DOSSIER

Explosions sur le lieu de travail

© Vincent Nguyen pour l’INRS

Huiles, solvants, peintures, détergents, pesticides… Ces produits dangereux, apportés en déchèterie, doivent être stockés dans des locaux dédiés en évitant les mélanges incompatibles et les réactions chimiques dangereuses voire explosives. Un sujet traité lors du réaménagement de la déchèterie de Rostrenen, dans les Côtes-d’Armor.

Le module préfabriqué en béton qui abrite maintenant les déchets dangereux de la déchèterie a fait l’objet d’un travail de conception concerté afin d’obtenir un espace correspondant aux préconisations de l’INRS.

Le module préfabriqué en béton qui abrite maintenant les déchets dangereux de la déchèterie a fait l’objet d’un travail de conception concerté afin d’obtenir un espace correspondant aux préconisations de l’INRS.

C’est une solution clé en main, adaptée aux besoins liés à l’exploitation, qui a été livrée à la déchèterie de Rostrenen, dans les Côtes-d’Armor. Dans le cadre d’un projet de réaménagement, encore en cours actuellement, s’est posée la question du stockage des déchets dangereux. La solution : un module préfabriqué en béton, conçu de façon à réduire les risques d’incendie/explosion comme les risques d’exposition aux agents chimiques dangereux ou ceux liés aux manutentions manuelles. L’établissement est exploité par la communauté de communes du Kreiz Breizh (CCKB). Certains des déchets apportés tous les jours par les habitants des 25 communes regroupées au sein de CCKB sont susceptibles de contenir des produits chimiques pouvant présenter un risque significatif pour la santé et/ou l’environnement.

Généralement, ces déchets bien particuliers arrivent en petites quantités, dans des contenants mal bouchés, pas toujours d’origine. Leur identification peut alors poser problème. « À l’occasion du réaménagement, nous avions parmi nos objectifs l’amélioration des conditions de travail du gardien qui effectue une première identification des déchets et oriente les usagers vers la zone de dépose. Lui seul est habilité, avec les prestataires spécialisés chargés du retrait de déchets, à pénétrer dans le local de stockage des déchets dangereux », explique Nicolas Besseau, responsable du service déchets à la CCKB. « Je fais le tri et la répartition des déchets sur les étagères, précise Thomas Le Guennic, le gardien. Dans l’ancien local, il fallait laisser la porte ouverte plusieurs minutes avant d’entrer, tellement ça sentait fort. » Par ailleurs, l’accès dans le local ne se faisait pas de plain-pied et des manutentions à risques pouvaient avoir lieu.
 

Une approche intégrée des risques

« Une équipe soudée s’est constituée autour de partenaires pour trouver une solution », se souvient Joël Chevalier, vice-président de la communauté de communes. Maîtres d’œuvre sur la conception de la déchèterie, Dominique Maraszek, ingénieur chez Cétia ingénierie, et Daniel Delacroix, gérant du bureau Delacroix consultants, entrent en contact avec Gérard Pétégnief, ingénieur-conseil à la Carsat Bretagne. « En matière de locaux de stockage des déchets dangereux, nous ne trouvions rien qui répondait totalement aux spécifications de conception de l’INRS, indique celui-ci. Nous avons donc engagé un travail dans la région et des réflexions ont été menées sur la conception d’un local préfabriqué. Nous avons travaillé avec un fabricant, Génitec, associé à l’entreprise Sade pour l’implantation du module. Avec l’INRS, plusieurs plans types ont été analysés. Des mises en œuvre suivies sur le terrain ont permis de faire évoluer l’installation. »

REPÈRE

L’identification des zones où des atmosphères explosives peuvent se présenter est réalisée, en déchèterie comme ailleurs, après évaluation du risque d’incendie et d’explosion sur le site. En matière de stockage des déchets dangereux, le zonage est conditionné par la conception du local et son utilisation (nature et quantité de produits stockés, types de conditionnement, modalités de ventilation...).

La déchèterie de Rostrenen souhaitait s’orienter vers une approche intégrée des risques (risque toxicologique et incendie-explosion). C’est tout naturellement qu’elle s’est intéressée à ce principe de local préfabriqué reprenant les critères techniques essentiels et adaptés aux exigences d’exploitation. « Ici, il s’agit d’un module de béton de 6 mètres sur 5 avec des murs de 15 cm d’épaisseur, témoigne Alan Grand-Jean, chargé d’affaires à la Sade, qui a conçu et fourni le local. Pour réduire l’exposition des salariés aux produits dangereux et limiter la présence de vapeurs inflammables, une ventilation naturelle du local est assurée par des ouvertures sur les parois opposées. Celles-ci ne doivent pas être obturées par le stockage. Chaque ouverture représente 1 m2 de ventilation libre, sans visuel depuis l’extérieur, car nous avions à intégrer une forte problématique liée au vol. Par ailleurs, le barreaudage installé est tel que la pluie ne peut y pénétrer. » Si la ventilation naturelle est privilégiée, c’est qu’elle permet d’éviter un confinement dangereux en cas de vandalisme sur l’installation. Les coûts seraient par ailleurs plus élevés avec une ventilation mécanique qui nécessiterait des obligations de contrôles réguliers par une société spécialisée. « De plus, tout le matériel électrique du local est certifié Atex », précise Alan Grand-Jean.
 

