La gêne liée au bruit ne frappe pas toujours là où on l’attend. Dans ce magasin d’optique, les pics sonores viennent essentiellement… des conversations. « On peut recevoir deux ou trois familles en même temps. Parfois, on se retrouve à une dizaine à parler les uns sur les autres, de plus en plus fort, d’autant que certains clients viennent pour s'équiper de prothèses auditives », constate Agathe Chapon, responsable du magasin Atol de Tinténiac, en Ille-et-Vilaine. À cela s’ajoutent les bruits de chaises traînées sur le sol… Et rapidement, la gêne devient nuisance.
L’enjeu de la réduction du bruit est double : elle participe à l’amélioration des conditions de travail, mais elle touche aussi à la qualité de la relation clients. « Travailler dans un environnement feutré permet de respecter un espace de confidentialité, notamment lorsque sont abordées certaines pathologies », souligne Germain Godard, qui dirige la boutique avec son épouse.
L’établissement compte aujourd’hui cinq salariés. En 2022, sous la précédente direction, la question du bruit émerge alors que le magasin vient d’être refait à neuf, avec la création d’un espace audition. Cloisons en placoplâtre, carrelage au sol, absence de panneaux absorbants… Les choix de l’époque sont tels qu’une forte gêne sonore est ressentie. Elle est liée à la réverbération des bruits générés par l’activité commerciale d’opticien-lunetier.
Poser un diagnostic avant d'agir pour réduire le bruit
« Le Centre interrégional de mesures physiques de l’Ouest (Cimpo) est intervenu avec pour objectif l’identification des sources principales de bruit et la caractérisation de l’acoustique du local, que nous avons qualifié de réverbérant », intervient Didier Aoustin, contrôleur de sécurité à la Carsat Bretagne. La plupart des machines sont peu bruyantes. Mais il y a la meuleuse automatique, pour tailler les verres, dont le niveau sonore approche le seuil d’action réglementaire. Même si elle ne fonctionne jamais en continu et est isolée dans un atelier ouvert, légèrement en retrait de l’espace de vente, son impact reste notable, en raison de l’insonorisation insuffisante du local. Autre source de bruit : le frottement des pieds de chaises sur le carrelage.
TRAVAUX CIBLÉS : MURS ET ENTRÉE
Il y a un an, la première boutique a été cambriolée. Le gérant prévoit de sécuriser l’entrée avec un boîtier à code et d’installer un panneau en tasseaux de bois avec filtre acoustique. Des travaux pour changer les couleurs de l’enseigne vont également avoir lieu. Ils pourraient être l’occasion de poser un panneau derrière la meuleuse automatique, puisque précédemment les efforts ont porté sur le traitement du plafond, pas des murs.
« La prévention des nuisances sonores n’ayant pas été intégrée à la conception, il a fallu intervenir en correctif », souligne Didier Aoustin, qui identifie plusieurs pistes d’amélioration. Pour l’établissement, il est primordial de concilier qualité acoustique et esthétique globale. Une mousse acoustique recouverte d’un tissu technique, adaptée aux établissements recevant du public, est ainsi installée au plafond. « Selon les calculs, 23 m2 de surface recouverte suffisaient à réduire le temps de réverbération 1 de 1,2 seconde à moins de 0,6 seconde », reprend le spécialiste.
La Carsat recommande également la mise en place de patins de chaise adaptés au carrelage, pour limiter le bruit lié à leurs déplacements. Toutes les chaises sont ainsi équipées de ces « chaussettes silencieuses ». Lorsque la nouvelle direction rachète le magasin en 2024, elle décide, après quelques mois d’exploitation, de remplacer les chaises par des modèles plus ergonomiques et plus confortables, dont le rembourrage contribue également à améliorer l’acoustique. L’intégration d’une surface d’absorption sur l'assise et le dossier est une amélioration qui avait été conseillée par la Carsat.
Pour l’arrière du magasin, la pose d’éléments volumiques, comme un totem acoustique au sol, qui agit en tant qu’aire d’absorption, avait été préconisée. Le totem a été acheté mais, trop imposant et peu stable, il n’a jamais trouvé sa place. « Placé côté espace de vente, le totem devait être proche de l’atelier et de la meuleuse, mais il gêne l’accès aux produits et aux présentoirs », explique Morgane Jay-Marin, opticienne. D’autant qu’une colonne de prise de mesures dans la boutique occupe déjà énormément de place. Pour la recherche de solutions, l’établissement s’est rapproché de ses fournisseurs. L’objectif était de traiter à la fois l’espace de vente, l’atelier et le coin enfants. Certaines corrections acoustiques, comme le traitement des murs à l’arrière des présentoirs, n’ont toutefois pas abouti.
Anticiper la problématique du bruit dès la conception
« Sur l’existant, il est souvent compliqué de tout corriger. Alors, lorsqu’il a fallu créer le nouveau magasin Atol Access, à une centaine de mètres, à partir d’une cellule brute, nous avons réfléchi aux bonnes solutions dès la conception », souligne Germain Godard. S’étant lui-même reconverti après plusieurs années passées dans un magasin de vente de bricolage, le dirigeant prête une oreille attentive aux sujets de prévention. Dans cette nouvelle boutique, imaginée pour diversifier l’offre, en mêlant mode et prix attractifs, l’espace est plus grand. La configuration se présente en L et non en carré, toujours avec beaucoup de surface vitrée, mais moins de contraintes aux murs puisque tous les présentoirs sont modulables et sur roulettes.
« Nous avons installé un parquet flottant avec isolant sonore, des dalles acoustiques noires couvrent toute la surface de plafond. Nous pensons également à la mise en place aux murs de panneaux en tasseaux de bois sur fond acoustique », reprend Germain Godard. « J’ai connu le premier magasin avant les aménagements acoustiques, raconte Agathe Chapon. La fatigue et la charge mentale montaient au fil de la journée. Un client malentendant nous l’a confirmé : il n'était pas venu depuis les travaux et a immédiatement ressenti la différence. » L’amélioration semble bien réelle et bénéficie directement à la qualité de service.
UNE SUBVENTION POUR AGIR
Pour le premier magasin, l’entreprise a bénéficié d’une subvention de la Carsat Bretagne pour concevoir ou rénover les locaux de travail : des aides pour le financement de protections collectives contre les chutes de hauteur, les circulations extérieures/la séparation des flux, l’éclairage naturel et l’absorption acoustique des locaux de travail. « L’aide a été conditionnée à un objectif de résultat, contrôlé par le Cimpo, explique Didier Aoustin, contrôleur de sécurité à la Carsat Bretagne. Une nette réduction du temps de réverbération a été confirmée, avec une valeur presque divisée par deux. »