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Trop de bruit ambiant ?

Comment instaurer une ambiance sonore apaisée en restauration

À La Rochelle, le Garden Café Beaulieu a rapidement constaté l’impact négatif du bruit sur le bien-être de ses salariés et le confort de ses clients. Grâce à des panneaux acoustiques suspendus et à l’appui technique de la Carsat Centre-Ouest, le restaurant a retrouvé une ambiance conviviale sans nuisances sonores.

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Damien Larroque - 02/06/2026
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Vue d'une situation de travail en restauration.

C’est dans la zone commerciale Beaulieu, à quelques encâblures de La Rochelle, que le Garden Café, deuxième du nom, a ouvert ses portes en novembre 2024. En entrant dans ce bar à salades, qui propose également sandwichs et desserts, les clients sont invités à longer un comptoir dont la vitrine regorge d’ingrédients avec lesquels ils peuvent composer leurs assiettes. « Dès le premier mois, j’ai compris qu’il y avait un souci, confie Sarah Sayah, dirigeante de l’enseigne. Le bruit que produisait un couteau que l’on laissait échapper ou celui de pieds de chaises raclant le sol retentissaient particulièrement fort. Les incompréhensions lors des prises de commandes étaient nombreuses… Nous devions donc élever la voix, poussant la clientèle à faire de même. »

Quand l'effet Lombard dégrade les conditions de travail

« Ce phénomène s’appelle l’effet Lombard, et il ne doit pas être confondu avec l’effet cocktail comme on l’entend souvent », intervient Mathieu Le Lostec, contrôleur de sécurité au centre de mesures physiques de la Carsat Centre-Ouest. Conséquence, l’équipe se plaint de maux de tête, la dirigeante a mal aux cordes vocales à force de les solliciter, et certains clients font des remarques. « Je n’avais pas anticipé ce problème car je n’avais rien connu de tel dans le premier Garden Café que j’ai ouvert dans le centre historique de La Rochelle en 2017. Le local est en effet constitué de petits espaces sur trois niveaux qui limitent la propagation du son », expose Sarah Sayah.

« Quand le bruit ambiant augmente, l'effet Lombard nous fait monter inconsciemment le niveau de notre parole, ce qui alimente le bruit général... C’est un cercle vicieux. »

Par conséquent, lorsqu’elle se lance dans les travaux pour transformer la boîte de béton de 180 m2 qui constitue l’écrin de son nouveau projet, elle pense que la réverbération qu’elle perçoit disparaîtra lorsque le mobilier sera en place. Mais ce n’est pas le cas, d’autant que le choix de conserver une esthétique brute laisse le champ libre aux ondes sonores qui rebondissent d’une surface lisse à l’autre.

Des conseils et une aide de la Carsat

Cette réalité s’impose de manière encore plus flagrante à l’occasion d’une soirée de fin d’année que le restaurant, qui n’ouvre normalement que pour le déjeuner, a accepté d’héberger. Alors que 60 personnes évoluent dans la salle, le brouhaha est plus fort que jamais. L’un des convives, lui-même restaurateur, interpelle la dirigeante. Il lui recommande de se rapprocher d’une entreprise de traitement acoustique. « J’ai pris contact en janvier 2025 avec cet entrepreneur qui, me voyant tiquer devant le devis de 6 000 euros, m’a fait part de l’existence d’aides financières proposées par la Carsat, se souvient Sarah Sayah. Je me suis donc renseignée pour savoir si mon entreprise était éligible. »

Vue d'une situation de travail en restauration.

« Il s’agit d’une subvention baptisée “Silence +”, disponible dans le Limousin et en Poitou-Charentes, rebondit Mathieu Le Lostec. Elle est réservée aux entreprises qui emploient entre 1 et 49 salariés. Avec ses trois salariés, le Garden Café Beaulieu pouvait en bénéficier. » Le versement du subside est aussi conditionné à l’efficacité du traitement acoustique mis en œuvre. Le préventeur a donc procédé à une simulation des effets de la proposition figurant sur le devis et demandé des corrections dans le placement et le nombre de panneaux suspendus. Il est en revanche tout de suite convaincu par la qualité du matériel de classe d’absorption A, soit la plus performante.

