Ce site est édité par l'INRS

Trop de bruit ambiant ?

Acoustique des locaux : réduire le bruit pour prévenir les risques psychosociaux

Au Clubhouse de Bordeaux, association accueillant des personnes vivant avec des troubles psychiques, le bruit permanent perturbait salariés et membres. L’installation de panneaux acoustiques a permis d’améliorer le confort sonore sans cloisonner les espaces. Des aménagements réalisés avec le soutient de la Carsat Aquitaine.

3 minutes de lecture
Delphine Vaudoux - 02/06/2026
Lien copié
Vue d'une situation de travail en open-space.

« J’ai reçu une demande d’accompagnement atypique en 2024, se remémore Jean-Christophe Dutoya, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine. Elle émanait du Clubhouse de Bordeaux et évoquait “la prévention des risques psychosociaux par le traitement acoustique de ses locaux”. » Intrigué, il se rend sur place et découvre le Clubhouse, une association loi de 1901, qui s’appuie sur un modèle d’insertion né il y a plus de 70 ans aux États-Unis. Avec treize sites en France (sur 353 dans le monde), et de nouveaux prévus prochainement, c’est devenu un acteur essentiel de la santé mentale. « Nous avons trois missions, explique Pascal Berrié, membre - qui est le terme donné aux personnes adhérant et participant au Clubhouse - depuis de nombreuses années. Sortir de l’isolement les membres en situation de handicap psychique, les accompagner vers une réinsertion sociale et professionnelle, et faire changer le regard de la société sur la santé mentale. »

Quand le bruit devient un facteur de risques psychosociaux

Le Clubhouse de Bordeaux a investi ses nouveaux locaux, rue de Tivoli, en 2022, dans un ancien centre de maintenance des tramways. « Ils sont beaucoup plus grands et lumineux que les anciens, et particulièrement adaptés à nos besoins, précise le directeur, Philippe Idiartegaray, avec ses 300 m2 environ de plateau et trois salles fermées ainsi que deux grands bureaux. » Seul problème, rapidement identifié par tous, que ce soit l’un des six salariés ou des 245 membres, le bruit. Important, diffus, permanent. Ici, pas question de cloisonner l’espace, car le collectif est le maître-mot du concept : chacun et tous participent au fonctionnement du lieu.

Sur ce plateau, on se réunit, on discute, on confectionne les repas, on nettoie, on mange, on prépare son insertion, on consulte ses mails, on accueille, on répond au téléphone… « Et le bruit, c’était… intenable, témoigne Ludivine Gatti, chargée d’insertion. Quand on répondait au téléphone, ça dérangeait ceux qui étaient à plusieurs dizaines de mètres. On avait mal à la tête, du mal à se concentrer, on était fatigués, irritables. » Autant de qualificatifs assez incompatibles avec un accueil et un accompagnement de personnes souffrant de troubles psychiques, de type dépression sévère, schizophrénie, ou troubles bipolaires… « Au regard de notre mission, nous nous devons d’être exemplaires en matière de prévention des risques psychosociaux », souligne le directeur. Ce dernier contacte la Carsat et fait évaluer le niveau sonore.

« Les mesures indiquaient un temps de réverbération de 1,42 seconde, évoque Mathieu Le Lostec, contrôleur de sécurité au centre de mesures physiques de la Carsat Centre-Ouest. Dans ce local, les nombreuses surfaces vitrées ne facilitent pas le traitement acoustique. » Mais l’association, qui n’avait pas d’obligation d’agir, décide de le faire. « Il faut dire que certains membres hésitaient à venir, ou restaient moins longtemps, à cause du bruit », témoigne Dominique Ducos, un membre.

Des nuages acoustiques pour préserver l’espace ouvert

Après avoir étudié deux solutions et leur coût, le directeur choisit de faire installer des éléments acoustiques en forme de nuages, sortes de gros coussins accrochés à l’extrémité de câbles fins. « Le premier jour, lorsque je suis arrivée, j’ai trouvé que l’ambiance avait complètement changé, c’était incroyable. Je n’avais pas vu les nuages, mon ressenti était différent », se souvient une membre souhaitant rester anonyme. « J’avais peur que les membres se sentent oppressés, ressentent ces nuages comme pesants ou annonciateurs d’un orage. Et c’est tout le contraire », reconnaît le directeur. « On peut dire que l’on a un peu la tête dans les nuages », approuve un autre membre.

Le fournisseur garantissait une réduction du temps de réverbération par deux : « Les nouvelles mesures le confirment », avoue Mathieu Le Lostec. Très à l’écoute, Philippe Idiartegaray veut poursuivre dans la démarche et engrange les nombreux conseils prodigués par les contrôleurs de sécurité : « Pour garder l’espace ouvert, mais réduire encore le niveau sonore sans engager de grosses dépenses, vous pourriez acheter des cloisons amovibles pour isoler les activités. Vous pourriez aussi, lors de son renouvellement, acheter un lave-vaisselle moins bruyant. Il existe également de la vaisselle 'silencieuse' pour limiter le bruit… »

Preuve supplémentaire de l’efficacité du traitement acoustique, le directeur a renoncé à son bureau individuel et travaille désormais dans l’espace de co-working parmi les membres.

Partager L'article
Lien copié
Les articles du dossier
Trop de bruit ambiant ?

En savoir plus