Conception et implantation sécurisées

Le local a été éloigné de la loge du gardien. « Nous voulions éviter les interventions non préparées dans la zone. Lorsque le gardien s’y rend, un temps est consacré à cette activité. Il s’équipe en fonction (tablier, gants, lunettes de sécurité) », précise Nicolas Besseau. Le module est accessible de plain-pied et les espaces de rétention sont intégrés dans le sol. Ainsi, la circulation avec des chariots est facilitée. Orientés vers la zone « déchets dangereux », les usagers déposent leurs déchets au niveau d’une zone tampon. Certains dans des contenants spécifiques (huiles, batteries…), les autres sur un chariot, le tout étant placé ensuite sur rétention. Puis, un espace fermé permet de stocker ampoules et piles usagées. Seul le gardien peut y accéder avec le chariot. Cet espace conduit, 6 mètres plus loin, à la porte à double battant du local de stockage des déchets dangereux, qui s’ouvre vers l’extérieur.

CCKB

La Communauté de communes du Kreiz Breizh (CCKB) regroupe 25 communes et 18 949 habitants, répartis sur quatre cantons : Rostrenen, Gouarec, Saint-Nicolas-du-Pélem et Maël-Carhaix. Elle dispose d’une déchèterie fixe et d’une plate-forme de compostage de déchets verts à Rostrenen, créée en 1998, et d’une déchèterie fixe à Saint-Nicolas-du-Pélem, datant de 2008. À Rostrenen, 6 300 tonnes de déchets sont collectées chaque année. La surface du site est de 8 500 m2.

 À l’intérieur, aucune odeur n’est perceptible. En termes d’organisation, l’établissement a souhaité la séparation des déchets provenant des particuliers de ceux amenés par les professionnels, dont la prise en charge est différente. Ils occupent chacun un côté du local, qui est divisé en quatre zones de rétention. De chaque côté, les produits sont séparés en fonction des incompatibilités (acides et bases) dans des contenants étiquetés et placés sur des étagères au-dessus des zones de rétention correspondantes. En moyenne, les comburants, produits phytosanitaires, peintures et autres solvants stockés ici restent une semaine. Ils sont récupérés par des prestataires qui accèdent au bâtiment par une autre façade, sans croiser le flux des usagers. « À partir d’un plan type, nous avons eu de nombreux échanges, avec la Carsat et le maître d’ouvrage. Chaque cas est un cas particulier qui doit répondre aux conditions d’exploitation », souligne Alan Grand-Jean. À Rostrenen, le module a été installé en une matinée, sans perturber l’activité du site resté en exploitation durant sa rénovation. Le gardien, lui, en perçoit les bénéfices au quotidien. ■

REMISE AUX NORMES

L’installation d’un nouveau local de stockage des déchets dangereux, des produits potentiellement toxiques, corrosifs, ou inflammables, vient en complément d’une série d’améliorations menées lors du réaménagement du site : mise aux normes du stock de déchets, révision de la sécurité des quais, création de voies de circulation, développement de filières. Autre nouveauté, en cas d’incendie ou de pollution sur le site : les eaux sont redirigées vers un bassin de rétention étanche de 120 m3.

QUELQUES RÈGLES POUR UN LOCAL SÛR

● Le local de stockage des déchets dangereux est situé le plus loin possible de l’entrée de la déchèterie et de la loge du gardien, notamment pour s’éloigner des émanations toxiques et éviter les conséquences d’une propagation d’incendie.
● Les murs et leur structure sont résistants à un feu pendant 2 heures (REI 120 – coupe-feu 2 h).
● Face à toute ouverture, il ne doit y avoir aucun produit combustible dans un rayon de 10 mètres.
● Le sol est incombustible, étanche et muni de rétentions.
● Le local est de plain-pied.
● La ventilation permet d’assurer un renouvellement d’air suffisant.
● Le matériel électrique et non électrique, réduit à son minimum, est en adéquation avec la zone Atex dans laquelle il se trouve.
● La signalétique doit permettre d’identifier le local et les dangers associés aux produits stockés.
En savoir plus : Conception des déchèteries, intégration de la santé et de la sécurité au travail, ED 6143, INRS.

Grégory Brasseur

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