Travail & Sécurité. Votre entreprise de transport et de logistique emploie près de 775 salariés sur toute la France et compte dans ses rangs chaque année une vingtaine d'alternants en études supérieures, pour lesquels vous avez créé un parcours spécifique d'accompagnement. Pourquoi un tel dispositif ?
Émeline Bourgaud. En 2021, la direction a souhaité mettre en place une académie en interne pour répondre à un triple objectif : d’abord, revoir l’intégration des nouveaux embauchés, tous profils confondus (métiers de la logistique et du transport, fonctions supports…), proposer des formations sur mesure pour nos métiers dits « majeurs » pour lesquels nous constatons des difficultés de recrutement (caristes-manutentionnaires, assistants logistiques et affréteurs-exploitants), mais aussi, donc, mieux accompagner nos alternants. Cela fait partie d’un projet plus global de restructuration du parcours de formation de nos collaborateurs, afin de s’adapter au mieux aux besoins de l’entreprise et aux réalités du secteur. À travers ce programme, notre volonté est de fidéliser et de conserver nos futurs talents.
En quoi consiste ce programme ?
É. B. L’idée est de faire le pont entre ce que les jeunes apprennent à l’école et ce qu’ils vont expérimenter sur le terrain. Pendant trois semaines, à raison d’une semaine tous les deux mois, nos alternants, quel que soit leur profil, en provenance de toute la France, sont réunis à l’académie, sur le site de Bourgbarré (Ille-et-Vilaine). Les promotions se composent de dix personnes maximum. Le programme a été co-construit sur mesure en interne, avec des directeurs d’agences, managers de proximité, anciens alternants… La première semaine est consacrée à l’intégration, avec la découverte de tous les métiers du groupe, la deuxième à l’évolution, c’est-à-dire aux compétences métiers de chacun, et la dernière à la communication, pour développer leur aptitude à la prise de parole.
REPÈRES
Le Roy Logistique, créé en 1947, compte 40 entrepôts et plates-formes répartis dans toute la France, regroupant près de 775 salariés.
Quelle place occupe la prévention des risques professionnels dans ce dispositif ?
É. B. Elle est intégrée à plusieurs étapes. La première semaine, on présente les différents services de l’entreprise – du marketing à la logistique – et on aborde les aspects de sécurité associés. Pour illustrer plus concrètement les métiers, les alternants font la visite de l’entrepôt de Bourgbarré. À cette occasion, ils passent un temps dans le « Dojo ». Il s'agit d'un espace dédié à l’apprentissage, aménagé au plus près de l’activité, au cœur de l'entrepôt. C’est une structure cartonnée, modulaire et mobile avec des visuels créés sur mesure. Ils découvrent alors « La Roue de la sécurité », une infographie qui reprend les principaux risques auxquels les opérateurs peuvent être exposés dans l’entrepôt, les règles de sécurité à respecter, la marche à suivre en cas d’urgence ou d’évacuation… D’autres illustrations abordent l’hygiène des mains ainsi que les règles de circulation sur le site, pour éviter les collisions engins-piétons. Enfin, « Le Miroir des EPI » permet, en se regardant dans une glace, de s’assurer qu’on porte bien tous les équipements de protection. Pendant la deuxième semaine, une autre visite est prévue sur l’un de nos sites industriels de recon-ditionnement de palettes. C’est l’occasion d’aborder le risque machines – les opérateurs uti-lisent des équipements de levage pour manipuler les palettes – et de découvrir d’autres EPI spécifiques à cette activité (casques, gants, lunettes…). Une partie de la formation est également consacrée aux troubles musculosquelettiques, leurs causes multifactorielles, les mesures de prévention à mettre en œuvre et, en bonus, quelques exercices d’éveil musculaire.
Comment avez-vous adapté les supports de formation à ce jeune public ?
É. B. Pour toutes nos formations, quel que soit l’âge des apprenants, nous utilisons la méthode DISC, qui consiste à adapter sa communication en fonction du profil de son interlocuteur, et sur les « 3 A » : l’appel, l’apport et l’ancrage. On va d’abord sonder les connaissances de l’alternant sur le sujet grâce à un dispositif ludique – quiz, jeu… – puis, en fonction de ses réponses, on va compléter ses acquis en apportant du contenu, via des présentations ou des e-learnings. Et on termine par ancrer ce qu’il a appris par une mise en pratique, par exemple, ou un nouveau quiz. Le fait que les alternants soient organisés en promotions de différents métiers favorise aussi le partage d’expériences et les retours de terrain sur tous les sujets, notamment la santé et sécurité au travail.
De retour sur site, est-ce que la sensibilisation se poursuit ?
É. B. Le groupe compte treize animateurs QHSE (NDLR : qualité, hygiène, sécurité, environnement) couvrant tous les sites. Ce sont eux qui prennent le relais dans les agences en proposant régulièrement des actions sur la santé et sécurité au travail auprès de tous nos collaborateurs, alternants compris. Le service de prévention et de santé au travail joue aussi un rôle avec des rendez-vous thématiques. Récemment, il a proposé un atelier sur les bonnes pratiques en cas de travail sur écran. Ce qui est intéressant avec ce dispositif dédié aux alternants, c’est que les jeunes eux-mêmes deviennent des ambassadeurs dans les agences dans lesquelles ils travaillent. Quand ils reviennent sur site, ils peuvent partager ce qu’ils ont appris avec leur maître d’apprentissage et leurs collègues. Ils sont, eux aussi, des vecteurs de transmission qui participent à développer la culture de prévention dans l’entreprise.