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Sécuriser les premiers pas en entreprise

De la découverte de l'activité à la sensibilisation aux risques chez les jeunes travailleurs

Apprentis, stagiaires ou jeunes diplômés : les jeunes travailleurs sont particulièrement exposés aux risques professionnels lors de leur arrivée en entreprise. Malgré une formation initiale en santé et sécurité au travail (SST) encore inégale, un accueil structuré et une intégration sécurisée sont essentiels pour prévenir les accidents du travail et développer une culture de prévention dès les premiers pas en entreprise.

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Corinne Soulay - 24/03/2026
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Vue d'une situation de travail d'un jeune travailleur.

Ils avaient entre 15 et 17 ans. Cinq mineurs sont morts dans des accidents du travail en France en 2025. Parmi eux, un lycéen de bac pro, écrasé par une poutre métallique dans une usine, et un apprenti, percuté par un engin sur un chantier. Ces drames mettent en lumière la vulnérabilité de cette population encore en formation et, plus globalement, des jeunes travailleurs qui font leurs premiers pas en entreprise. Il est admis que la fréquence des accidents de travail est ainsi deux fois et demie plus élevée chez les moins de 25 ans que pour le reste des salariés. Or, une étude réalisée par l'INRS révèle que les jeunes de moins de 25 ans formés en santé et sécurité au travail (SST) pendant leur scolarité ont deux fois moins d’accidents du travail que les autres.

Pour autant, selon les filières et les établissements, la place consacrée à l’enseignement de la SST reste variable. Dans les voies professionnelle et technologique, du CAP au BTS, par exemple, une convention signée entre le ministère de l'Éducation nationale, la Caisse nationale d’assurance maladie et l’INRS vise à renforcer l’acquisition des compétences en prévention des risques professionnels. Les élèves reçoivent ainsi un enseignement PSE (prévention, santé, environnement) où sont abordées les bases essentielles de la SST : principes généraux de prévention, démarche de prévention… La SST est également intégrée aux enseignements professionnels, formant aux compétences métier.

« L’objectif est de développer la culture de prévention, afin que les élèves apprennent à devenir des acteurs impliqués, à repérer des dangers et proposer des mesures de sécurité adaptées aux situations de travail rencontrées, résume Olivier Macaire, responsable du pôle formation initiale à l’INRS. Un dispositif “Enseigner la santé et sécurité au travail” est mis en œuvre dans chaque académie, en lien avec les Carsat/Cramif/CGSS pour favoriser le développement des compétences des enseignants et des élèves. » Cela se concrétise, par exemple, par des formations dispensées aux enseignants ou des projets pédagogiques, comme au lycée professionnel Jeannette-Guyot de Chalon-sur-Saône, où deux dispositifs financés par la Carsat Bourgogne-Franche-Comté – un escape game et une dalle numérique installée au cœur de l’atelier de menuiserie – permettent de sensibiliser les élèves, de manière interactive, aux risques de leur futur métier.

UN SITE DÉDIÉ AUX JEUNES

Dans le cadre de la sensibilisation des jeunes aux risques professionnels, l'INRS a mis en place un site web dédié : www.mortel-ton-taf.fr. Une websérie en six épisodes met en scène l’humoriste Inès Reg autour d’idées reçues sur les risques professionnels : « Les accidents ça n’arrive qu’aux autres ! », « Bien équipé, il ne peut rien m’arriver », « La prévention, c’est compliqué ! »… Après cette première approche ludique, les internautes peuvent réaliser un autodiagnostic sous forme de quiz ou se rendre sur une page thématique (bruit, produits chimiques, chutes, alcool et drogues, stress, route ou TMS), chacune accueillant une infographie pédagogique, des informations sur les facteurs de risques, les effets sur la santé, les bons interlocuteurs en entreprise et des conseils pratiques.

Dans les Centres de formation des apprentis (CFA), où les jeunes suivent un apprentissage en alternance entre le centre de formation et une entreprise, la SST infuse aussi par le biais de l’enseignement PSE et, de manière plus ou moins approfondie, dans les disciplines technologiques et, selon l’organisation de la prévention, dans les entreprises d’accueil. La situation se révèle plus hétérogène dans l’enseignement supérieur et les cursus préparant aux métiers d’encadrants/managers.

« La place accordée à la SST dépend fortement des établissements, souligne Olivier Macaire. L’INRS et le réseau Assurance maladie-risques professionnels accompagnent de nombreuses écoles d’ingénieurs et de management et, à ce titre, ont initié un partenariat national avec les campus de l’école d’ingénieurs CESI. Nous élaborons ensemble des parcours de formation, en mettant à leur disposition des ressources pédagogiques : modules d’e-learning sur les fondamentaux de la prévention ou les risques chimiques, travaux dirigés, études de cas portant sur la prévention des risques psychosociaux… Mais nous sommes loin de toucher toutes les écoles. » Résultat, si certaines ont bien intégré la SST dans les cours, d’autres effleurent à peine le sujet.

