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Sécuriser les premiers pas en entreprise

Quand des apprentis bénéficient d’un accompagnement sur mesure

Le site Egger de Rion-des-Landes, spécialisé dans la fabrication de panneaux de particules, accueille de très nombreux jeunes en formation chaque année. Tout au long de leur cursus, l’entreprise n’a de cesse d’accompagner leur apprentissage en sécurité, et de les amener à intégrer l’entreprise.

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Delphine Vaudoux - 24/03/2026
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Vue d'une situation de travail dans l'entreprise Egger.

« Egger est une entreprise familiale, autrichienne. Et les Autrichiens accordent une grande importance à la formation en alternance… », explique d’emblée Laurent Cossin, le directeur industriel du site Egger de Rion-des-Landes, dans les Landes. Ce site de 50 ha, qui produit chaque année 600 000 m3 de panneaux de particules et emploie plus de 560 personnes, accueille, en 2026, 39 apprentis, de la 2nde de bac pro à l’ingénieur. Et pour ces jeunes, âgés de 16 à 30 ans, l’entreprise ne lésine pas sur les moyens.

Ils s’appellent Noha, Nathanaël, Léo, ou encore Thibault, et sont en alternance, en bac pro, en BTS ou BUT. Ils apprennent leur métier de conducteur de ligne, d'électricien, ou encore de mécanicien. Un cursus au cours duquel l’apprentissage métier occupe une place importante, tout comme la sécurité. « On commence souvent par les faire venir en stage découverte d’une semaine, quand ils sont au collège en 4e, dans le cadre du Pass’métier de la CCI des Landes, ou du stage de 3e », explique Olwen Le Guével, chargée de développement RH.

UN LOGEMENT À RION-DES-LANDES

La ville de Rion-des-Landes a installé des bungalows destinés aux jeunes, qu’ils soient en stage, apprentis ou saisonniers. Egger a conclu un partenariat permettant d’en faire bénéficier ceux qui ne pourraient pas se loger ou auraient des difficultés pour se déplacer. L’entreprise prend en charge le loyer pour les mineurs, et y participe pour les majeurs.

À l’issue de ce stage, elle évalue leur intérêt pour l’entreprise, mais aussi leur comportement, leur compréhension et le respect des règles de sécurité. Si cette première semaine s’avère concluante, et que la personne souhaite faire son apprentissage, ou un stage, au sein de l’entreprise, elle suit le même parcours de recrutement que tout postulant à un emploi du groupe. Jean-Luc Bellegarde, chef du service électrique et automatisme et tuteur de Nathanaël, s’amuse à compter le nombre d’apprentis qu’il a dans son service : neuf, sur la quarantaine de personnes dédiées à la maintenance électrique. Les profils vont du bac pro à l’ingénieur.

« Tous suivent, dès leur arrivée, les deux jours d’intégration, commente Bénédicte Akouloff, responsable sécurité-environnement, elle-même entrée chez Egger en apprentissage, il y a 19 ans. Pour ma part, j’interviens pendant 2 h 30 sur la sécurité. » Car les risques sont nombreux au sein du site : les machines en mouvement constituent le plus important. « Il y a quelques années, souligne Jean-Luc Bellegarde, un accident grave a eu pour conséquence de nous faire revoir toute la politique de consignation du site. Depuis, les standards de consignation du groupe sont devenus ceux qui ont été élaborés ici. »

Un tuteur pour expliquer les risques du métier

Les autres principaux risques identifiés sont les suivants : ceux liés aux circulations – avec 80 camions venant charger tous les jours –, l’incendie-explosion ; mais aussi le bruit ; les poussières ; et le formaldéhyde présent dans la colle. Pour rendre son intervention ludique, Bénédicte Akouloff n’hésite pas à proposer une chasse aux risques ou une enquête accident aux nouveaux venus. Des modules qu’elle reproposera, régulièrement, au cours de la formation des apprentis.

UNE CHASSE AUX RISQUES

Bénédicte Akouloff propose une chasse aux risques à deux apprentis. Devant une planche de BD d'un site industriel, elle les sollicite : « Mettez des pions rouges là où vous avez repéré des risques. » Noha, en alternance depuis trois ans dans l’entreprise, positionne très vite les premiers pions. En BTS pilotage des procédés, il connaît bien le site. Bénédicte Akouloff leur demande d’identifier les mesures à prendre, à l’aide de pions bleus. « Là, il peut se couper les doigts, remarque le second apprenti. Il doit porter des gants. » « Et maintenant, vous positionnez les pions verts pour les situations auxquelles vous pouvez être confrontés dans le cadre de votre travail. » La chasse aux risques a duré moins de quinze minutes, mais elle aura permis d’identifier une vingtaine de risques ainsi que les solutions à mettre en place.

