue d'une situation de travail à l'hôtel Château Saint-Gilles.

Il évoque alors les lève-lits et le nettoyage vapeur, afin de limiter l’usage de produits d’entretien. Les échanges avec les équipes se multiplient. « C’est essentiel, surtout dans un secteur où fidéliser le personnel peut être compliqué. Les retours ont rapidement été positifs. Pour la nouvelle aile, ils ont d’ailleurs décidé de généraliser les lève-lits », note le contrôleur. L’établissement a ainsi bénéficié d’un contrat de prévention portant sur l’achat d’équipements, la formation des dirigeants à la prévention des risques professionnels et la formation de sauveteurs secouristes du travail. Puis, dans un deuxième temps, d’une subvention pour la prévention des risques ergonomiques.

Intégrer l'ergonomie dès la conception des locaux

Tout au long du projet d’extension, la réduction des risques professionnels a guidé les aménagements. Pour prévenir les chutes de plain-pied, par exemple, il ne devait y avoir aucune marche ni changement de niveau à chaque palier. Les livraisons se font sur le parking, mais un chemin bétonné a été tracé à travers les pelouses et des chariots de manutention adaptés sont utilisés. Dans la partie historique, les Bâtiments de France n’ont pas donné leur accord pour installer un ascenseur. Il a toutefois été possible d’en construire un dans la nouvelle aile. Les femmes de chambre l’utilisent avec leurs chariots de service, conçus sur mesure pour être maniables et contenir l’ensemble du matériel nécessaire, y compris des supports permettant d’adapter les sacs de linge.

Dans une salle de bains, Audrey termine la démonstration avec la solution de nettoyage à la vapeur sèche adopté par la direction. « Ça nettoie, ça dégraisse, ça désinfecte… on l’utilise partout », détaille la femme de chambre. Sans faire de gestes contraignants et surtout sans produits chimiques. Le nettoyeur fonctionne avec des microfibres adaptées aux différentes surfaces. « On avait pu voir l’équipement au salon Équip’Hôtel, un rendez-vous important pour la profession, évoque Anne-Sophie Lukacs. Mais il faut savoir que ce type de matériel change les habitudes : il a fallu accompagner les équipes. Chaque année, nous faisons revenir la commerciale dans l’hôtel pour former le personnel et répondre aux questions du quotidien. »

Avec son mari, elle se rend dès qu’elle peut sur les salons professionnels, à l’affût de nouvelles idées, parfois trouvées aussi sur Internet. C’est ainsi qu’ils ont acheté deux plates-formes individuelles roulantes légères (Pirl), une grande et une petite qui reste à l’étage. Pas question d’utiliser des escabeaux, qui ne constituent pas un poste de travail. « Je n’avais jamais vu de Pirl dans l’hôtellerie », constate Frédéric Jardin. Elles sont pourtant bien utiles, pour le nettoyage des vitres par exemple, jusqu’à des hauteurs de quatre mètres. Ou même pour changer une ampoule. « Notre règle est simple : on s’occupe de l’équipe et l’équipe s’occupe des clients, conclut la gérante. C’est ainsi que ça fonctionne. »

VERS LA SUPPRESSION DES PRODUITS CHIMIQUES

Grâce au nettoyage à la vapeur sèche, l’établissement a fortement réduit l’usage des produits chimiques pour l’entretien. Seule exception : les toilettes, où il a fallu faire marche arrière. Installé dans une zone calcaire, l’hôtel a dû conserver certains produits spécifiques d’entretien, tout en poursuivant les échanges avec le fabricant pour trouver des solutions alternatives. Partout ailleurs, les bénéfices sont perçus tant sur l’efficacité d’action que sur le confort de travail. Avant, les femmes de chambre dégraissaient les vitres chaque semaine avec des produits classiques. Aujourd’hui, un nettoyage mensuel à la vapeur sèche suffit.

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