Accueil et intégration des jeunes en entreprise : un levier clé de prévention des risques professionnels

En somme, difficile pour un employeur de savoir quel est le niveau de connaissance en SST d’un jeune nouvellement embauché, qu’il soit encore ou non en formation. D’où la nécessité d’un accueil adapté lors de l’arrivée en entreprise. Pour une intégration en sécurité, premier paramètre à prendre en compte : l’âge. Lorsque le jeune est mineur, des dispositions spécifiques sont prévues par la réglementation. Certains travaux dangereux lui sont ainsi strictement interdits (travaux en hauteur portant sur les arbres, équarrissage, ceux exposant à des actes ou représentations à caractère pornographique ou violent…). D’autres sont soumis à dérogation sous conditions strictes.

EN TOURNÉE POUR SENSIBILISER LES JEUNES INTÉRIMAIRES

Les moins de 25 ans représentent environ un quart des intérimaires. Une proportion significative qui a conduit le Fonds d’Action Sociale du Travail Temporaire (Fastt), association proposant des aides et services à destination des salariés intérimaires, à développer des actions ciblées. Dans le cadre de « Mission Jeunes », un partenariat national avec les services de l’État (DRIEETS), les missions locales, les agences d’emploi, et des services de prévention et de santé au travail, le Fastt propose un accompagnement personnalisé pour lever les freins à l’emploi (mobilité, logement…) ; des actions de mise en relation avec des employeurs et agences d’emploi ; mais également des séquences de sensibilisation autour des risques professionnels. Pour ce faire, des animateurs accueillent les jeunes à bord d’un camion aménagé, surnommé truck « À vous la santé et la sécurité », pour des ateliers pratiques de 25 minutes consacrés à des thématiques variées : pratiques addictives, risque routier, horaires décalés, troubles musculosquelettiques... Les supports pédagogiques privilégient des formats ludiques et concrets à l’instar de chasses aux risques à réaliser sur des planches illustrées ou des tablettes numériques, ou de l’utilisation de lunettes modifiant la perception pour simuler les effets de l’alcool.

Mais, au-delà du cadre réglementaire, que le jeune nouvel embauché soit mineur ou majeur, stagiaire, apprenti ou salarié classique, il convient de mettre en place un dispositif d’accueil et d’intégration structuré afin qu’il soit accompagné dans la découverte de son activité et sensibilisé aux risques auxquels il est susceptible d’être exposé. Certaines entreprises, en particulier les grands groupes, ont formalisé des parcours complets, incluant un volet SST plus ou moins conséquent. Dans l’usine Egger des Landes, qui produit des panneaux dérivés du bois, l’intégration des apprentis se fait ainsi en plusieurs temps : séquences théoriques, formation pratique dans des ateliers dédiés pour apprendre les bonnes pratiques en sécurité, puis immersion progressive en production, aux côtés d’un tuteur.

Le groupe de BTP NGE a, quant à lui, créé une plate-forme de formation dotée d’un plateau technique qui permet aux apprenants d’évoluer en situation de travail réel. En outre, lorsqu’ils sont sur les chantiers, les alternants portent un casque bleu distinctif, signalant leur statut de débutant et incitant à une vigilance accrue des compagnons. Dans le même secteur, Bouygues Construction compte également un centre de formation où sont notamment accueillis les nouveaux embauchés. « Nous cherchons en priorité à les sensibiliser aux six risques identifiés comme majeurs sur nos chantiers, parmi lesquels ceux liés au levage, au travail en hauteur ou les collisions, indique Olivier Dannau, le responsable du service formation interne. J’utilise des vidéos ou photos prises sur nos chantiers et je mets les jeunes le plus possible en situation. Même ceux qui travaillent dans les bureaux seront un jour amenés à visiter un chantier et seront donc exposés aux risques de collision. Plutôt qu’un long discours, je les fais monter dans les engins pour qu’ils se rendent compte de la visibilité des conducteurs. Le « Vis ma vie » est un moyen efficace d’ancrer la prévention. »