PAS DE BRUIT EN CUISINE

Pas de problème de bruit dans la cuisine du Garden Café Beaulieu, car elle n’est pas utilisée comme dans un restaurant classique. Ici, il s’agit principalement de découpe et d’épluchage d’ingrédients. Il n’y a pas de cuisson, donc pas de hotte, un équipement particulièrement bruyant. Les deux robots pour préparer les desserts et la petite machine à laver ont été choisis pour leurs faibles consommation d’énergie et émission de bruit.

Une ambiance sonore apaisée grâce aux panneaux acoustiques

« Les entreprises peuvent être tentées de choisir des références moins onéreuses, mais c’est aux dépens du résultat final, indique-t-il. À noter qu’intégrer la prévention des risques liés au bruit dès la conception du lieu de travail réduit le coût d’un facteur 10. » « Sans le soutien de la Caisse, je n’aurais pas pu agir dès la première année d’existence du restaurant, reconnaît Sarah Sayah. J’aurais dû attendre d’avoir plus de trésorerie, ce qui nous aurait contraints à continuer de travailler dans une ambiance sonore délétère pendant encore des mois. »

RÉDUIRE LA RÉVERBÉRATION POUR LIMITER LE BRUIT

Dans un local, le bruit direct est augmenté par le bruit réfléchi par les parois : c’est ce qu’on appelle le champ réverbéré. Plus le local est réverbérant, moins le niveau sonore diminue quand on s’éloigne de la source. Le rôle du traitement acoustique est de réduire cette réverbération en absorbant une partie de l’énergie sonore à chaque réflexion. Pour évaluer la qualité d’absorption acoustique d’un local, on peut s’appuyer sur la mesure de la durée de réverbération. Elle correspond au temps mis par un bruit interrompu brutalement, pour décroître de 60 dB. Ainsi, une durée de réverbération inférieure ou égale à 0,5 s correspond à un bureau comportant suffisamment de matériaux acoustiques absorbants.

Les mesures réalisées après l’installation des panneaux acoustiques suspendus en septembre 2025 montrent que le temps de réverbération est passé de 1,9 à 0,8 seconde, ce qui signifie que le local est passé de « réverbérant » à « semi-assourdi » selon les termes consacrés. Ce qui correspond à l’objectif de conserver une ambiance conviviale et animée, et non d’atteindre un niveau ultra-feutré, plus compatible avec un restaurant trois étoiles. Du côté des salariés, point n’était besoin de cette objectivation chiffrée pour percevoir le bénéfice de cette évolution. « J’ai ressenti le changement immédiatement. C’est vraiment le jour et la nuit. Fini le mal de crâne en fin de service, s’enthousiasme Serena Grasso, la manageuse de l’établissement. D’ailleurs, nous n’avons plus de remarques de clients. »

Si des ajustements restent encore possibles, comme l’acquisition de chaises avec assise et dossier en tissu ou le recours à des patins en feutre pour éliminer les raclements lors de leurs déplacements, l’action menée au Garden Café pour le bien-être des salariés est également une opportunité de développement. En effet, comme l’a démontré dernièrement l’accueil de plusieurs dizaines de personnes autour d’ateliers et de projections dans une ambiance sonore agréable, il est aujourd’hui tout à fait envisageable de multiplier ce type d'événements.

S'ÉQUIPER D'ASSIETTES SILENCIEUSES

Si leur esthétique simple convient davantage à la restauration collective, les assiettes en verre dont la face arrière est recouverte de silicone alimentaire que l’on trouve aujourd’hui sur le marché restent une solution intéressante pour lutter contre les nuisances sonores. Le bruit qu’elles émettent lors de leur empilement est réduit de 16 dB, soit 85 % de celui d’assiettes classiques. Le revêtement est en outre antidérapant et réduit les risques de casse en cas de chute.

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