Ce site est édité par l'INRS

Trop de bruit ambiant ?

Crèche : un faux plafond pour couper la montée du son

Ils s’appellent Lucas, Léo, Maël, Lévy ou encore Eléonor… ils empilent des cubes sous l’œil bienveillant de leur auxiliaire de puériculture, s’essaient aux puzzles tout en babillant, ou sont tout simplement en train de dormir. Le tout dans une ambiance relativement calme… grâce au traitement acoustique de cette crèche de Lège-Cap Ferret.

5 minutes de lecture
Delphine Vaudoux - 02/06/2026
Lien copié
Vue d'une situation de travail en crèche.

« Un jour, un papa qui travaille à l’opéra a déposé son enfant et s’est extasié devant le lieu de vie des moyens et des grands. Il nous a dit que l’on avait de la chance d’avoir un tel espace, avec une belle réverbération sonore, idéale pour y chanter… là, on s’est dit que ça n’était pas l’objectif recherché », relate Véronique Lauriou. Et pour cause, elle ne travaille pas dans un opéra mais est auxiliaire de puériculture dans la crèche municipale de Lège-Cap Ferret, en Gironde, dénommée L’île aux bout’choux… Un lieu où l’on a tendance à ne pas vouloir amplifier le bruit, bien au contraire.

La crèche de L’île aux bout’choux a vu le jour en 2010. Elle respecte parfaitement la charte architecturale de Lège-Cap Ferret : un bâtiment de plain-pied, avec un toit légèrement pointu accueillant un plafond cathédrale. Pour entrer, sécurité oblige, il faut sonner afin que quelqu’un ouvre. « Ce lieu est très bien fait pour l’accueil », nous confirmera une maman venue déposer sa petite fille. La structure peut accueillir jusqu’à 24 enfants, répartis en trois sections : bébés, moyens et grands. « Ça n’a pas toujours été le cas, nous explique l’auxiliaire de puériculture. Mais depuis que c’est organisé ainsi, c’est mieux. »

Prendre en charge la problématique du bruit en crèche

C’est ensuite que les choses se compliquent un peu. « J’ai commencé à travailler ici dès l’ouverture de la crèche, poursuit-elle. Et tout de suite, je me suis aperçue qu’elle était très bruyante. » Maux de tête, irritabilité, fatigue, stress… Les ressentis des douze salariées de la crèche sont à la fois « pas grand-chose » et « beaucoup », selon leurs dires. « Parfois s’ajoutent des problèmes de sommeil, complète Mathieu Le Lostec, contrôleur de sécurité au centre de mesures physiques de la Carsat Centre-Ouest. Tous ces facteurs sont à prendre en compte. »

DES AIDES CONSÉQUENTES

« J’ai vérifié que les panneaux acoustiques étaient de classe A, c’est-à-dire les plus performants, et qu’ils répondaient bien au cahier des charges établi par le bureau d’études des services techniques. Ils en ont profité pour mettre un isolant et réfléchir à un éclairage n’éblouissant pas les enfants qui sont souvent allongés », explique Mathieu Le Lostec, contrôleur de sécurité au centre de mesures physiques de la Carsat Centre-Ouest. Les services techniques ont assuré la maîtrise d’œuvre. Le coût des travaux (traitement acoustique, éclairage et isolation) s’est élevé à 13 228 euros, et la mairie a bénéficié d’une aide de 80 % de la CAF au titre du Fonds de modernisation de l’accueil des jeunes enfants, soit 10 000 euros. « Notre priorité, ce sont les conditions de travail des salariés, conclut Fabrice Moreau, le directeur technique. Nous avons, depuis, traité acoustiquement d’autres lieux comme une cantine scolaire… Ce sont  des travaux vite amortis car non structurels. »

Du côté des enfants, ceux-ci étaient facilement énervés, criaient fort. « Il est tout à fait normal – cela participe à leur développement – que des enfants crient, tapent sur des objets, mais disons que tout avait tendance à être amplifié. Et comme il fallait parler fort pour se faire entendre, les enfants avaient tendance à faire vraiment beaucoup de bruit, précise Carole Fréjefond, auxiliaire de puériculture. Ayant travaillé dans d’autres crèches, j’ai tout de suite évoqué ce problème, mais les choses ont pris du temps. »

Le bâtiment bénéficiait alors d’une grande pièce cathédrale, laissant largement passer la lumière. « Les surfaces vitrées étaient importantes, la forme de cathédrale, aucun traitement acoustique… Tout était réuni pour qu’il y ait une forte réverbération et un bruit de fond conséquent », confirme Jean-Christophe Dutoya, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine. Les salariés se plaignent du bruit auprès de leur hiérarchie, de la médecine du travail, de leurs syndicats.