Des ressources adaptées aux TPE-PME pour accueillir les jeunes

Mais toutes les structures ne disposent pas des moyens financiers et humains suffisants pour mettre en œuvre de tels dispositifs. Les TPE-PME peuvent néanmoins s’appuyer sur les outils opérationnels développés par l’INRS, en particulier TutoPrév’. « C’est un support basé sur des planches illustrant des situations de travail, adapté pour faire le pont entre la formation initiale et l’entreprise, assure Olivier Macaire. Il permet à l’employeur d’établir un diagnostic du niveau de connaissances en SST du nouvel arrivant et, à partir de là, de proposer des compléments de formation ou un accompagnement spécifique, en créant un parcours d’intégration adapté à sa capacité à identifier les situations à risque. » Pour le Dr Hervé Baudelocque, du SPSTI Efficience Santé au Travail , « ce parcours doit inclure a minima la visite des locaux et la présentation des situations à risque, des consignes de sécurité, la mise à disposition et l’apprentissage des outils de travail et les équipements de protection adaptés au poste, une formation pratique au poste, une formation sécurité renforcée s’il s’agit d’un poste à risque et un suivi régulier des conditions de travail ».

Vue d'une situation de travail d'un jeune travailleur.

Pour compléter le dispositif, l’employeur peut s’appuyer sur des acteurs de la prévention, comme les agents des Carsat/Cramif/CGSS, ou encore les membres des équipes pluridisciplinaires des SPST (IPRP, médecins du travail…), ou les organisations professionnelles, qui pourront l’orienter vers des ressources adaptées. « Pour s’adresser à un public jeune, il est important d’utiliser des supports auxquels ils sont réceptifs : formats courts, visuels, ludiques et interactifs », note le Dr Baudelocque. Livret d’accueil illustré, mise en situation, quiz, chasse aux risques, réalité virtuelle… Autant de modalités favorisant l’appropriation.

Reste une dimension à ne pas sous-estimer : le rôle des tuteurs ou accueillants. Rien de plus concret que l’accompagnement au quotidien par un professionnel expérimenté. Mais le choix de ce dernier ne doit pas être fait au hasard. Cette mission doit être confiée à une personne maîtrisant l’activité et l’organisation de l’entreprise, en particulier l’activité liée à la situation de travail du nouvel embauché. Pour exercer pleinement son rôle, le tuteur doit en outre disposer du temps nécessaire et des outils adaptés, et avoir les compétences suffisantes en santé et sécurité au travail. Certaines Carsat/Cramif/CGSS animent des formations sur ce sujet.

Dernier critère essentiel à prendre en compte, les compétences pédagogiques : le tuteur doit savoir adapter son discours à un public jeune, donner des instructions claires et précises, vérifier la compréhension des consignes, reformuler si nécessaire et instaurer un climat de confiance propice aux questions et à l’expression des doutes… « Donner la parole aux jeunes, instaurer des temps d’échange pour recueillir leur retour d’expérience, permet aussi d’améliorer en continu les démarches de prévention », complète le Dr Baudelocque.

DES ÉTUDIANTS AU SERVICE DES TPE/PME

Pour les étudiants de l’École supérieure de chimie organique et minérale (ESCOM) de Compiègne, la santé et la sécurité au travail, c’est du concret. « Nous intégrons son enseignement surtout dans les trois dernières années du cursus des futurs ingénieurs, explique France Higueres, enseignante et responsable QSE-RSE à l’ESCOM.  Pour ce faire, nous nous basons notamment sur des ressources pédagogiques de l’INRS comme des e-learning ou des études de cas. Nous déployons également des jeux comme « Risk Hour », un outil hybride, créé par la Carsat Hauts-de-France, qui associe jeu de plateau et volet numérique, centré sur l’analyse d’un accident de travail, ou encore « Affreux Jojo », développé par le Centre International de la Pédagogie d’Entreprise (CIPE), qui sensibilise à tous types de risques. » Mais depuis 2021, un nouveau palier a été franchi pour favoriser l’appropriation de la culture de prévention. Pour mettre en pratique les enseignements reçus lors du cours dédié au Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), les étudiants de 5e année suivant l’option Toxicologie, environnement, réglementation et audit (ex QHSE) mènent un projet qui les conduit sur le terrain. « Nous proposons aux TPE et PME de la région de Compiègne (Oise) que nos étudiants les accompagnent dans l’actualisation ou la réalisation de leur DUERP. C’est une offre de service gratuite », dévoile France Higueres. Organisés en binôme ou trinôme, les futurs ingénieurs se rendent dans les entreprises pour effectuer des audits, identifier les situations à risque et élaborer ou mettre à jour le DUERP sur la base de leurs observations. Ils peuvent aussi faire des propositions de solutions techniques ou organisationnelles, en indiquant leur coût, afin de supprimer les risques lorsque c’est possible. Chocolaterie, agence de voyage, garage automobile, société de déménagement… En 2025, 23 structures ont bénéficié de cet accompagnement. « Non seulement cela donne du sens à ce que les étudiants apprennent, dans les cours théoriques, mais cela les prépare aux réalités professionnelles qu’ils rencontreront à la sortie de l’école. »  

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