DOSSIER

La maintenance, activité pourtant essentielle au bon fonctionnement des entreprises, est parfois oubliée par celles-ci, qui ont tendance à ne pas l’intégrer dans leur démarche de prévention. Cette absence de prise en compte des contraintes subies par les salariés chargés des tâches d’entretien et de réparation des équipements de production n’est pas sans conséquences sur leurs conditions de travail.

Souvent liée à la consignation des équipements de travail, la maintenance est parfois vue comme une entrave à la production et ne bénéficie pas toujours de l’attention qu’elle mérite

Souvent liée à la consignation des équipements de travail, la maintenance est parfois vue comme une entrave à la production et ne bénéficie pas toujours de l’attention qu’elle mérite

SOUVENT MOINS bien lotie que la production dans l’organisation des entreprises, la maintenance est régulièrement vue d’un mauvais œil : elle impose parfois l’arrêt des machines et peut être considérée comme un manque à gagner. Pourtant sans maintenance point de production. Que seraient les entreprises sans la maintenance ? Des structures amenées à disparaître lorsque leurs équipements de production cessent de fonctionner ? 

Pour durer et être rentables, les entreprises doivent garantir le maintien en état de fonctionnement des équipements et d’assurer la continuité et la qualité de la production (ou du service). « Alors qu’elle est vitale pour tout établissement, quelle que soit son activité, la maintenance n’a pas toujours l’attention qu’elle mérite, affirme Corinne Grusenmeyer, responsable d’études au laboratoire ergonomie et psychologie appliquées à la prévention de l’INRS. Une réalité qui a des conséquences en matière de sécurité pour les salariés du secteur. »

Les chiffres en témoignent. Au niveau hexagonal, des travaux de l’INRS établissent que les accidents des personnels de maintenance, comparativement à ceux de leurs collègues de production, sont plus fréquents et plus graves. Selon une autre étude de l’Institut, ces salariés sont également plus concernés par certains risques professionnels. Par exemple, ils sont 39,8 % à être exposés au bruit avec chocs et impulsions contre 24,1 % des équipes assignées à la production. Ou encore 56,3 %, contre 17,3 %, à devoir s’agenouiller pour certaines tâches. 

La tendance est la même pour la plupart des contraintes posturales et articulaires, pour les expositions aux intempéries, aux radiations et rayonnements, ou encore pour la conduite professionnelle d’un véhicule. L’exploitation de l’enquête Sumer 2010 conforte cette tendance puisqu’il en ressort que les salariés pratiquant leur activité dans la maintenance se déclarent plus exposés aux produits chimiques cancérogènes que l’ensemble des travailleurs. Ils affirment également subir davantage de contraintes organisationnelles et relationnelles. Ces salariés disent, en revanche, disposer d’une plus grande autonomie et d’un plus fort soutien de leurs collègues.

Externaliser sans se désengager

Cette caractéristique a plusieurs origines. D’une part, les personnels de maintenance ont des interactions directes avec des équipements, des processus et des sources d’énergie. Et, d’autre part, ils rencontrent également des contraintes particulières qui, en plus, pèsent sur leurs activités. Contraintes techniques, d’abord, liées à des systèmes de plus en plus complexes sans cesse renouvelés. Contraintes organisationnelles, ensuite, qui peuvent prendre la forme de pression temporelle pour redémarrer rapidement une ligne, d’astreintes, de travail les dimanches et jours fériés ou encore d’incertitudes sur le travail à réaliser. À cela, il convient d’ajouter des contraintes matérielles qui peuvent venir compliquer le quotidien : délais d’obtention des pièces de rechange, outils inadaptés, moyens d’accès et de manutention inexistants ou inappropriés, plans des installations indisponibles ou non mis à jour, etc. Il est primordial de tenir compte de ces particularités lors de l’analyse des risques, sous peine d’aboutir à des actions de prévention incomplètes ou inefficaces.

EN SAVOIR PLUS

Le phénomène qui voit de plus en plus de structures externaliser leurs opérations de maintenance à des entreprises intervenantes a également des conséquences sur les conditions de travail des professionnels du secteur. Car, dans certains cas, de telles prises en charge s’accompagnent d’un désengagement de l’entreprise exploitante vis-à-vis de la sécurité de ces travailleurs qui ne sont plus leurs salariés. Il existe pourtant un outil utile pour gérer ces situations : le plan de prévention. Basé sur une analyse des risques menée conjointement par les entreprises exploitantes et intervenantes, il permet la prise en compte des interférences entre les activités, les installations et les matériels. 

« Les entreprises exploitantes doivent être attentives au fait que l’externalisation de la maintenance peut les conduire à perdre leurs compétences en la matière, déclare Corinne Grusenmeyer. Ne plus savoir assurer la maintenance de ses équipements de travail entraîne non seulement une dépendance vis-à-vis du prestataire, mais également des risques en cas de dépannages effectués en urgence par du personnel interne ne disposant plus des compétences adéquates. » 

S’adapter en permanence

Autre écueil dans la pratique de l’activité d’entretien et de réparation des installations : l’inadaptation de ces dernières à leur maintenance. « Les machines sont malheureusement souvent pensées par les constructeurs uniquement sous l’angle de la production, regrette Jean-Christophe Blaise, responsable du laboratoire sécurité des équipements de travail et des automatismes de l’INRS. Ce qui oblige les entreprises à modifier leur outil de production pour permettre à leurs employés d’accéder aux zones d’intervention sans avoir à se contorsionner et d’y exercer leur art sans craindre d’être happés par les mécanismes, aspergés de produits chimiques ou électrocutés. » Des corrections qui ne sont pas toujours possibles techniquement, rarement aisées et dont le résultat n’est pas forcément à la hauteur. Prévoir la maintenance dès la conception des machines et des lieux de travail est donc bien la meilleure formule pour une prévention des risques efficace. 

Enfin, la sophistication de plus en plus grande des systèmes et des aides au diagnostic, à laquelle il convient d’ajouter le renouvellement continu des technologies, contraint les techniciens de maintenance à s’adapter en permanence. « Dans ce contexte, posséder les connaissances nécessaires à la maîtrise de ses outils est un gage de travail en sécurité, souligne Jean-Christophe Blaise. Il est donc primordial que les employeurs fassent bénéficier leurs effectifs des formations appropriées. » Les problèmes sont nombreux, mais, comme souvent en matière de prévention, les solutions existent.  

Damien Larroque

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