Cecilia Borghi, qui assure l’intérim à la tête de l'établissement, se rapproche de la Carsat. « Dans un autre emploi, j’avais fait appel à la Carsat, à la fois pour des conseils et une aide au financement, annonce-t-elle. J’insiste sur le fait que la Caisse délivre des conseils qui sont particulièrement précieux. » Des mesures d’ambiance et d’exposition sur une auxiliaire sont réalisées en 2024. « Elles mettent en évidence un niveau sonore moyen élevé et un temps de réverbération important », poursuit Cecilia Borghi.

Un faux plafond acoustique pour limiter les nuisances sonores

La mairie décide de faire réaliser les travaux, et les propositions techniques sont soumises à Mathieu Le Lostec. « On a opté pour la pose d’un faux plafond acoustique de classe A. Certes, on ne voit plus le plafond cathédrale, mais cela nous a permis, en l’associant à une isolation thermique, d’agir aussi sur la facture de chauffage », explique Nicolas Duchez, directeur des services techniques de la ville. Ceux-ci sont réalisés à l’été 2025, pendant les deux semaines de fermeture de la crèche.

Vue d'une situation de travail en crèche.

« De nouveaux mesurages ont mis en évidence une réduction du niveau d’exposition de l’auxiliaire ainsi que du niveau ambiant, complète Mathieu Le Lostec. Quant au temps de réverbération, il est passé de 1,2 s à 0,6 s… le local n’amplifie désormais plus les sons. » Par ailleurs, pour ne pas éblouir les jeunes enfants qui sont souvent couchés, un nouvel éclairage, indirect, a été inséré dans les dalles du faux plafond. « En plus, cet éclairage est variable, apprécie Véronique Lauriou, c’est vraiment une bonne idée. On peut baisser la lumière si on fait un temps calme… »

Les gains en matière de niveau sonore et de confort de travail sont indéniables, selon les agents de la petite enfance, d’autant qu’un espace extérieur, abrité des intempéries, permet de sortir les enfants par tous les temps. Une mesure pertinente, car l’organisation des activités est aussi un moyen de limiter l’exposition au bruit dans une crèche. « Les résultats sont satisfaisants, d’autant que nous sommes face à des enfants, c’est-à-dire à du bruit non maîtrisable, non contrôlable, reconnaît Jean-Christophe Dutoya. Mais on aurait pu aller encore plus loin, en associant dès le départ les personnes qui y travaillent, notamment pour séparer les espaces des moyens et des grands, créer des espaces pour certaines activités, ou encore rapprocher la biberonnerie de l’espace des petits... »

LE TÉMOIGNAGE DE...

Carole Fréjefond, auxiliaire de puériculture

« Le faux plafond, c’est un peu ma bataille, lance-t-elle en souriant. Arrivée en 2021, j’ai tout de suite compris qu’il y avait un problème de niveau sonore. Le soir, j’étais fatiguée. On ne s’entendait plus, on parlait plus fort, les enfants élevaient aussi le niveau sonore. C’était invivable. On en a discuté en équipe. Pour ma part, pensant que je perdais de l’audition, je l’ai fait contrôler, j’en ai parlé au médecin du travail. On avait aussi remarqué une grosse différence avec la section des bébés qui avait déjà un faux plafond acoustique. Je suis intervenue en CSSCT, auprès de la mairie… Les process ont été longs mais les résultats sont là, et tout le monde est content : nous les professionnelles, les parents – certains nous disent, a posteriori, 'Mais comment faisiez-vous ?' - et certainement les enfants, car nous sommes mieux donc ils le sont aussi. »

Partager L'article
Lien copié
Les articles du dossier
Trop de bruit ambiant ?

En savoir plus