C’est un grand jeune homme de 18 ans. Il est apprenti chez Lingenheld, à Oberschaeffolsheim, dans le Bas-Rhin, il s’appelle Vincent, et à cause de lui, un homme est mort. Virtuellement mort. Enseveli sous un amas de terre sur un chantier à cause d’un défaut de blindage d’une tranchée. Cette scène n’a jamais eu lieu dans la réalité, Vincent l’a vécue, équipé d’un casque de réalité virtuelle (RV), dans une salle des locaux du groupe de Lingenheld pôle travaux publics qui l’emploie. Le dispositif, dont l’entreprise s’est dotée en 2021, est utilisé pour la sensibilisation des apprentis aux risques professionnels liés aux chantiers sur lesquels ils sont amenés à travailler.
« Nous avons une trentaine d’apprentis par an, dont 80 % évoluent dans notre pôle travaux publics et donc en permanence sur des chantiers, explique Laurence Bohn, la responsable QSE (qualité, sécurité, environnement). Leur sécurité est une véritable préoccupation, d’autant qu’il s’agit d’une population à fort risque d’accidents. » Aux dires de la responsable QSE, l’année 2024 n’a d’ailleurs pas été bonne en termes de sinistralité. « Essentiellement des chutes de plain-pied », précise-t-elle.
Une mise en situation pour mieux prévenir les risques sur les chantiers
Le dispositif de réalité virtuelle vient compléter un accueil des apprentis bien rodé. Chaque année, entre autres, avant leur arrivée dans l’entreprise, ces derniers bénéficient d’une journée d’intégration. Au programme : découverte de l’entreprise, des métiers et focus sur la sécurité. « L’idéal serait qu’on profite de ce moment pour les faire bénéficier tous du dispositif, mais le temps nous manque », indique Hélène Alard, l’adjointe de Laurence Bohn. Résultat, les deux femmes sont amenées à mettre en œuvre leurs appareils de RV lors des visites de chantier qu’elles effectuent chacune de leur côté tout au long de l’année.
« Le problème, ce sont les contraintes techniques : il faut un peu de place puisque le jeune équipé de son casque peut avoir à se mouvoir, et la luminosité extérieure peut limiter la vision au niveau de l’appareil, explique Laurence Bohn. Nous devons réaliser ces accueils dans nos bases vie où la place est restreinte. » Ce souci de logistique réglé, le jeune collaborateur équipé du casque de RV se retrouve immergé au milieu d’un vaste chantier aux graphismes bluffants de réalisme. Tout y est, les engins, la coactivité, les machines, l’ambiance sonore, tout pour avoir la sensation d’être dans le vrai monde.
La réalité virtuelle pour former un public jeune
Au cours de son évolution, le jeune homme est guidé par une des deux préventrices qui suit l’opération sur un téléphone portable. Dès lors, il est confronté à des situations de travail diverses, parsemées de dangers, et régulièrement interrogé sur des actions à réaliser. Toute erreur peut être sanctionnée par un accident sur sa propre personne ou sur un collègue. « Nous bénéficions d’une vingtaine de scènes et mises en situation, décrit Laurence Bohn, ce qui permet de varier les exercices. » À la fin, la responsable QSE ou son adjointe reviennent sur les points de blocage rencontrés et reprennent les notions essentielles de sécurité qui n’auront pas été respectées.
« Nous nous adressons à un public jeune pour qui la réalité virtuelle, au caractère ludique indéniable, est parfaitement adaptée », explique Hélène Alard. Ces mises en situation très réalistes permettent une réelle implication du jeune utilisateur et une prise de conscience pleine et entière des risques sur un chantier. « Même si nous sommes sensibilisés en permanence aux dangers par nos chefs de chantiers et à l’école, il y a parfois des oublis et cet appareil est génial pour se rendre compte que des choses peuvent nous échapper », raconte timidement Vincent.
L’objectif de cette technologie développée par une entreprise locale est double : permettre une sensibilisation de l’utilisateur à des risques parfois ignorés et mettre le doigt sur des problématiques non maîtrisées. Pour autant il n’est pas question de rendre l’apprenti responsable de sa propre sécurité et de celle de ses collègues. « Nous restons en étroite collaboration avec nos chefs de chantier et conducteurs de travaux afin d’identifier les risques chantier et les potentiels points à développer auprès de la population d’apprentis », indique la responsable QSE. Les deux femmes les réunissent d’ailleurs tous les ans pour une journée sécurité depuis 2023. « Ils sont demandeurs de la mise en application du dispositif, ça vient parfaitement compléter la formation qu’ils dispensent au quotidien », conclut-elle.