Chaque apprenti a son tuteur désigné. « Le tuteur prend le soin, dans les premiers jours de son apprenti au sein de l'entreprise, de lui expliquer les risques de son poste, remarque Jean-Luc Bellegarde, en lui déroulant le document unique du poste. » À l’issue de cette présentation, l’apprenti devra signer un document prouvant qu’il a bien compris les risques. Une fois intégrés, les jeunes peuvent passer quatre-cinq mois sur une plate-forme de formation, un grand plateau de 200 m2 scindé en deux parties : l’une dédiée à l’électricité, l’autre à la mécanique, pour apprendre sans risque. Tout proche, une salle de formation sert à la partie théorique. « Tous les sites d’Egger sont dotés de ces espaces », remarque Christophe Proust, formateur maintenance mécanique. « C’est particulièrement intéressant et bien fait, souligne Jean-Christophe Robin, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine. Les jeunes peuvent ainsi évoluer et être formés en toute sécurité. »

Sur la plate-forme de formation, chaque apprenti dispose d’un tiroir, pour ranger ses outils. « La première chose qu’on leur apprend, c’est à les reconnaître, explique Christophe Proust. On leur apprend aussi à lire des plans, à découvrir les composants et à chercher les pannes. » « Lorsque je suis arrivé, la première année, j’ai passé quatre mois dans cette salle de formation, et ça m’a bien aidé pour débuter dans mon apprentissage », témoigne Nathanaël Juzans, en terminale bac pro maintenance des systèmes de production connectés au CFA de Morcenx.

Un accompagnement tout au long du parcours de l'apprenti

Les apprentis ont une période d’essai de 45 jours sur site. À mi-parcours, leur tuteur, le coordinateur d’apprentissage et les RH étudient leur profil, en remplissant une grille évaluant leur comportement, la qualité de leur travail, et le respect de la sécurité. Si des écarts sont observés, comme le non-port des EPI, le tuteur fait un point avec le jeune. « S’il n’y a pas de progrès, un rappel peut être fait, voire une rupture de la période d’essai », insiste Olwen Le Guével. À l’issue de sa période d’essai, l’apprenti doit faire un rapport d’étonnement, comportant un volet sur la sécurité. « C’est toujours intéressant d’avoir un œil neuf sur ce sujet », remarque la responsable sécurité-environnement.

Vue d'une situation de travail dans l'entreprise Egger.

Tout au long de leur cursus, les apprentis sont accompagnés, et des évaluations semestrielles organisées. Ils peuvent recevoir une prime semestrielle qui sera supprimée si trop de manquements à la sécurité ont été identifiés. S’ils sont en mécanique, ils suivent une formation complémentaire au soudage, à raison de 18 journées par an. « Notre site fonctionne en 5 x 8, 365 jours par an. En journée, il y a trente mécaniciens. Mais entre 17 h et 8 h, il n’y en a qu’un. Il doit donc savoir faire face à beaucoup de situations », remarque Christophe Proust. Cette formation se déroule dans un local dédié. Elle permet aux jeunes de se perfectionner et, surtout, de se former aux exigences d’Egger. « J’ai pu passer ainsi des qualifications de soudage », renchérit Noha Gauthier.

Cette politique à destination des jeunes semble porter ses fruits. La preuve : les chiffres de leur sinistralité ne sont pas supérieurs à celle du reste des salariés du site et le taux de rétention (qui consiste à évaluer le pourcentage de jeunes formés intégrant Egger) atteint 80 %. Des signes qui ne trompent pas.

EGGER, 22 SITES DE PAR LE MONDE

Le mot groupe prend tout son sens chez Egger. Ainsi, les machines sont identiques sur tous les sites, de façon à pouvoir faire intervenir une personne d’un autre site. « On a déjà envoyé des personnes de Rion-des-Landes sur d’autres sites, à l’étranger, pour prêter main-forte », remarque Jean-Luc Bellegarde. En septembre prochain, le groupe va organiser une « master class » ouverte à de jeunes techniciens de moins de trente ans. Il s’agira de faire monter en compétences, en trois fois un mois, une personne de chaque site sur un sujet commun – la maintenance mécanique –, afin d’acquérir des compétences communes.

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