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Sécuriser les premiers pas en entreprise

Former, accompagner, répéter : un parcours dédié aux alternants dans le BTP

Dans le secteur du BTP, la formation à la prévention des risques professionnels est essentielle pour sécuriser les parcours des alternants. Au sein du groupe NGE, un centre de formation doté d’un plateau technique permet aux jeunes de s’exercer en conditions proches du réel avant leur arrivée sur chantier, avec un accompagnement progressif par des tuteurs expérimentés. 

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Corinne Soulay - 24/03/2026
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Vue d'une situation de travail chez NGE.

La manœuvre est délicate. Un jeune d’une vingtaine d’années est aux commandes d’un imposant chariot élévateur télescopique, qu’il doit monter sur un porte-engin. Avant de débuter, il réalise un contrôle complet : état de la remorque, dimensions de la rampe, poids maximal autorisé… Puis, il s’engage, à vitesse lente et constante. Quelques minutes plus tard, le chariot est juché sur le porte-engin : mission accomplie, dans les conditions du réel... ou presque. Car autour, l’immense chantier est quasiment vide, donc sans coactivité. Et pendant toute l’opération, le conducteur a bénéficié des conseils d’un formateur, à proximité. Bienvenue sur le plateau technique du centre de formation « Plate Forme », du groupe NGE à Saint-Étienne-du-Grès (Bouches-du-Rhône).

« Chaque année, 9 000 collaborateurs sont formés ici ou dans nos sept autres centres en France, explique Cédric Rassis, le directeur du centre. Ils suivent des formations réglementaires en prévention (habilitations électriques, sauveteurs secouristes du travail, Caces…), des formations professionnalisantes et d’autres en management. » Parmi eux, ils sont 250 alternants environ à préparer un titre professionnel. « Nous sommes reconnus CFA depuis 2019, précise Cédric Rassis. Nous formons à différents métiers, en fonction des besoins du groupe, comme des maçons VRD, des coffreurs bancheurs, des canalisateurs… Nos alternants sont pour la plupart en insertion professionnelle. C’est un public éloigné de l’emploi, découvrant le BTP et qui, en très grande majorité, a moins de 26 ans. Les premières semaines consistent essentiellement à les sensibiliser à la santé et la sécurité au travail. »

Débute ensuite l’alternance entre Plate Forme et les chantiers NGE, selon un rythme de trois semaines en formation et trois mois sur le terrain. Au centre, les apprenants alternent, par groupes de douze maximum, cours théoriques en salle, et mises en pratique sur le plateau technique de quatre hectares. « Même en cours, nous essayons d’être le plus concret possible, avec des photos, des jeux…, souligne Ludovic Labois, formateur référent pour les titres professionnels. Nous disposons aussi d’un simulateur d’engin, pour une première expérience en toute sécurité avant la vraie prise en main. »

En immersion sur plateau technique : apprendre les gestes professionnels en toute sécurité

Sur le plateau technique, à deux pas de la salle de formation, EPI exigés. « Ils sont comme sur un vrai chantier donc sont de mise le port du casque, des chaussures de sécurité, des lunettes de protection, des bouchons d’oreilles, des gants, des veste et pantalon réfléchissants, mais également le respect des règles de circulation », insiste le formateur. Le terrain est partagé en plusieurs zones où les apprenants se livrent à divers exercices : terrassement, réalisation de tranchées, pose de gaines, conduite d’engin… Un bâtiment reproduit également les conditions de travail en espace confiné. « On essaie de les mettre dans les configurations du réel, résume Nicolas Faïsse, formateur-testeur référent. Sauf qu’on module notre discours : avec les jeunes, il faut détailler les consignes, s’assurer qu’ils ont bien compris, car certains ont des problèmes de compréhension et surtout d’attention, liés notamment au téléphone portable. »

À une extrémité du plateau, une dernière zone est dédiée à une chasse aux risques grandeur nature. « Les apprenants doivent repérer ce qui ne va pas, schématise Ludovic Labois. Un échafaudage sans plinthe, des objets en bordure de tranchée, du matériel au sol… » La formation semble pour le moins exhaustive. Néanmoins, une fois en entreprise, les apprenants ne sont pas livrés à eux-mêmes : ils sont accompagnés par des tuteurs, ayant suivi une formation en interne.

Apprendre à observer les situations à risque sur les chantiers

Pour mieux comprendre ce dispositif, cap sur Avignon, à 23 km. Ce matin, cinq compagnons interviennent sur un chantier de canalisations, dans le quartier historique, à quelques encablures du Palais des Papes. Parmi eux, Andrea Petit, 22 ans, reconnaissable à son casque bleu. « Cet EPI indique aux autres que je suis un nouvel arrivant, afin qu’ils soient plus vigilants », explique l’alternant, en licence professionnelle de chef de chantier. Andrea Petit est en formation à l’IFTP de Nîmes, pas à Plate Forme, et il bénéficie aussi d’un tuteur, Thomas Lelorrain, 35 ans, conducteur de travaux, qui se tient à ses côtés.

