Travail & Sécurité. Pourquoi votre SPSTI accorde-t-il une importance particulière à la prévention des risques professionnels chez les jeunes travailleurs ?
Dr Hervé Baudelocque. Les jeunes ont davantage d’accidents que la moyenne des autres salariés. Plusieurs facteurs expliquent cette sur-accidentalité : une faible expérience professionnelle, une conscience insuffisante du danger, ainsi qu’une méconnaissance de la prévention des risques profes-sionnels liés à cette nouvelle activité. S’y ajoute un sentiment d’invulnérabilité très marqué. Cette perception, combinée à la volonté de bien faire ou de faire ses preuves, augmente le risque d’ac-cidents. La lutte contre les accidents du travail était inscrite dans les orientations du Plan régional santé au travail (PRST 4) d’Île-de-France, qui fait de la culture de prévention chez les jeunes en activité un axe stratégique.
Quelles actions menez-vous pour sensibiliser ce public spécifique ?
Dr H. B. Nous avons lancé des initiatives, à différentes étapes de la formation et de la vie professionnelle des jeunes. Nous intervenons notamment dans le cadre du Master Gestion des ressources humaines du Ciffop (Grande école universitaire des métiers RH) à l’Université Paris-Panthéon-Assas. Les étudiants sont en alternance dans des entreprises de secteurs divers, établissements bancaires, entreprises de conseil… Nous contribuons à un séminaire qui traite de la santé mentale, des risques psycho-sociaux et des clés pour un management de qualité. Ces étudiants bénéficient également, en master 2, d’un module de 12 heures consacré à la prévention, durant lequel leur sont présentés notamment le rôle des services de prévention et de santé au travail (SPST), les différents acteurs publics, le document unique d’évaluation des risques professionnels et des outils concrets sur lesquels s’appuyer pour mettre en place une démarche de prévention efficace. C’est stratégique car ces jeunes sont les managers et DRH de demain. Ils auront donc un rôle à jouer dans la prévention des risques professionnels dans les entreprises qu’ils rejoindront par la suite.
Vous êtes également présents dans les filières professionnelles ?
Dr H. B. Nous menons une action plus institutionnelle avec la Drieets (direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) auprès de nos CFA (centres de formation des apprentis) adhérents. Nous avons participé à des actions collectives, comme un webinaire régional consacré à la santé et à la sécurité, afin de rappeler les outils existants et le rôle que peuvent jouer les SPST auprès des apprentis, des tuteurs et des équipes pédagogiques. Les SPST occupent une place stratégique : nous rencontrons les apprentis et les jeunes salariés dans les premiers mois de leur prise de poste. Ces temps d’échanges permettent d’initier ou de renforcer les messages de prévention, de les orienter vers des ressources adaptées (livret d’accueil pour le tuteur, mémentos apprenti, modules de e-learning…), et de compléter les actions menées par l’employeur. Notre connaissance fine du terrain fait que nous proposons des conseils concrets et opérationnels, en lien direct avec les situations de travail. C’est le bon moment pour sensibiliser les jeunes car ils ont encore un pied dans l’enseignement et déjà un pied dans l’entreprise, souvent accompagnés par un tuteur. Ils sont donc plus réceptifs aux messages de prévention.
Comment agissez-vous avec les entreprises ?
Dr H. B. Nous avons noué un partenariat avec le Fonds d’action sociale du travail temporaire (Fastt) pour mener des actions de sensibilisation à destination des intérimaires. Ce public n’est pas uniquement constitué de jeunes travailleurs, mais leur proportion est importante. Dans ce cadre, nous avons réalisé un kit de prévention pour les intérimaires et nous travaillons actuellement à l’élaboration de supports spécifiques pour les apprentis et les nouveaux embauchés. Lors d’interventions en entreprise, souvent sous forme d’ateliers d’une demi-journée, nous abordons des thématiques concrètes comme les troubles musculosquelettiques ou les risques spécifiques à différents métiers. Nous utilisons notamment des casques de réalité virtuelle, qui permettent des mises en situation immersives. Cette technologie est prisée par les jeunes générations.
Faut-il adapter le discours et les supports de prévention pour sensibiliser les jeunes ?
Dr H. B. Il est indispensable d’adapter à la fois le fond et la forme. Les jeunes sont plus réceptifs à des formats courts, visuels, ludiques et interactifs. Les mises en situation, les vidéos, les quiz, les outils immer-sifs comme la réalité virtuelle permettent de vivre l’expérience du risque sans y être exposé. Il faut également investir les canaux qu’ils utilisent au quotidien, notamment les réseaux sociaux
DES FUTURS DRH SENSIBILISÉS AUX RPS PAR LE THÉÂTRE
Chaque année, les étudiants en master de gestion des ressources humaines du CIFFOP, de l’Université Paris-Panthéon-Assas, assistent à un séminaire de deux jours, consacré à des grands enjeux du monde du travail. Après une édition 2025 dédiée à l’inclusion des travailleurs handicapés, l’édition 2026 portait sur la santé mentale. Dans un premier temps, la cinquantaine d’étudiants a d’abord assisté à des tables rondes réunissant universitaires, médecins de services de prévention et de santé au travail, psychologues du travail, syndicalistes et DRH. L’occasion de revenir sur les risques psychosociaux (RPS), d’explorer les responsabilités respectives des employeurs, managers et RH, et d’identifier des leviers d’action pour une prévention cohérente et partagée. Après la théorie, place à la pratique : lors de la seconde journée, les étudiants, par petits groupes, accompagnés par des professionnels du théâtre, ont effectué des jeux de rôle et créer des saynètes en lien avec les thématiques ayant émergé lors des débats de la veille. Parmi les sujets retenus : l’articulation entre l’individuel et le collectif, les pratiques managériales ou encore le dialogue social. « La meilleure façon de connaître un sujet c’est de s’y confronter de manière directe, explique Quentin Lefèbvre, Maître de conférences en sciences de gestion et organisateur du séminaire. Ces ateliers basés sur l’interaction ont une dimension ludique, mais permettent d’aborder des sujets sérieux en favorisant l’engagement. Si une minorité s’empare du sujet et agissent, une fois en entreprise, c’est gagné. » Ce séminaire vient compléter les notions de santé et sécurité au travail distillées viadifférents cours en master 1 et 2. « Nous souhaitons équiper nos étudiants, qui sont tous apprentis en alternance en entreprise, afin qu’ils acquièrent une culture de la prévention, souligne Pierre Blondet, Maître de conférences en sciences de gestion et directeur du Master 1 GRH et relations du travail au CIFFOP. Ils sont amenés, dans leur futur métier, à avoir des responsabilités dans l’organisation. Qu’ils rejoignent de grandes entreprises ou plus petites, comme des structures de l’économie sociale ou solidaire ou des startup où les salariés sont parfois très engagés, mais exposés à des déséquilibres entre vie professionnelle et personnelle, ils doivent être préparés à identifier et prévenir les RPS. »