Par un brumeux matin de novembre, à Vaillant, en Haute-Marne, trois ouvriers de l’entreprise Benoît-Coujour, spécialisée dans la maçonnerie et la couverture, finissent le démontage de leur échafaudage sur le chantier de rénovation d’une ferme. « Sous peu, cette opération va être plus simple, moins fatigante et plus sûre, se réjouit Julien Barbier, chef d’équipe. Au cours du premier semestre 2026, nous allons recevoir un nouveau modèle d’échafaudage que nous avons choisi avec Aurélie. »
Aurélie, c’est la femme de Benoît. Elle a rejoint il y a trois ans l’entreprise créée par son mari en 2015. Et depuis son arrivée, celle qui est cogérante de la structure a impulsé une petite révolution des conditions de travail de son effectif, constitué de trois salariés et de deux apprentis. « Lorsque j’étais seul à la barre, j’avais du mal à tout gérer de front, se remémore Benoît. Depuis qu’Aurélie a repris la partie administrative, je peux me consacrer au terrain. Nous sommes très complémentaires et avons une totale confiance l’un en l’autre. »
Sécurité sur les chantiers : des EPI adaptés pour réduire les risques professionnels
« Dans les petites entreprises, quand l’épouse du dirigeant est mise à contribution, c’est souvent de manière informelle, souligne Régis Fenard, contrôleur de sécurité à la Carsat Nord-Est. Ici, sa fonction est officielle et reconnue, ce qui donne du poids à sa vision des choses. » Et pour Aurélie, la sécurité est une priorité. À son arrivée, elle commence par rendre le port du casque obligatoire sur les chantiers, une pratique que son prédécesseur n'était pas parvenu à systématiser.
RISQUES CHIMIQUES PROS
Intégrée au programme Risques chimiques Pros (RC Pros), l’entreprise Benoît-Coujour a effectué l’inventaire des produits chimiques utilisés dans son activité à l’aide d’un outil logiciel de l’OPPBTP. Elle en a tiré un plan d’actions en cours de déploiement qui comprend par exemple une journée de sensibilisation des équipes par une intervenante de l’OPPBTP, la mise en oeuvre de la technique de la coupe à l’eau pour éviter les expositions aux poussières lors du travail sur béton ou tuiles mais aussi l’amélioration du stockage des produits.
« L’un de nos salariés y était réfractaire. J’ai eu beau lui expliquer que je ne voulais pas avoir à annoncer à sa mère qu’il s’était pris une pierre sur le crâne, il ne voulait rien entendre… Nous n’avons pas eu d’autre choix que d’accepter sa démission », regrette la dirigeante qui, tous les ans, investit entre 1 500 et 2 000 euros par travailleur dans des EPI adaptés, comme ces casques à visière et coques anti-bruit intégrées qui évitent les allers-retours en cas d’oubli de ses lunettes ou de ses protections auditives.
Pour choisir les équipements, Aurélie s’appuie sur l’avis des premiers intéressés, même si cela n’empêche pas, parfois, de se tromper. « Il faut savoir revenir en arrière si l’on n’a pas fait le bon choix, estime-t-elle. Nous avons essayé une ceinture porte-outils qui plaisait aux collègues car elle permettait de transporter beaucoup de matériel. Au final, elle s’est avérée trop lourde et encombrante. Julien m’a demandé de revenir à l’ancienne référence. » « Aurélie et Benoît sont vraiment à l’écoute », confirme l’intéressé.
Un échafaudage MDS pour prévenir les chutes
C’est donc logiquement que les équipes ont été consultées lorsqu’un échafaudage MDS (montage et démontage en sécurité) est repéré par la dirigeante dans un salon professionnel. « Il permet la mise en place des garde-corps de l’étage supérieur avant celle du plancher, ce qui évite d’exposer les ouvriers au risque de chutes, explique Benoît Coujour. En outre, il est plus léger et moins encombrant que les autres références existantes. Ce qui autorise son montage par une seule personne. » Si le modèle est assez onéreux, l’entreprise a bénéficié du soutien de la Carsat par le biais d’un contrat de prévention.
Autre grosse évolution, l’achat de deux bases vie mobiles, elles aussi partiellement financées par la Caisse, mais cette fois par une subvention Top BTP. Si avoir un point d’eau pour se laver les mains avant de manger, c’est une obligation, cela devient une forte nécessité pour les opérateurs qui manipulent des produits dangereux. Ces bungalows, également équipés de toilettes, permettent aussi de se mettre à l’abri pendant les périodes les moins clémentes. « Nous étions déjà encouragés à ne pas déjeuner dans le froid en rentrant à l’atelier, mais cela impliquait de reprendre le camion », souligne Julien. « Sans compter l’exposition au risque routier, complète Régis Fenard. C’est exceptionnel qu’une entreprise de cette taille investisse dans ce type de matériel. Franchement, je n’avais jamais vu ça ! » « Nous ne pouvons pas nous aligner sur les salaires d’entreprises plus grosses, déplore Aurélie. Au-delà de l’objectif premier de sécurité, offrir de bonnes conditions de travail est aussi un moyen de fidéliser nos collaborateurs. »
La semaine de quatre jours comme levier d'amélioration des conditions de travail
La semaine de quatre jours, mise en place depuis deux ans va également dans ce sens. Les équipes travaillent du lundi au jeudi, à raison de neuf heures quotidiennes. Pour adopter ce rythme, il a fallu revoir l’organisation. Notamment l’alimentation en matériaux et en matériels qui imposait auparavant d’abandonner régulièrement son ouvrage. Dorénavant, les livraisons sont uniquement du ressort de Benoît qui les regroupe sur la journée du vendredi. Ses employés, qui voient leur charge mentale diminuer et peuvent se concentrer sur leur cœur de métier, ne reviendraient en arrière pour rien au monde.
Si les journées sont plus longues, le week-end de trois jours semble les compenser. « Quand Aurélie me l’a proposé, j’étais dubitatif. Mais nous sommes tout aussi productifs, si ce n’est plus, reconnaît le dirigeant. Cela demande en revanche un vrai sens de l’anticipation et une responsabilisation de tous. Nous avons un fil de messagerie instantané sur lequel nous postons des photos de l’avancement des chantiers, ce qui me guide pour les livraisons. »
Si l’entreprise a progressé en prévention des risques professionnels, elle ne se repose pas sur ses lauriers pour autant. Afin de faire grandir et de maintenir cette culture naissante, des quarts d’heure de sécurité animés par Aurélie ou des intervenants de l’OPPBTP, sont régulièrement organisés.
L'APPUI DU SERVICE DE PRÉVENTION ET DE SANTÉ AU TRAVAIL
La société Benoît-Coujour, en plus de l’accompagnement de la Carsat Nord-Est, bénéficie aussi du soutien d’une médecin du travail qui lui a rendu visite pour établir la fiche d’entreprise qui doit permettre à la professionnelle de santé d’assurer le suivi des salariés. « Elle nous donne des conseils, notamment pour réduire l’exposition au risque chimique, raconte Aurélie Coujour, codirigeante. Elle nous a par exemple recommandé l’utilisation de cottes jetables pour les réalisations d’enduit de façade qui nécessitent le recours à des produits toxiques. Cela me semble intéressant, mais je ne sais pas encore si nous pourrons nous permettre cette dépense conséquente tout de suite. Nous venons de faire de gros investissements avec les bases vie mobiles et l’échafaudage MDS… Nous ne pouvons pas tout faire en même temps ! Mais nous comptons bien nous améliorer en continu. »