Vue d'une situation de travail chez NGE.

Andrea et Thomas se voient tous les jours pour évoquer les tâches à réaliser, les difficultés rencontrées… Un temps d’échange plus formel est également organisé à chaque retour en entreprise, après une période passée à l’école. « La place de la prévention est centrale dans nos interactions, note le tuteur. J’insiste en particulier sur les six “règles vitales” communes à tous les chantiers de NGE. Andrea se rend sur plusieurs chantiers dans une journée et nos équipes interviennent souvent en urgence dans des endroits qu’elles découvrent. C’est important, en tant que futur chef de chantier, qu’il apprenne à observer l’environnement de travail, repérer les situations à risque et mettre en place les mesures adaptées. »

LES SIX RÈGLES VITALES DU GROUPE

Au quotidien, le groupe NGE communique particulièrement sur six « règles vitales » pour réduire des risques identifiés comme fréquents et sources d’accidents sur les chantiers du groupe : porter la ceinture de sécurité dans tous les véhicules et les engins équipés ; se tenir à distance de la zone d’évolution de la charge ; travailler dans des fouilles et tranchées blindées ou talutées ; se tenir éloigné des angles morts des engins et véhicules ; s’assurer de bénéficier de protections collectives et individuelles en cas de travail en hauteur ; et stabiliser les banches et les éléments préfabriqués avant de retirer un élingage. Ces règles sont affichées sur tous les chantiers et rappelées régulièrement aux compagnons via différents biais : quart d’heure sécurité, magazine interne, réseaux sociaux… Et, même sous la forme d'un rap, créé à destination du jeune public.

Le chantier d’Avignon, qui consiste à changer 160 branchements en quatre mois, avant l’arrivée des premiers estivants, présente justement plusieurs contraintes. « Les travaux se déroulent en centre-ville, détaille Thomas Lelorrain. Les compagnons travaillent dans un espace restreint, avec des piétons, de la voirie, et l’obligation parfois de mettre en place une signalisation pour dévier la circulation. Il y a aussi des contraintes liées au patrimoine, qui nécessitent d’adapter nos process. »

Répéter les gestes et consignes pour adopter le réflexe prévention

Comme chaque jour, la prise de poste débute par un brief baptisé « les cinq premières minutes ». Cette fois, Andrea observe, mais il sera bientôt amené à animer cette séquence. Debout devant la base vie, les yeux rivés sur un tableau avec les tâches de la journée, les compagnons écoutent le chef de chantier leur rappeler les mesures à mettre en œuvre, notamment l’installation de cônes, de barrières et de passerelles pour sécuriser l’espace de travail. Andrea et son tuteur font ensuite le tour des postes pour s’assurer que les compagnons travaillent en sécurité. « Il faut s’assurer que les tranchées excédant 1,30 m de profondeur sont renforcées soit par blindage, soit par boisage manuel », indique le tuteur à son apprenant.

Sa technique pour favoriser l’apprentissage ? « Répéter, répéter… Et faire faire, insiste-t-il. On est face à une génération qui veut aller vite, faire les choses seule. C’est important de savoir les canaliser et de leur montrer le chemin. Pour ça, c’est nécessaire d’être sur les chantiers avec eux. » Ce suivi au quotidien a permis de créer une relation de confiance : « Quand j’ai un doute sur une décision à prendre, je n’hésite pas à demander conseil à Thomas », assure l’alternant. Un accompagnement voué à s’inscrire dans la durée. « Dans le cadre de sa formation, je suis censé le suivre un an. Mais s’il est embauché après, je continuerai pendant au moins une année de plus, confie Thomas Lelorrain. Pour moi, c’est la durée minimale pour que la culture de prévention soit vraiment acquise. »

MULTIPLIER LES CANAUX DE SENSIBILISATION

Pour développer la culture prévention, le groupe mise sur différents canaux. Sur les chantiers, des éveils musculaires sont organisés chaque matin avant la prise de poste et différents briefs sécurité (« 5 premières minutes », quotidiennement, « quarts d’heure sécurité » plusieurs fois par mois) permettent d’alerter sur des situations à risque ou de revenir sur des accidents ou presqu’accidents qui se sont produits dans les chantiers du groupe. Dans les bases vie, des affiches, très visuelles, reviennent sur les règles vitales et d’autres sur des focus liés à la prévention changeant tous les trois mois. Un magazine papier est également envoyé aux compagnons. Pour s’adresser aux jeunes plus spécifiquement, des messages de prévention sont aussi distillés via les réseaux sociaux, Facebook et LinkedIn, mais aussi Tik Tok et Instagram, canaux privilégiés des moins de 25 ans. Les 6 règles vitales ont également été transposées en musique, sous forme d’un rap. 

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