À l’ouverture des grandes portes vitrées de la rédaction du journal Ouest-France, située à Chantepie, en Ille-et-Vilaine, l’impression de démesure est saisissante : des bureaux, des bureaux et encore des bureaux. Les différents pôles d’activité se répartissent sur un plateau de plus de 2 000 m2 accueillant, au quotidien, 130 journalistes, avec des équipes en poste se relayant de 6 heures du matin à 23 heures pour traiter l’information en continu, notamment sur le site Internet. « Sur le créneau de fermeture, nous avons une équipe avec des journalistes dans différents pays du monde qui prennent le relais », explique Yves Gourmelon, responsable du « desk » numérique.
Même si la mise en place du télétravail à la suite de la pandémie de Covid-19, et l’adoption d’une organisation en flex office d’une partie de la rédaction ont eu tendance à réduire le nombre de journalistes présents sur le plateau, l’activité reste soutenue : entre les réunions, les échanges informels, les coups de téléphone, le bruit des claviers, etc., les sources de nuisances sonores peuvent vite se multiplier et rendre le travail difficile. Surtout lorsqu’il faut se concentrer pour écrire un article, comme en témoigne Jacques [NDLR. À la demande de la personne, le prénom a été modifié], journaliste : « J’ai eu la chance, dans ma vie professionnelle, de travailler pour différents journaux. À chaque fois, la vie en open space était difficile à cause du bruit incessant. Très souvent, les locaux étaient très beaux, pensés pour être des vitrines, mais le confort des travailleurs était malheureusement complètement oublié. »
Ce qui n’est pas le cas à Ouest-France où, selon la volonté du directeur historique du journal François-Régis Hutin – il dirigea le journal pendant 32 ans et fut à l'origine du groupe –, le plafond de la rédaction est constitué d’alvéoles afin de donner l’image d’une ruche – un symbole de force du travail en commun – mais où l’insonorisation n’avait pas été pour autant négligée. Durant des décennies, la rédaction a évolué quotidiennement sur ce plateau confortable. L’espace de travail a été régulièrement réagencé en fonction des évolutions du métier, avec notamment l’apparition d’Internet, sans que la question du bruit ne soit vraiment réévaluée, puisque considérée comme traitée. Il faudra attendre 2014 et des travaux d’envergure de modernisation du plateau pour que le sujet de l’ambiance sonore soit à nouveau abordée.
Traiter l'acoustique du plafond sans altérer la luminosité de l'open space
« L’architecte missionné pour réaménager les locaux avait pour mission de moderniser l’espace tout en conservant l’aspect de ruche du plafond et en réduisant le niveau sonore, un vrai challenge puisque nous partions déjà d’un standard de qualité élevé, explique Sylvie Zam, chargée de projets service bâtiments au sein du groupe Sipa Ouest-France. Très rapidement, il s’est rapproché d’un acousticien pour trouver une solution. » Pour ajouter une difficulté supplémentaire à cet aménagement atypique, les alvéoles doivent pouvoir intégrer des sprinklers, une obligation liée à l’assurance du bâtiment. Après réflexion, et un important travail de métallerie, des alvéoles réalisées sur-mesure à la façon de baffles acoustiques sont soumises au Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) afin de vérifier leur efficacité à l’aide d’un calcul d’absorption acoustique.
« En parallèle de cette question du traitement acoustique du plafond, nous avons mené une importante réflexion sur la lumière, avec un spécialiste de l’éclairage. Ce qui a eu aussi des répercussions sur l’ambiance sonore, détaille Sylvie Zam : en amenant une lumière plus tamisée, afin de ne pas gêner le travail sur écran, l’atmosphère globale s’est trouvée changée. Les salariés ont eu tendance à faire plus attention au volume de leur voix, ce qui a contribué à une réduction du bruit ambiant. »
L’ensemble de ce travail est un exemple de démarche de prévention réussi pour Pierre-Yves Le Callonec, contrôleur de sécurité à la Carsat Bretagne : « L’entreprise a su s’entourer d’intervenants de qualité dans chaque domaine : bruit, éclairage, aménagement. Chacun a collaboré de façon exemplaire pour proposer une solution sur mesure qui, on le voit bien lorsque l’on visite les locaux aujourd’hui, donne pleinement satisfaction. »
Multiplier les dispositifs d’atténuation du bruit
En complément du traitement phonique du plafond, le sol a été intégralement recouvert de dalles de moquette autoplombante, à forte absorption. Des panneaux acoustiques ont été ajoutés au mobilier, notamment sur les caissons de rangement à l’extrémité de chaque travée de bureaux. Pour agir directement sur le bruit généré par les échanges informels entre journalistes, souvent nécessaires à leur métier, un bloc permettant de s’asseoir a été adjoint à chaque poste de travail. « Ainsi, les journalistes peuvent discuter entre eux facilement sans en faire profiter tous les autres collègues, poursuit Sylvie Zam. Cette configuration a l’avantage également d’éviter les passages trop proches dans le dos, ce qui peut perturber la concentration. »
En cas de besoin impérieux de silence ou de confidentialité, le plateau dispose de deux cabines acoustiques permettant de s’isoler. L’une sous forme de « phonebox » pour les échanges téléphoniques ou les visios, l’autre sur le mode d'une cabine offrant le confort et l’espace d’un bureau traditionnel entièrement insonorisé. Pour les réunions, différentes salles ont été créées avec une jauge importante : chaque place de bureau correspond à une place dans une salle de réunion. Ces dernières, en plus du plafond phonique, sont dotées de parois à double vitrage pour laisser passer la lumière tout en isolant la pièce vis-à-vis de l'extérieur.
Autant d’aménagements qui ont permis à Jacques de découvrir que la vie en open space pouvait être agréable : « C’est un vrai plaisir de venir au bureau. Le juste milieu a été trouvé entre l’ambiance de bibliothèque, qui peut être un peu austère, et la cacophonie qu’on imagine lorsque l’on pense à une rédaction en ébullition. »
DES GRADINS EN PLEIN MILIEU DE LA RÉDACTION
La « zone centrale » constituée d’une très grande table de réunion de forme ovale entourée de gradins a de quoi surprendre au sein d’un open space dont on a voulu optimiser l’ambiance sonore. Cet espace dédié à des événements, conférences de rédaction avec des célébrités, interviews exclusives…, a pourtant bien été intégré à la réflexion globale de réduction du bruit sur le plateau : « La demi-cloison qui délimite cet espace coupe la réverbération du son, explique Sylvie Zam, chargée de projets service bâtiments du groupe Sipa Ouest-France. Des micros sur la table de réunion viennent restituer les échanges à travers cinq baffles orientés au-dessus des gradins. Si vous êtes en dehors de cet espace, vous n'entendez rien de plus qu’une conversation normale au sein de l’open space. »