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Trop de bruit ambiant ?

Bruit au travail : des nuisances sonores à ne pas sous-estimer

Même lorsqu’il ne menace pas directement l’audition, le bruit ambiant au travail peut nuire à la concentration, accroître la fatigue et impacter la santé des salariés. Dans les bureaux, restaurants ou commerces, s'attaquer aux effets néfastes du bruit non lésionnel implique la mise en place d'une vraie démarche de prévention.

5 minutes de lecture
Damien Larroque - 02/06/2026
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Vue d'un open-space.

Si l’on vous interroge sur le risque que le bruit représente en milieu professionnel, il y a fort à parier que vous évoquiez la perte d’audition. Et vous n’auriez pas tort. Un marteau-piqueur pétaradant, les claquements emplissant un atelier métallurgique ou encore les vrombissements émanant d’une menuiserie… représentent autant de niveaux sonores élevés pouvant porter atteinte à l’intégrité du système auditif, et conduire parfois, à terme, à la surdité. Mais les dangers que représentent les ondes sonores peuvent se faire plus insidieux.

Fatigue, stress, concentration : les effets du bruit ambiant sur les salariés

En effet, l’exposition à des niveaux modérés, mais de manière fréquente et répétée, peut aussi avoir des conséquences néfastes sur la santé des travailleurs. On parle alors de « bruit non lésionnel ». « En dessous de 80 dB(A) pendant 8 heures, la réglementation au travail n’oblige pas le chef d’entreprise à engager des actions de prévention, sauf à réduire le bruit au niveau le plus bas possible, explique Patrick Chevret, responsable du laboratoire acoustique au travail de l’INRS. Sous ce niveau d’exposition, le législateur considère donc qu’il n’y a pas de risque pour l’audition. Or, même à niveau modéré, le bruit perturbe les processus cognitifs engagés pour la réalisation d’une tâche. »

Résultat, la concentration devient difficile, la mémorisation est moins efficace, les tâches demandent plus d’efforts et la fatigue s’installe, avec son cortège de conséquences : irritabilité, maux de tête, troubles du sommeil…, et même accidents puisque, lorsque l’on est perturbé ou épuisé, l’attention diminue. Enfin, selon certains experts, en répercussion du stress engendré par un bruit de fond persistant, pourraient survenir des pathologies cardio-vasculaires.

« Le bruit est la nuisance physique numéro un dans les bureaux, souligne Thomas Bonzom, ingénieur-conseil au centre interrégional de mesures physiques (Cimp) de la Carsat Languedoc-Roussillon. Selon le 9e baromètre Bruit & Santé Auditive au travail 2025 de l’Association nationale de l'audition, pour 64 % des travailleurs en open space, le bruit au travail est une gêne. Difficile de se concentrer sur une tâche rédactionnelle alors que son voisin est en visioconférence ou que les éclats de voix de collègues en plein brainstorming vous parviennent. » Restaurants et commerces sont également concernés, comme le souligne un autre chiffre tiré du même sondage : 67 % des travailleurs dans le commerce estiment que le bruit au travail a des répercussions sur leur santé.

Vue d'une situation de travail en open-space.

Le bruit non lésionnel, un risque professionnel souvent sous-estimé

« Toute activité requérant de la communication orale, où l’intelligibilité des conversations est importante, est susceptible d’être gênée par un bruit de fond comme celui d’une hotte, le tintement de couverts, les bips du scanner ou une musique d’ambiance, illustre Laurent Brocolini, responsable d’études, lui aussi au laboratoire acoustique au travail de l’INRS. Pour couvrir le bruit lié aux équipements ou au brouhaha des conversations, salariés et clients parlent plus fort pour se comprendre, ce qui augmente le niveau du bruit de fond et les poussent à hausser encore le ton. Ce cercle vicieux est appelé “effet Lombard”, et il est épuisant pour les professionnels. »

Illustration d'une salle de restaurant.

Bien qu’il n’existe pas de valeurs limites d’exposition pour le bruit non lésionnel, mettre en place des mesures de prévention adaptées est une nécessité pour l’employeur qui, au terme du Code du travail, doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés. « En l’absence de réglementation précise, il existe différentes normes sectorielles sur lesquelles il est possible de s’appuyer pour agir », indique Thomas Bonzom qui est aussi président de la commission Afnor traitant de l’acoustique au travail. De nombreux documents donnent des préconisations pour agir, par exemple, sur la limitation de la densité d’occupation des locaux ou l’incidence de différents types de matériaux et de mobilier sur la propagation du son.

Aménagements, organisation et équipements : les leviers pour réduire le bruit au travail

Comme toujours en prévention, l’évaluation du risque est le préambule indispensable à une démarche réussie. Mais puisqu’il n’y a pas de valeurs auxquelles se référer pour objectiver l’exposition au bruit non lésionnel, l’écoute attentive des salariés est indispensable. Quel est leur ressenti ? À quel moment, lors de quelles tâches sont-ils gênés ? Dans quelles zones le bruit est-il le plus perturbant ? Autant d’indicateurs précieux pour identifier les sources de nuisance et trouver des solutions adaptées. Des mesurages réalisés par un acousticien peuvent s’avérer utiles pour compléter, confirmer ou remettre en cause les informations recueillies auprès des équipes mais aussi pour permettre de visualiser les effets des actions menées en comparant les mesures avant et après leur mise en œuvre.

Vue d'une situation de travail dans une crèche.

Concrètement, pour faire baisser le bruit, les entreprises peuvent agir selon trois options cumulables. Le traitement acoustique des locaux, d’abord, pour y limiter la réverbération des ondes sonores. « Il s’agit de recouvrir les surfaces acoustiquement réfléchissantes par des dispositifs absorbants comme des panneaux muraux, un faux plafond, des dalles de plafond suspendues, des totems, ou de limiter la propagation du son par des cloisons… », énumère Patrick Chevret.

« S’il n’y avait qu’une surface à traiter, ce serait le plafond. Il représente 80 % du problème, souligne Laurent Brocolini. Et, comme toujours, intégrer la prévention dès la conception des locaux permet d’obtenir de meilleurs résultats pour un coût moindre. » Autre levier d’amélioration, revoir l’organisation du travail pour permettre de s’isoler pour les tâches nécessitant de la concentration, de rapprocher les postes des salariés qui collaborent souvent, de redéfinir les flux pour réduire les passages… Enfin, s’interroger sur le bruit émis par les appareils utilisés afin d’acquérir des modèles plus silencieux, par exemple des lave-vaisselle dans la restauration.

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